Un El Niño "Godzilla" continue de se renforcer dans le Pacifique : quand le phénomène météorologique atteindra-t-il son pic, et quand prendra-t-il fin ?
L'année 2026 pourrait rester dans l'histoire comme celle du plus puissant épisode El Niño de mémoire d'homme, alors que le monde s'empresse de se préparer à une vague de phénomènes météorologiques extrêmes.
Ce phénomène météorologique naturel (en espagnol, El Niño signifie "le petit garçon") se produit de manière irrégulière — environ tous les deux à sept ans — lorsque les températures de la mer dans l'est de l'océan Pacifique deviennent anormalement élevées. Les experts ont commencé à avertir dès le début de l'année qu'un fort épisode El Niño pourrait se former, alimenté par de grandes quantités de chaleur dans l'océan sous la surface et par l'affaiblissement attendu des alizés de basse altitude.
Au cours de la première semaine de juin, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a confirmé que les conditions El Niño étaient officiellement réunies. Vers la fin de l'été, des spécialistes ont prévenu que cet El Niño "sans précédent" pourrait devenir le plus intense depuis le XIXe siècle, gagnant le surnom de "Godzilla" ou de "Super" El Niño.
El Niño se renforce-t-il et quels impacts ?
Dans son bulletin mensuel du 12 octobre, le Service Copernicus pour le changement climatique a a annoncé (source en anglais) que la température moyenne de surface de la mer en septembre avait atteint 21,05°C — un record pour ce mois — sur fond de renforcement des conditions El Niño.
Selon l'OMM (source en anglais), les températures de surface de la mer dans le Pacifique tropical central et oriental devraient également atteindre des niveaux record en octobre, novembre et décembre.
Les anomalies de température de surface de la mer dans le Pacifique équatorial centre-est, la région au cœur d'El Niño, sont mesurées par l'indice Niño 3.4, largement utilisé. Cet indice a fortement augmenté, passant d'une moyenne de +1,6°C au-dessus de la normale en juin 2026 à +2,5°C en août.
Pour la période octobre-novembre-décembre, l'anomalie saisonnière moyenne de température de surface de la mer Niño 3.4 devrait atteindre environ +3,7°C. Ce serait la valeur la plus élevée depuis le début des observations et ce niveau serait plus fort que le précédent record de +2,6°C enregistré entre novembre 2015 et janvier 2016.
Les précédents épisodes El Niño ont contribué à des chaleurs record, en alimentant des sécheresses durables, des crues soudaines et des feux de forêt meurtriers à travers le monde.
Les effets météorologiques d'El Niño se font surtout sentir sous les tropiques, mais l'Europe peut connaître des hivers plus doux et plus humides. Un pic d'El Niño peut aussi affaiblir le vortex polaire, ce qui augmente la probabilité d'un coup de froid.
L'Amérique du Sud, le sud des États-Unis, l'Afrique de l'Est et l'Asie centrale ont tous connu des risques accrus d'inondations lors de précédents épisodes El Niño, tandis que les risques de sécheresse et de feux de forêt augmentent dans de vastes zones de l'Australie, dans le nord de l'Amérique du Sud et dans certains pays asiatiques comme l'Indonésie.
Les phénomènes météorologiques extrêmes à l'étranger auront malgré tout des effets de ricochet sur l'Europe. L'Institut IHE Delft pour l'éducation à l'eau, basé aux Pays-Bas, travaille dans des zones directement touchées par El Niño et avertit que de nombreux produits alimentaires de base que l'Europe importe pourraient être menacés.
Par exemple, au Nicaragua, des cultures comme le maïs et les haricots risquent de se perdre dans des zones déjà fragiles, entraînant une insécurité alimentaire et une perte de revenus dans le pays. Le manque de pluie et les débits faibles des rivières signifient aussi que les cultures irriguées en Colombie, dans le nord-est du Brésil et en Inde feront face à de fortes restrictions ou devront davantage dépendre des nappes phréatiques, ce qui pourrait conduire à une surexploitation de la ressource — et à des pénuries d'exportation.
Calendrier d'El Niño : quand va-t-il atteindre son pic et prendre fin ?
La dernière déclaration de l'OMM indique qu'El Niño devrait atteindre son pic en décembre et se poursuivre l'an prochain.
"El Niño est désormais bien installé et se renforce rapidement", alerte la secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo. "Les prévisions de l'OMM indiquent une probabilité proche de 100 % qu'il persiste jusqu'en février 2027, avec le risque qu'il devienne l'un des épisodes les plus puissants depuis au moins 1950".
Ce chiffre quasi certain ne repose pas sur un seul modèle climatique. L'OMM a coordonné des données issues de bouées océaniques, de satellites et de radiosondages en provenance de 13 centres nationaux et internationaux pour établir cette prévision.
El Niño ne devrait pas prendre fin avant le printemps 2027, et ses impacts devraient se prolonger au-delà. C'est pourquoi des experts préviennent que l'année prochaine pourrait devenir la plus chaude jamais enregistrée.
El Niño se heurte au changement climatique
La plupart des épisodes El Niño augmentent la température moyenne mondiale d'environ 0,2°C. Si cela suffit à déclencher des conditions météorologiques extrêmes dans le Sud global, ce n'est qu'une fraction du réchauffement supplémentaire provoqué par le changement climatique.
Le réchauffement mondial induit par l'homme, lié à la combustion d'énergies fossiles, a poussé les températures moyennes de surface à 1,3°C-1,4°C au-dessus des niveaux préindustriels. C'est ce qui a préparé le terrain pour l'été étouffant qu'a connu l'Europe, la sécheresse persistante et les feux de forêt meurtriers.
Aujourd'hui, les effets d'El Niño se cumulent avec un monde déjà en réchauffement — qui exerce une influence bien plus forte sur les phénomènes météorologiques extrêmes que nous observons. L'année 2025, par exemple, a été la troisième année la plus chaude jamais enregistrée — plus chaude que l'année El Niño 2016 — malgré la force de refroidissement naturelle du pendant d'El Niño, La Niña.
Des recherches récentes suggèrent que le changement climatique suralimente aussi les épisodes El Niño, en les rendant 36 % plus puissants qu'avant l'ère industrielle.
"El Niño n'ajoute pas de nouvelle chaleur à la planète. Il libère la chaleur que l'océan stocke déjà sous la surface, ce qui explique pourquoi un épisode fort correspond si souvent à l'une des années les plus chaudes jamais mesurées (comme en 2024)", a expliqué Saulo lors du Global Heat Forum à Bangkok en octobre.
"L'océan dans lequel il puise est plus chaud que tout ce que nous avons jamais mesuré. Il y a simplement davantage de chaleur à libérer".