Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a déploré une situation "humainement dramatique", appelant toutefois à rester "très prudent" sur les circonstances des faits. Par ailleurs, depuis le début de la mobilisation, les autorités ont placé 5060 personnes en garde à vue, dont 87% sont mineures.
En France, la violence monte d'un cran à la veille de la journée de mobilisation nationale des lycéens prévue mardi. Plusieurs incidents graves ont été rapportés.
À Lens, dans le nord de la France, un jeune de 15 ans a eu la main arrachée lors d'un rassemblement. Selon une source syndicale policière, le jeune homme aurait ramassé une grenade de désencerclement lancée par les forces de l'ordre, dans l'intention de la leur renvoyer et l'engin aurait explosé alors qu’il la tenait en main.
"Les jours de ce lycéen, fort heureusement, ne sont pas en danger. Nous l'avons transféré très rapidement vers Lille, dans un centre hospitalier à même de l'accueillir", a indiqué le procureur de Béthune aux médias.
Il n'est pas encore établi si une grenade est tombée au sol ou si elle "aurait atterri sur lui", a précisé le procureur.
La grave blessure de ce jeune constitue une situation "humainement dramatique", a déploré en fin d'après-midi le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, appelant toutefois à rester "très prudent" sur les circonstances des faits.
413 établissements perturbés
À Lille, à Lyon ou encore à Bordeaux... En fin de matinée, 413 établissements avaient fait ou faisaient toujours "l’objet d’actions ou de perturbations depuis le début de la journée", selon le ministère de l'Éducation nationale. Soit une baisse de 27 % par rapport à vendredi à la même heure, mais avec 40 % des établissements qui n'étaient pas concernés jusqu'à présent.
À Paris, dans le 13e arrondissement,"une dizaine de jeunes cagoulés et masqués sont arrivés vers la porte d'entrée" du lycée Vauquelin, la proviseure Carole Zerbib.Ils "ont ramené des poubelles et des choses inflammables" devant la porte, puis y ont mis le feu, a-t-elle expliqué sur BFMTV.
En conséquence, le lycée va rester fermer pour la journée. "Ce sont des actes criminels qui tombent sous le coup de la loi et qui doivent être réprimés de la plus dure des façons", a dénoncé Jean-Didier Berger, le ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Des actions et des tensions ont aussi été rapportées devant les établissements parisiens Voltaire, Sophie-Germainet Turgot, tout comme à Lyon ou à Lille.
Plus de 5 000 gardes à vue, 14 personnes écrouées
Depuis le début de la mobilisation, les autorités ont placé 5 060 personnes en garde à vue, dont 87% sont mineures et 13 % sont majeures, selon le ministère de la Justice. À ce stade, 1 802 d'entre elles font l'objet de poursuites.
14 personnes ont été placées en détention provisoire dont 10 majeurs et 4 mineurs.
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a réuni les 36 procureurs généraux afin de leur donner des instructions claires, les appelant à "faire preuve de la plus grande fermeté dans leurs réquisitions", "de privilégier les procédures de jugement rapide chaque fois que cela est possible" et "d'engager en tant que de possible la responsabilité civile des parents de mineurs interpellés."
Dans le département des Hauts-de-Seine_,_ les parents de trois jeunes qui seraient "impliqués dans les violences" ont été convoqués par le procureur de la République de Nanterre, Yves Badorc et le directeur des services de l’Éducation Nationale, Frédéric Fulgence.
La mobilisation gagne l'enseignement supérieur
L'enseignement supérieur a également rejoint la mobilisation. Les étudiants dénoncent notamment le manque de moyens dans les universités, le nombre insuffisant de places dans les formations publiques ainsi que la sélection opérée via Parcoursup et Mon Master. À ces revendications s'ajoutent celles liées à la précarité étudiante, aux aides au logement (APL) et à la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers.
"Une quarantaine de sites d'enseignement supérieur" pourraient également être perturbés, selon le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, qui s'est exprimé sur Sud Radio.
"Nous refusons de payer les choix d’austérité et de casse des services publics qui portent atteinte à nos conditions de vie et d’études", déclarait l'Union Étudiante dans un communiqué appelant à la mobilisation jeudi dernier et mardi prochain.
"Dans l’enseignement supérieur, le constat est tout aussi alarmant. La sélection se poursuit avec Parcoursup et MonMaster, qui renforcent la logique de tri social et raciste dans le supérieur. S’ajoute à cela une logique de préférence nationale mise en œuvre contre les étudiant·es étranger·es : multiplication par 16 des frais d’inscription et suppression des APL" , poursuivait-elle.
Projet de loi "casseurs-payeurs"
Face aux violences constatées ces derniers jours, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a annoncé sur CNews que le projet de loi "casseurs-payeurs" serait examiné au Sénat le 27 octobre. "Il permettra d'aller prélever dans les prestations familiales (…) pour des dégradations commises par des majeurs ou des mineurs" et "d'engager une forme de responsabilité collective", a-t-elle indiqué.
Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, estime sur franceinfo qu'"il n'y a pas de réponse politique" aux revendications des lycéens, seulement "une réponse policière".
La journée de mobilisation de mardi, appelée "acte III", est soutenue par une vaste intersyndicale de l'Éducation nationale. Le Parti socialiste (PS) appelle lui aussi à être "aux côtés des lycéennes et des lycéens."