Le sommet Euronews Travel & Tourism 2026 se tient à Bruxelles et réunit dirigeants politiques, décideurs et experts pour débattre de l'avenir du voyage.
Le secteur du voyage en Europe est sous les projecteurs aujourd'hui lors du Sommet Euronews Travel & Tourism 2026 qui se tient à l'Albert Hall, à Bruxelles.
Tout au long de la journée, Euronews sera en direct depuis la capitale belge avec des interviews, des tables rondes et des débats pour analyser la manière dont le tourisme s'adapte à une année marquée par les tensions géopolitiques, les fermetures d'espace aérien et les phénomènes météorologiques extrêmes.
Parmi les invités de premier plan figure le Premier ministre albanais Edi Rama, qui s'entretiendra avec Maria Tadeo, de Euronews. Eduardo Santander, directeur général de la European Travel Commission, reviendra sur les tendances et les défis qui ont marqué une saison estivale record pour les voyages en Europe, tandis que d'autres discussions porteront sur la durabilité, la connectivité et l'avenir du tourisme sur le continent.
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Les croisières ciblent les jeunes voyageurs et un avenir plus vert
Gianni Onorato, directeur général de MSC Croisières, a expliqué à Hannah Brown dans le cadre de The Big Question que le secteur attire une génération de voyageurs plus jeune, tandis que la diversification et les nouvelles technologies peuvent l'aider à répondre aux inquiétudes liées au surtourisme et à l'impact environnemental.
Le dirigeant a également souligné que le profil des passagers avait profondément changé en quarante ans de carrière dans le secteur.
"Aujourd'hui, la clientèle est beaucoup plus jeune. L'âge moyen est de 35 à 54 ans. Il y a beaucoup de familles, beaucoup de jeunes, et c'est très positif car cela peut garantir l'avenir de cette industrie", a-t-il déclaré.
Il a également rejeté l'idée que les croisiéristes se contentent d'arriver dans une destination, de dépenser peu d'argent puis de repartir, en rappelant la contribution économique plus large du secteur.
"Les croisières contribuent à l'économie européenne à hauteur de 65 milliards d'euros par an et de 45 000 emplois permanents", a-t-il indiqué.
Selon lui, les compagnies de croisière peuvent aussi contribuer à répartir le tourisme au-delà des destinations les plus fréquentées en travaillant avec les autorités locales et en mettant en avant des ports moins connus.
"Nous cherchons vraiment à diversifier nos destinations", a-t-il poursuivi, en citant l'île grecque de Syros, située près des plus célèbres Santorin et Mykonos.
"Syros apparaît de plus en plus sur la carte du tourisme, et nous en sommes très heureux car cela aide aussi à répondre au problème de surtourisme", a-t-il ajouté.
Le dirigeant a également souligné le potentiel des croisières pour soutenir le tourisme en dehors de la saison estivale traditionnelle, en rappelant que les navires peuvent se déplacer entre les destinations au gré des conditions météorologiques.
En matière de durabilité, il estime que le secteur progresse mais qu'il reste du chemin à parcourir. MSC a réduit ses émissions de près de 42 % par rapport à son niveau de référence de 2008, ce qui la place "presque cinq ans en avance sur l'étape fixée pour 2030".
Mais il a reconnu que la disponibilité de carburants plus propres demeure un défi majeur.
"L'objectif est fixé. Il n'y a qu'un problème : la disponibilité du carburant. Il doit donc être produit à grande échelle", a-t-il expliqué.
En se tournant vers l'avenir, il prédit que les vacances en croisière continueront d'attirer de nouveaux publics, notamment les voyageurs en solo et les familles multigénérationnelles.
"Nous aurons de plus en plus un public plus jeune. Par ailleurs, nous verrons apparaître de nouveaux segments, comme les voyageurs en solo. C'est un nouveau segment, très important", a-t-il détaillé.
Gianni Onorato a aussi suggéré que le secteur pourrait progressivement s'éloigner d'une mesure du succès uniquement basée sur le nombre de passagers.
"Je pense que le tourisme, de manière générale, sera beaucoup moins évalué à l'aune des quantités, des volumes, et davantage selon la qualité des émotions que nous sommes capables d'offrir aux voyageurs, ainsi que la qualité de la contribution, pas seulement économique, que nous pouvons apporter aux habitants et aux communautés locales", a-t-il conclu.
La durabilité au premier plan
Selon les intervenants du Sommet Euronews Travel & Tourism, durabilité, accessibilité financière et accessibilité tout court peuvent aller de pair, mais le tourisme doit trouver un équilibre entre les dimensions environnementales, sociales et économiques.
Au micro du modérateur Mike Starling, Andreea Stăjcu, cheffe adjointe d'unité et responsable du secteur du tourisme à la direction générale MOVE de la Commission européenne, a indiqué que les voyageurs eux-mêmes réclament de plus en plus des options plus durables.
"Les voyageurs veulent vraiment se déplacer de manière durable", a-t-elle affirmé, en citant le vélo et les trains de nuit comme exemples.
Pour la députée européenne et ancienne ministre croate du tourisme Nikolina Brnjac, la durabilité ne peut pas se résumer aux seules mesures environnementales.
"C'est atteignable, mais seulement si on l'aborde autour de trois piliers : social, environnemental et économique", a-t-elle expliqué, en ajoutant qu'il faut de meilleures liaisons ferroviaires et de transports publics pour desservir les zones rurales et périphériques.
Le pilotage des flux de visiteurs a été un autre thème central. "Nous ne devons pas avoir peur des chiffres", a déclaré Nikolina Brnjac.
Elle a estimé qu'il s'agit "d'une mauvaise gestion des flux touristiques".
István Ujhelyi, ancien député européen et responsable au sein de l'agence ONU Tourisme, a lui aussi insisté sur le fait que la croissance du secteur ne peut tout simplement pas être arrêtée.
"On ne peut pas stopper cette croissance", a-t-il rappelé, en soulignant que le nombre de touristes internationaux est passé de 25 millions en 1950 à plus de 1,5 milliard l'an dernier.
Sven Wiltink, du groupe hôtelier Radisson, a estimé que la durabilité doit faire partie intégrante du cœur de métier du secteur, plutôt que de relever d'un supplément optionnel.
"La durabilité n'est pas un élément qu'on ajoute à la marge", a-t-il résumé.
L'Europe centrale comme 'une seule destination'
Le président de la Hungarian Tourism Agency, Olivér Csendes, et Sandrine Buffenoir, directrice pour les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg chez Atout France, ont échangé avec la modératrice Mared Gwyn-Jones sur la manière de promouvoir l'Europe centrale comme une destination unique et sur le lien indissociable entre nature et tourisme.
Oliver Cndish, représentant de la Hungarian Tourism Agency, a expliqué que le tourisme devrait servir à promouvoir l'Europe centrale comme une destination unique et interconnectée, plutôt que d'être contraint par les frontières nationales.
"J'aimerais voir davantage de collaborations internationales où nous mettons en avant notre mode de vie et nos régions, en les présentant, au fond, comme une seule et même destination", a-t-il déclaré.
"Nous n'avons pas à limiter notre réflexion et la création de lieux d'expérience aux frontières nationales", a-t-il ajouté.
Cndish a mis en avant les distances relativement courtes entre les pays européens comme une opportunité de créer des expériences multi-pays — une composante de la tendance populaire du "trip-maxxing", particulièrement en vogue cette année.
"Si l'on regarde cela depuis les États-Unis ou l'Asie, les distances sont très petites en Europe. Vous pouvez parcourir 100 kilomètres et avoir déjà visité deux ou trois capitales d'Europe centrale", a-t-il illustré.
Il a également cité le Danube comme exemple d'attraction pouvant être valorisée au-delà des frontières.
"Nous avons des trésors comme le Danube, présent dans de nombreux pays d'Europe, et qui a toujours été un lien, un pont entre les cultures. Alors pourquoi ne pas en faire un élément actif de l'expérience des visiteurs, en enrichissant leur vie et leur manière de voir et de découvrir l'Europe", a-t-il demandé.
Il a également salué la coopération au sein de l'Union européenne (UE), en déclarant : "Je pense que l'Europe fait un travail remarquable en matière de collaboration".
Il a cité l'espace européen des données pour le tourisme comme exemple, estimant qu'il peut aider les pays à coopérer sur des sujets tels que les flux de visiteurs et les phénomènes météorologiques extrêmes.
"Pensez à toutes les discussions que nous avons eues sur les flux de visiteurs, la protection des touristes, l'alerte en cas de danger, qu'il s'agisse d'incendies de forêt ou d'autres phénomènes météorologiques extrêmes. Tout cela n'est possible que si nous disposons des bonnes données aux bons endroits", a-t-il expliqué.
Il a aussi insisté sur l'importance de préserver l'environnement naturel, en affirmant : "Il n'y a pas de tourisme sans nature".
"Le tourisme doit être une force positive et soutenir la résilience des territoires où l'on vit", a-t-il ajouté.
La directrice Benelux d'Atout France, Sandrine Buffeno, a, elle aussi, insisté sur le rôle du tourisme pour rapprocher les Européens.
"Le tourisme est un élément clé de la connexion entre tous les Européens. C'est un facteur essentiel pour mieux se connaître, mieux travailler ensemble, mieux vivre ensemble", a-t-elle déclaré.
"C'est une salle de classe pour apprendre les uns des autres", a-t-elle ajouté.
Le changement climatique, principale menace pour le tourisme
Eduardo Santander, directeur général de la European Travel Commission, a échangé avec la modératrice Mared Gwyn-Jones sur l'impact de la menace du changement climatique sur le tourisme mondial et sur le rôle de l'Europe comme destination.
Le dirigeant a expliqué que "le changement climatique est de loin la plus grande menace pour le tourisme aujourd'hui".
Il s'exprimait au terme d'un été marqué par des records de chaleur et des perturbations majeures dans les déplacements à travers le continent.
"Nous constatons que, parfois, les trains ne peuvent pas circuler parce que les rails se dilatent sous l'effet de la chaleur. Nous avons vu la même chose pour les croisières sur les fleuves européens : elles ne pouvaient pas naviguer parce que le niveau d'eau était trop bas", a détaillé Eduardo Santander.
"Nous devons nous y préparer de manière beaucoup plus coordonnée et globale", a-t-il ajouté.
"Nous voyons la résilience devenir l'un des moteurs du tourisme européen. Nous devons être encore plus résilients face à ce qui nous attend", a-t-il estimé.
Eduardo Santander a expliqué qu'en raison des effets du changement climatique, les voyages et le tourisme deviennent moins abordables.
"Voyager devient beaucoup plus cher et, je suppose, vous avez tous voyagé cet été : vous l'avez vu sur votre portefeuille", a-t-il lancé.
Il a également évoqué la tendance des "coolcations", qui a particulièrement gagné du terrain cette année : "Nous voyons beaucoup de personnes venant de destinations d'Europe du Sud chercher ce que nous appelons des 'cool locations' — des endroits plus frais en été, où l'on peut profiter d'une météo plus prévisible".
Eduardo Santander a aussi insisté sur l'importance économique du tourisme, qui représente environ 10 % de l'économie européenne, une part qui atteint entre 15 % et 20 % du produit intérieur brut (PIB) de certains pays.
Il a par ailleurs vanté les atouts de l'Europe en tant que destination touristique.
"L'Europe devient, comme certains le disent, un terrain de jeu. Elle devient un musée, un parc d'attractions", a-t-il déclaré, en demandant : "où est le problème ?"
"Un parc d'attractions ou un musée est un endroit idéal où se rendre. En général, c'est bien organisé, bien géré, il y a un bon restaurant, des toilettes propres, donc il n'y a rien de problématique", a-t-il ajouté.
Global Entry aux États-Unis pour les Belges d'ici fin 2026 ?
Bill White, ambassadeur des États-Unis auprès du royaume de Belgique, s'est entretenu avec Jane Witherspoon, qui animait le sommet, pour évoquer la relation particulière entre les deux pays.
Tout en saluant la Belgique, qui offre bien plus que "des gaufres, du chocolat et de la bière", le diplomate n'a pas ménagé ses critiques envers les files d'attente à l'aéroport de Bruxelles, estimant qu'elles "sont nulles".
"Elles sont vraiment mauvaises. L'une des choses que nous devons faire dans notre alliance et notre relation transatlantiques, c'est reconnaître que, si nous voulons que les gens viennent en Belgique, nous devons résoudre ce problème. Cela doit s'améliorer immédiatement", a-t-il ajouté.
Bill White a toutefois annoncé avoir reçu l'accord du président Donald Trump pour permettre aux citoyens belges de déposer une demande pour le programme américain Global Entry, conçu pour accélérer les procédures d'entrée dans les aéroports des États-Unis. Global Entry est un programme du département de la Sécurité intérieure (DHS) destiné aux voyageurs internationaux pré-approuvés.
Concrètement, a-t-il expliqué, cela signifie : "vous vous inscrivez, vous payez des frais, vous êtes contrôlé, puis vous prenez l'avion pour les États-Unis. Vous vous présentez à la borne à JFK ou ailleurs, vous souriez ou pas, et vous êtes 'whoop !' directement autorisé à passer, puis vous récupérez vos bagages et vous dépensez de l'argent".
Il a encouragé les citoyens belges à "écrire à votre membre du Congrès ou à votre député, allons-y, faites les démarches, car lorsque vous voyagerez, ce sera fluide. Un, deux, trois".