"Nous n'avons aucune confiance en des gens qui passent leur vie à combattre le droit du petit État juif à exister", a déclaré Amichai Chikli, ministre israélien de la diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme, en réaction à l'enquête de Mediapart visant le président du RN.
Un membre du gouvernement de Benjamin Netanyahu a pris mardi la défense de Jordan Bardella, après que Mediapart l'a accusé d'avoir tenu, en 2013, des propos antisémites et complotistes. Le président du Rassemblement national et probable Premier ministre de Marine Le Pen si celle-ci accède à l'Élysée en avril prochain a rejeté ces accusations et annoncé lundi avoir porté plainte pour diffamation contre le site d'investigation, dénonçant une "tentative d’assassinat politique".
Selon Mediapart, Jordan Bardella aurait notamment évoqué, alors qu'il était âgé de 17 ou 18 ans, une "mainmise de la communauté juive-sioniste sur le pays".
Bardella "est l'une des voix les plus claires en Europe contre le Hamas", a écrit sur X Amichai Chikli, ministre israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme, avant de rappeler que l'eurodéputé français s'était rendu dans plusieurs localités du sud d'Israël dévastées par l'attaque du 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
"Il a rencontré des survivants. Il a pris la parole à Jérusalem contre l’antisémitisme", a-t-il ajouté.
Amichai Chikli a également publié une photo le montrant serrant la main de Jordan Bardella sur le site du massacre du festival Nova.
Dans sa défense de Jordan Bardella, Amichai Chikli s'en est également pris à Mediapart, accusant son cofondateur Edwy Plenel d'avoir soutenu des membres de l'organisation terroriste palestinienne Septembre noir et de "s'être rangé du côté des hommes qui ont assassiné onze athlètes israéliens" lors des Jeux olympiques de Munich en 1972. Le ministre israélien faisait référence à un texte publié cette année-là par Plenel dans un journal de la Ligue communiste révolutionnaire.
Chikli a également attaqué l'actuelle présidente de Mediapart, Carine Fouteau, lui reprochant notamment de "qualifier Israël d'État colonial et de réclamer des sanctions pour génocide".
"Nous n'avons aucune confiance en des gens qui passent leur vie à combattre le droit du petit État juif à exister", a-t-il martelé.
Membre du Likoud, le parti de Benjamin Netanyahu, Amichai Chikli est aussi l'un des artisans du rapprochement d'Israël avec l'extrême droite occidentale. Chikli et Bardella se sont déjà rencontrés au moins à deux reprises en 2025, notamment en Israël, mais aussi à New York, en marge de la CPAC, la conférence annuelle de la droite américaine organisée à Washington. Le président du RN avait alors dû quitter l'événement sans prononcer son discours, à la suite d'un geste de Steve Bannon, ancien conseiller spécial de Donald Trump, s'apparentant à un salut nazi.
"Un démenti cinglant de la stratégie de dédiabolisation "
Ces accusations contre Jordan Bardella interviennent alors que Marine Le Pen est donnée en tête des intentions de vote pour la présidentielle par tous les sondages. Il est encore difficile de mesurer l'impact de ces accusations sur le Rassemblement national et ses ambitions pour 2027.
"Si les éléments rendus publics sont avérés, l'antisémitisme des propos attribués à Jordan Bardella est un démenti cinglant de la stratégie de dédiabolisation du Rassemblement national", a réagi sur X le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi.
"Si ces propos sont authentiques, cela est disqualifiant pour prétendre lutter contre l'antisémitisme", a-t-il ajouté.
"Ces propos qui ressemblent à des menaces de mort"
Depuis l'Assemblée nationale, Marine Le Pen a renouvelé sa confiance au numéro un du parti, tout en provoquant à son tour la polémique. Elle a notamment invité Mediapart à "enfiler" des vêtements en Kevlar, une matière synthétique utilisée notamment dans les gilets pare-balles, "parce qu'il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent".
Quelques instants plus tôt, elle avait employé la même métaphore pour Jordan Bardella et elle-même : "Jordan l'a dit : nous avons, et lui et moi, enfilé nos costards en Kevlar, parce que là, c'est du lourd qui tombe."
La députée écologiste Léa Balage El Mariky a annoncé qu'elle saisirait le procureur de la République au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale, estimant que ces propos "ressemblent à des menaces de mort".
Mediapart a de son côté dénoncé "des propos menaçants d'une grande gravité" et estimé que l'extrême droite révélait ainsi "sa nature profonde et son hostilité à la presse".