Quelque 3,4 millions d'électeurs bosniens sont appelés à choisir les trois membres de la présidence collégiale, les députés au Parlement national ainsi que les dirigeants des institutions des deux entités qui composent le pays.
Les bureaux de vote ont ouvert dimanche pour les élections générales en Bosnie-Herzégovine, où quelque 3,4 millions d'électeurs sont appelés à choisir les trois membres de la présidence collégiale, les députés nationaux et les dirigeants des deux entités du pays : la Fédération de Bosnie-Herzégovine, à majorité musulmane, et la République serbe de Bosnie, dominée par les Serbes.
Ce système institutionnel complexe a été créé par l'accord de paix de 1995, négocié sous l'égide des États-Unis, pour gérer les divisions entre Bosniaques musulmans, Serbes orthodoxes et Croates catholiques.
Selon les premiers témoignages, le vote a été retardé dans plusieurs bureaux en raison de problèmes liés aux nouvelles technologies de vote numérique, introduites pour répondre aux inquiétudes suscitées par de précédentes accusations de manipulation des bulletins. Les bureaux doivent fermer à 19h, heure locale.
Ce scrutin intervient alors que de nombreux citoyens de cet État balkanique multiethnique sont confrontés aux difficultés du quotidien, tandis que certains responsables politiques ravivent les tensions héritées de la guerre, qui continuent de diviser le pays depuis le conflit de 1992-1995.
Nouvelles mesures de sécurisation du scrutin
Pour la première fois, les autorités utilisent l'identification électronique des électeurs et le scannage des bulletins afin de limiter les irrégularités et les manipulations qui ont sapé la confiance lors des précédents scrutins.
La plupart des 75 partis en lice sont structurés selon des lignes ethniques. Le Parti d'action démocratique, formation nationaliste bosniaque, fait campagne pour maintenir la Bosnie unie face au séparatisme serbe, tandis que de nombreux Croates de Bosnie soutiennent des partis ethniques, comme la branche locale de l'Union démocratique croate, au pouvoir en Croatie.
Izetbegovic, battu par Becirovic en 2022, brigue un troisième mandat à la tête du SDA, le principal parti bosniaque du pays, classé au centre droit.
De nombreux citoyens désabusés estiment que les responsables politiques instrumentalisent le nationalisme pour éviter de s'attaquer aux problèmes du quotidien, comme la faiblesse du niveau de vie et l'exode des jeunes. À Mostar, l'électeur Ivan Silic affirme que rien n'a changé depuis son premier vote et que les responsables politiques vivent bien, tandis que la situation du reste de la population demeure la même.
Dodik omniprésent malgré son absence sur les bulletins
Bien qu'il ne soit pas candidat, la campagne est dominée par Milorad Dodik, ancien président séparatiste et prorusse de la République serbe. Dodik est interdit d'exercer une fonction publique depuis sa condamnation pour avoir défié l'envoyé international chargé de superviser l'accord de paix.
Tout juste rentré de Moscou, où il a rencontré le président russe Vladimir Poutine, Dodik dirige l'Alliance des sociaux-démocrates indépendants, le parti au pouvoir en République serbe de Bosnie, qui fait figure de favori dans l'entité serbe.
Lors du dernier meeting, vendredi à Banja Luka, auquel assistait l'ambassadeur de Russie Igor Khalaboukov, Dodik a déclaré que la Bosnie était "morte" et qualifié le pays d'" impossible". "Ça n'a aucun sens", a-t-il martelé.
Écarté des bulletins pour la première fois depuis près de 30 ans, il garde pourtant la main et reste omniprésent dans les médias du pays, souligne l'analyste Dragan Bursac. Selon lui, l'interdiction ne fonctionne pas et permet même à Dodik d'en tirer parti.
Des tensions ethniques toujours plus vives
La Bosnie connaît la paix depuis plusieurs années, mais ses responsables politiques continuent d'entretenir les clivages ethniques. Des dirigeants serbes de Bosnie, comme Dodik, poussent leur entité à faire sécession, alimentant les craintes occidentales d'un retour à l'instabilité.
Le pays reste l'un des plus pauvres d'Europe et demeure profondément marqué par la guerre déclenchée après sa déclaration d'indépendance vis-à-vis de la Yougoslavie dirigée par les Serbes. Des Serbes de Bosnie avaient alors pris les armes pour tenter de créer leur propre État. Le conflit a fait plus de 100 000 morts et déplacé des millions de personnes.
La Bosnie a officiellement demandé à rejoindre l'Union européenne, mais son processus d'adhésion reste au point mort, malgré les efforts de Bruxelles pour pousser ses dirigeants à engager des réformes.
Les grandes puissances continuent par ailleurs d'exercer leur influence sur la vie politique et socio-économique du pays. La Russie freine les efforts de l'UE pour étendre son influence à l'ensemble des Balkans, notamment à la Bosnie, tout en soutenant l'entité serbe.
Parallèlement, un projet de gazoduc de 1,5 milliard de dollars destiné à acheminer du gaz naturel liquéfié américain est porté par une entreprise liée à l'administration Trump, dans le cadre des efforts de Washington pour renforcer son influence dans la région.
Et récemment, les plaies de la guerre ont été rouvertes par les hommages publics rendus en Serbie et parmi les Serbes de Bosnie à Ratko Mladic, ancien commandant de l'armée serbe de Bosnie, mort fin août alors qu'il purgeait une peine de prison à perpétuité pour génocide et autres crimes de guerre.
Les Serbes de Bosnie le considèrent comme un héros, malgré sa condamnation par le tribunal de l'ONU pour le meurtre de plus de 8 000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica en 1995.
De hauts responsables serbes de Bosnie ont assisté à ses funérailles à Belgrade, suscitant de vives critiques de l'UE et la colère des responsables bosniaques.