Des dizaines de milliers de personnes étaient attendues à Paris et dans d'autres villes, tandis que les enseignants et les pompiers étaient en grève nationale, sans que les transports publics soient fortement affectés.
Des lycéens ont incendié des poubelles et lancé des projectiles sur les forces de l’ordre ce mardi, lors de heurts survenus en marge du mouvement de blocage des établissements. La mobilisation, qui s’est étendue à plusieurs villes françaises, vise notamment à dénoncer la dégradation des conditions d’étude.
Les lycéens manifestent depuis la semaine dernière pour réclamer davantage de moyens. Ils dénoncent notamment le manque d’enseignants et de personnels, les classes surchargées, des emplois du temps jugés trop lourds et la vétusté de certains établissements. Dans certains lycées, les élèves évoquent également le stress lié à la plateforme Parcoursup. Les récentes vagues de chaleur ont aussi relancé les critiques concernant des salles de classe difficiles à supporter en période de fortes températures.
Le mouvement est né le 21 septembre dernier en Île-de-France, au lycée Saint-Exupéry de Créteil, avant de gagner progressivement d'autres établissements. Lundi, environ 180 lycées avaient été perturbés à travers le pays. Mardi, le ministère de l’Éducation nationale faisait état de plus de 330 établissements concernés, avec plusieurs dizaines de blocages complets ou de tentatives de blocage.
Il s'est désormais étendu à d'autres villes dans tout le pays.
Les affrontement les plus violents se dont déroulés à Lille devant le lycée César-Baggio. Des élèves masqués se sont rassemblés et ont incendié des poubelles, a constaté un photographe de l'AFP.
Des abribus et des panneaux publicitaires ont été dégradés. Des bouteilles, des pavés et divers objets ont été lancés sur les policiers, qui ont répliqué en tirant des gaz lacrymogènes.
Des adolescents ont entassé des dizaines de poubelles pour bloquer l'accès du lycée Gabriel-Guist'hau, à Nantes, tandis qu'à Paris une trentaine d'élèves faisaient face à un contingent de policiers devant le lycée Arago.
Des actions similaires ont aussi été signalées dans des villes comme Marseille, Bordeaux et Lyon.
Au lycée Lamartine à Paris, environ 80 élèves se sont rassemblés devant l'établissement en brandissant des pancartes portant des slogans comme "plus d'heures de cours que de sommeil" et "8h00-18h00, sommes-nous des élèves ou en garde à vue ?".
Un élève de 17 ans de ce lycée Lamartine, qui a demandé à garder l'anonymat, a expliqué qu'il était révolté par le manque de moyens, des salles surchauffées et des emplois du temps surchargés.
Des scènes tendues ont aussi eu lieu au lycée Bréquigny, à Rennes, le plus grand établissement de Bretagne, où une centaine d'élèves ont lancé des projectiles contre les bâtiments, a rapporté un journaliste vidéo de l'AFP.
Lundi, Sébastien Lecornu a estimé qu'une escalade des manifestations dans les lycées serait "irresponsable" et a fustigé la France insoumise qui selon lui encouragerait les manifestations.
De son côté, Jean Luc Mélenchon a déclaré sur X que les, insoumis, étaient "fiers d'être aux portes des lycées pour défendre nos enfants de la sauvagerie policière."
Le ministre de l'intérieur Laurent Nuñez a indiqué que 164 interpellations ont eu lieu lundi et que 180 établissements ont été touchés, ajoutant : "Nous ne pouvons pas tolérer des débordements".
Dans la banlieue parisienne défavorisée de Seine-Saint-Denis, le maire LFI du département, Bally Bagayoko, a rejoint une mobilisation de plusieurs centaines d'élèves devant le lycée Paul-Eluard.
En entonnant avec les élèves une Marseillaise, il a qualifié ces protestations de "totalement légitimes" et a dénoncé le fait que les territoires pauvres reçoivent moins de moyens que les territoires aisés.
Un mouvement plus global
Ces troubles interviennent alors que les syndicats avaient appelé à une journée de manifestations et de grèves nationales contre le budget du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Plus de 170 manifestations étaient organisées dans toute la France à l'appel des huit organisations syndicales représentatives de la fonction publique.
Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Paris et dans d'autres villes, les enseignants et les pompiers étant en grève à l'échelle nationale.
Les revendications portent principalement sur les salaires et le pouvoir d'achat, avec le nouveau gel du point d'indice prévu en 2027, mais aussi sur les effectifs et les moyens consacrés aux services publics dans le futur budget.
"La colère est immense. Je préviens le gouvernement : il doit répondre aux revendications et revoir le projet de budget, qui est dangereux pour le pays et nous conduit droit dans le mur de la récession à 200 kilomètres à l'heure", a déclaré sur BFM TV la dirigeante du syndicat contestataire CGT, Sophie Binet.
Les Pompiers également dans la rue
Les pompiers étaient eux aussi mobilisés mardi, après un été marqué par des incendies d’une ampleur exceptionnelle.
Huit des neuf organisations syndicales représentatives ont appelé à la grève pour réclamer davantage de moyens humains et matériels. Leur principale revendication porte sur le recrutement de 21 000 sapeurs-pompiers professionnels supplémentaires, afin de réduire la pression qui pèse sur des équipes déjà très sollicitées.
Les syndicats demandent également un financement renforcé des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), ainsi qu’une meilleure reconnaissance des risques et de la pénibilité de leur métier. Ils réclament notamment des mesures sur la protection de leur santé et sur leurs conditions de retraite.
La mobilisation intervient après un été particulièrement difficile : près de 100 000 hectares de végétation ont brûlé depuis le début de l’année, tandis que les pompiers dénoncent depuis plusieurs années le manque de moyens pour faire face à l’augmentation des risques d’incendies.
Après les violents incendies de l'été, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’était rendu en Gironde le 17 août et avait rencontré notamment des sapeurs-pompiers, en promettant de travailler à « redonner des perspectives ».
Le gouvernement préparait alors une réforme de la sécurité civile. Mais les annonces présentées début septembre ont été jugées très insuffisantes par les organisations syndicales.