Sánchez est très critiqué en Espagne après l'expulsion d'une femme de 87 ans de son logement à Madrid, qui a déclenché une polémique nationale. Les appels à la démission de son gouvernement se multiplient, des manifestants l'accusant de ne pas agir face à la crise du logement.
Mardi, le gouvernement espagnol a approuvé des mesures d'urgence pour faire face à la crise du logement, après des violences à Barcelone et la mobilisation de dizaines de milliers de personnes dans les rues pour réclamer une solution rapide.
Ces manifestations empreintes de colère ont suivi des rassemblements organisés dans tout le pays ce week-end. Tous ont été déclenchés par l'expulsion, le mois dernier, de María del Carmen Abascal, 87 ans, de son domicile madrilène.
Les mesures approuvées sont proches de celles que le Parlement a rejetées la semaine dernière.
Le gouvernement de coalition de Pedro Sánchez ne disposait pas de la majorité et a subi un revers législatif cinglant lorsque les partis d'opposition de droite ont rejeté les décrets d'urgence destinés à répondre à la crise du logement. Sous la pression, il a convoqué des élections anticipées pour le 29 novembre.
Les 21 mesures approuvées prévoient notamment de faciliter la location ou l'achat d'un nouveau logement, de prolonger les protections contre les expulsions pour les habitants vulnérables, de réglementer la location de chambres, d'imposer une nouvelle taxe sur les locations saisonnières, d'interdire les achats immobiliers spéculatifs et d'accorder des avantages fiscaux aux propriétaires et aux locataires qui paient leurs loyers à temps.
"Nous n'accepterons plus d'expulsions comme celle qu'a subie Maricarmen ni comme celles survenues depuis l'abrogation des décrets", a déclaré Sánchez aux journalistes au palais présidentiel, en référence à Abascal, qu'il a appelée par son surnom.
Le gouvernement va également créer un fonds de 10 milliards d'euros pour offrir des prêts pouvant aller jusqu'à 50 000 € pour l'achat d'un premier logement, ainsi que des subventions à la construction, a ajouté le chef du gouvernement espagnol.
Ces mesures devront être ratifiées par une assemblée provisoire plutôt que par le Parlement, dissous après la convocation des élections anticipées. Elle compte 69 membres, contre 350 pour le Parlement en temps normal. La coalition de Sánchez n'aura besoin que de 35 voix pour faire adopter les mesures.
Le Premier ministre a toutefois sollicité les voix de ses adversaires, déclarant : "Nous ne parlons pas d'une question idéologique, mais de bon sens".
"De nombreux Espagnols attendent des solutions, pas seulement ceux qui se rassemblent sur les places, ni les milliers de manifestants dans les rues. Je parle de millions de citoyens qui attendent de leurs représentants qu'ils aient le courage de tenir tête aux puissants plutôt que de se soumettre", a-t-il ajouté.
Les manifestations dégénèrent à Barcelone
À Barcelone, deuxième ville du pays, une alerte météo sévère durant le week-end avait contraint les organisateurs à reporter la mobilisation à lundi.
Ce qui avait commencé comme une grande marche pacifique a dégénéré lorsque des groupes de plusieurs centaines de militants radicaux ont affronté la police, jetant des pierres et incendiant des conteneurs à déchets.
Alejandro Quiroga, professeur de science politique à l'université Complutense de Madrid, estime que la validation des décrets par l'assemblée provisoire est conforme à la Constitution, mais aussi un geste politique nécessaire de la part de Sánchez.
"Je ne pense pas que Sánchez avait une alternative", juge Quiroga. "Si vous convoquez des élections anticipées pour maintenir l'attention du public sur la question du logement, vous ne pouvez pas ensuite rester les bras croisés. Cela n'aurait pas été judicieux".
La poussée des coûts et la pénurie de logements excluent de plus en plus d'Espagnols du marché immobilier, malgré la forte croissance économique de la quatrième économie européenne.
Les manifestants réclament des protections renforcées pour les locataires, des mesures contre la fraude et l'interdiction des expulsions lorsqu'aucune solution de relogement n'est disponible.