Le Secrétariat général de l’enseignement catholique appelle les établissements catholiques privés sous contrat à banaliser le 25 septembre, jour de l’arrivée du pape en France, pour le consacrer à des activités autour de Léon XIV.
La visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre prochains, peut-elle se dérouler sans susciter de débats autour de la laïcité ? À quelques jours de son arrivée, l'organisation d'une journée de classe "obligatoire" consacrée au souverain pontife dans les établissements scolaires catholiques suscite des interrogations.
Dans une note interne datée du 10 septembre dernier et révélée par Libération, le Secrétariat général de l'enseignement catholique (Sgec), dirigé par Guillaume Prévost, demande aux établissements privés sous contrat avec l'État de banaliser le vendredi 25 septembre, jour de l'arrivée de Léon XIV à Paris, et de remplacer les cours habituels par des activités autour du pape, de l'Église catholique et de différents thèmes de société.
Cette journée doit "revêtir un caractère obligatoire pour les élèves comme pour l’ensemble des enseignants et des personnels, au même titre que toute autre journée scolaire", précise le document.
Une journée de cours en l'honneur de Léon XIV
Dans le primaire, le Sgec propose notamment de réaliser des colombes en papier ou une fresque sur la paix et de faire découvrir aux élèves le Vatican et le rôle du pape. Au collège et au lycée, les élèves pourront notamment étudier le discours que Léon XIV doit prononcer à l’Unesco ou travailler autour de la "civilisation de l’amour".
D’autres activités sont proposées autour de la paix, de la fraternité, de l’intelligence artificielle, de la lutte contre le harcèlement ou de la prévention des violences.
Le Sgec précise toutefois que l’obligation de présence ne s’accompagne d’"aucune obligation de conviction". Les activités explicitement religieuses, comme la prière ou les chants, doivent rester facultatives.
Pour justifier l’organisation de cette journée sur le temps scolaire, le Sgec invoque le déplacement de la "journée des communautés éducatives", habituellement organisée au début du mois de décembre.
Cette explication est toutefois contestée par Laëtitia Bramoullé, porte-parole du collectif Stop aux souffrances dans les établissements catholiques, qui affirme auprès de Libération qu’une telle journée nationale n’existe pas sous cette forme.
Autre point de débat : la tenue de cette journée à la place des cours habituels, alors que les établissements privés sous contrat doivent respecter les programmes de l’Éducation nationale.
Le Sgec estime de son côté que la journée des communautés éducatives peut "rompre avec le cadre strict de l’heure de cours" et se tenir "légitimement sur le temps scolaire". L'organe catholique préconise par ailleurs que la participation des enseignants soit reconnue comme du temps de service.
"Aucun temps spirituel ni aucune pratique religieuse ne peuvent être imposés"
Interrogé par Euronews, le ministère de l’Éducation nationale rappelle qu’"un établissement privé sous contrat peut consacrer du temps scolaire à une thématique particulière, comme la lutte contre le harcèlement ou la découverte des métiers."
"Dans l’enseignement privé sous contrat, ce temps peut également s’inscrire dans le caractère propre de l’établissement", précise-t-il.
Le ministère pose toutefois deux limites. D’une part, la liberté de conscience doit être respectée : "aucun temps spirituel ni aucune pratique religieuse ne peuvent être imposés aux élèves ou aux personnels".
D’autre part, "le Sgec ne dispose d’aucune autorité hiérarchique sur les établissements" et peut donc proposer cette initiative, mais pas imposer la banalisation de la journée. La décision d'organiser une telle journée "relève de chaque établissement, dans le respect de ce cadre", rappelle le ministère_._
La laïcité, un débat ravivé lors des événements pontificaux
En France, les événements liés à la papauté ravivent régulièrement le débat sur la place de la religion dans la sphère publique.
En avril 2025, la décision du gouvernement de mettre les drapeaux des bâtiments publics en berne à l’occasion des obsèques du pape François avait suscité des critiques. Plusieurs responsables politiques y avaient vu une entorse au principe de neutralité de l’État, tandis que l’exécutif avait invoqué le statut de chef d’État du pape.
En 2023, la présence d’Emmanuel Macron à la messe célébrée par le pape François à Marseille avait également fait réagir. Cette fois, le chef de l’État ne participera à aucune des messes célébrées par Léon XIV lors de sa visite en France.
Pour la messe en plein air prévue samedi place de la Concorde et sur les Champs-Élysées, à Paris, il sera représenté par son épouse Brigitte Macron et le Premier ministre Sébastien Lecornu, a annoncé mardi la présidence.
Emmanuel Macron accueillera néanmoins Léon XIV à son arrivée et le recevra à l’Élysée.
En France, l'enseignement catholique représente environ 17 % de la totalité des élèves scolarisés dans les premier et second degrés, soit plus de 2 millions d'élèves.