La candidate du RN s'est dite prête à "débattre" avec le président ukrainien du soutien français à Kyiv, auquel elle entend mettre fin si elle accède au pouvoir. Volodymyr Zelensky lui a reproché de mal connaître les détails de la coopération militaire entre Paris et Kyiv.
L'aide française à l'Ukraine s'invite dans la campagne présidentielle de 2027. Marine Le Pen, qui entend y mettre fin si elle accède à l'Élysée, s'est dite prête à débattre directement de la question avec Volodymyr Zelensky.
Le président ukrainien avait réagi à ses déclarations en estimant que "Madame Le Pen ne maîtrise pas bien certains détails" de la coopération militaire franco-ukrainienne.
Cet échange à distance, par médias interposés, a également suscité des réactions chez plusieurs adversaires politiques de la candidate du Rassemblement national.
Invitée sur CNews jeudi, Marine Le Pen a précisé qu'elle était prête à se rendre en Ukraine pour discuter avec le président ukrainien : "On pourrait parfaitement débattre de ce sujet quand il le souhaitera", a-t-elle déclaré. "Si Monsieur Zelensky souhaite que nous discutions, je viendrai avec plaisir en Ukraine. Mais ce que je veux lui dire, c'est que nous n'avons plus les moyens financiers d'apporter une aide", a-t-elle ajouté.
"Je n'ai rien, à titre personnel, contre Zelensky", a-t-elle cru bon de souligner dans un message publié sur X, relayant son intervention sur CNews.
Plus tôt, mercredi, interrogée sur la télévision flamande VRT News, la candidate d'extrême droite avait dénoncé le coût du soutien français à l'Ukraine, qu'elle estime à 6 milliards d'euros par an. Un montant qui correspond approximativement à la moyenne annuelle de l'aide française à l'Ukraine depuis février 2022, comprenant les aides bilatérales et les contributions aux dispositifs européens.
“À partir de mon élection, durant six mois nous maintiendrons les aides [...] pour ne mettre personne au pied du mur. Mais après nous cesserons l'aide financière à l'Ukraine car nous n'avons plus les moyens de le faire", avait-elle déclaré.
Zelensky : l'Ukraine contribue aussi à la défense de la France
Dans un entretien au Financial Times publié jeudi, Volodymyr Zelensky a défendu les bénéfices de la coopération militaire entre la France et l'Ukraine, notamment dans le domaine des technologies d'armement.
La France "ne peut que gagner" de ce partenariat, a-t-il assuré. "Nous donnons en retour", a-t-il insisté.
Zelensky a notamment souligné que l'expérience acquise par son armée sur le champ de bataille permettait à la France de tester et d'améliorer ses équipements en conditions réelles de combat.
Il a cité les systèmes de défense antiaérienne franco-italiens SAMP/T, modifiés à plusieurs reprises pour s'adapter aux réalités du terrain, ainsi que les missiles franco-britanniques Scalp/Storm Shadow. Une coopération "gagnant-gagnant", selon le dirigeant ukrainien.
Emmanuel Macron réaffirme le soutien de la France
De son côté, Emmanuel Macron a réaffirmé jeudi le soutien de la France à l'Ukraine, après un entretien avec son homologue ukrainien à Bruxelles.
Face à l'intensification des attaques russes, le président français a jugé "capital" de fournir à Kyiv "tous les moyens nécessaires" pour se défendre et protéger sa population et ses infrastructures, assurant que "la France continuera de prendre ses responsabilités".
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a également réagi aux déclarations de Marine Le Pen, estimant que mettre fin à l'aide française à l'Ukraine serait "le moyen le plus sûr de voir la guerre se rapprocher de nos frontières".
Levée de boucliers des adversaires de Marine Le Pen
Gabriel Attal, candidat de Renaissance à la présidentielle, a lui aussi critiqué la position de Marine Le Pen sur Franceinfo, l'accusant de vouloir "laisser les Ukrainiens se faire trucider".
"Le soutien à l'Ukraine, ce n'est pas une opération humanitaire pour se faire plaisir, c'est notre défense à nous", a insisté l'ancien Premier ministre.
L'eurodéputé Raphaël Glucksmann, vainqueur de la primaire sociale-démocrate, a lui aussi dénoncé une "capitulation" et une "soumission" face à Vladimir Poutine.
"Si on coupe l'aide à l'Ukraine, ça veut dire qu'on soumet l'ensemble de l'Europe à Vladimir Poutine", a déclaré sur France 5 le candidat du centre gauche à la présidentielle, estimant que Marine Le Pen ne devait "absolument pas prendre le pouvoir".
De son côté, le candidat d'Horizons, Édouard Philippe, a qualifié de "trahison" les déclarations de Marine dans un message sur X.
"Dire que la France cessera d’aider l’Ukraine à la fin de l’année 2027, c’est l’affaiblir davantage au moment où - plus que jamais - nous devons serrer les rangs autour d’elle", a-t-il écrit.
Les déclarations de Marine Le Pen ont également suscité des réactions au-delà de es concurrents dans sa course à l'Élysée.
L'avocat libéral Charles Consigny, chroniqueur des Grandes Gueules sur RMC et ancien candidat Les Républicains aux législatives de 2022, estime que la position de Marine Le Pen fait le jeu de Vladimir Poutine.
“Poutine attend impatiemment la victoire de Marine Le Pen.”, avance-t-ilsur X.
Dans le camp du RN, la députée Laure Lavalette a défendu l'arrêt du soutien financier français à Kyiv. "On ne peut plus aider l'Ukraine. Les caisses sont vides", a-t-elle affirmé sur RMC, avant de reconnaître qu'elle ne connaissait pas le montant de la contribution française.
L'Allemagne, premier contributeur européen à l'aide à l'Ukraine
Selon les chiffres du Kiel Institute, un institut de recherche allemand, la France a consacré au total 27 milliards d'euros au soutien de l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe, dont 7,9 milliards d'aide bilatérale et 19 milliards à travers les mécanismes européens.
En valeur absolue, l'Allemagne reste le premier contributeur européen à l'aide à l'Ukraine, avec plus de 50 milliards d'euros engagés depuis février 2022, devant la France, l'Italie et les Pays-Bas.
Rapportée au PIB, l'aide bilatérale est toutefois la plus importante au Danemark et en Estonie.