Ces mesures interviennent alors que la dirigeante conservatrice du pays, Sanae Takaichi, cherche à tenir ses promesses électorales, portées par de vastes réformes migratoires, après sa victoire historique obtenue en février.
Le Japon a durci, ce jeudi 1er octobre, les conditions imposées aux étrangers souhaitant obtenir la résidence permanente, dans le cadre de la volonté de la Première ministre Sanae Takaichi de renforcer le contrôle de l'immigration.
Selon les nouvelles règles, qui entreront en vigueur par étapes, les résidents étrangers désireux de s'installer durablement au Japon devront prouver que leur revenu annuel est supérieur à la moyenne et qu'ils sont capables de tenir des conversations courantes en japonais. Les frais de dossier seront également multipliés par 20 à partir de jeudi.
Les directives précédentes ne fixaient pas de seuils précis pour les revenus, les pensions ou les compétences linguistiques.
Un pays confronté au vieillissement de sa population
Dans un bureau de l'immigration du centre de Tokyo, des centaines de personnes faisaient la queue ces derniers jours, espérant finaliser leurs démarches avant la hausse des tarifs.
"Je comprends qu'accueillir trop d'étrangers puisse diluer la culture unique du Japon. Mais en même temps, compte tenu de son faible taux de natalité et du vieillissement de sa population, le Japon doit accepter des étrangers", explique l'étudiant Yujie Chono, né aux États-Unis, qui patientait devant le bureau. Âgé de 22 ans, il a indiqué, dans un japonais fluide, qu'il attendait depuis cinq heures pour déposer son dossier.
Bien que la population du Japon vieillisse rapidement et que le pays souffre de pénuries de main-d'œuvre dans de nombreux secteurs, l'opposition à l'immigration progresse, poussant Sanae Takaichi à réclamer des règles plus strictes pour les ressortissants étrangers.
"À mesure que le nombre de résidents étrangers au Japon augmente, le gouvernement est confronté au fait que certains citoyens ressentent de l'anxiété et un sentiment d'injustice", a écrit la Première ministre dans un long message publié dimanche sur X, ajoutant qu'elle plaidait pour une "coexistence ordonnée" avec les étrangers.
Les programmes visant à attirer des travailleurs étrangers ont alimenté les inquiétudes du public, le sentiment anti-immigration s'est propagé sur les réseaux sociaux et de fausses affirmations ont circulé largement, notamment l'idée qu'une part importante des prestations sociales au Japon serait versée à des étrangers et qu'ils rendraient les rues japonaises moins sûres.
Enjeu majeur des élections
Des experts et de nombreux dirigeants d'entreprises avertissent toutefois que le Japon doit accueillir davantage de travailleurs étrangers pour assurer sa pérennité. "Le Japon devrait cesser de considérer les étrangers uniquement comme une main-d'œuvre temporaire et encourager plutôt leur installation durable en développant l'enseignement du japonais et en améliorant leur traitement", écrivait récemment le quotidien économique Nikkei dans un éditorial.
La question des étrangers a été un enjeu majeur lors des élections de l'an dernier à la chambre haute, qui ont vu la forte progression du parti Sanseito, "Japanese-first", qui décrit l'immigration comme une "invasion silencieuse".
Les nouvelles règles sur la résidence permanente interviennent après que le Parti libéral-démocrate, au pouvoir, a œuvré l'an dernier à durcir la réglementation des visas de dirigeants d'entreprise, ce qui signifie que les entrepreneurs seront contraints de quitter le Japon s'ils ne remplissent pas les nouvelles conditions.
Les changements introduits jeudi pourraient empêcher certaines personnes de demander la résidence permanente, mais ils ne devraient pas entraîner immédiatement le départ de qui que ce soit du pays. Selon ces règles, les frais de demande de résidence permanente vont grimper à 200 000 yens (1 116 €), contre 10 000 yens (56 €) actuellement.
Les candidats devront aussi montrer leur "compréhension" des règles sociales et justifier de droits à pension équivalents à ceux d'une personne ayant cotisé pendant 30 ans à une assurance retraite.