Lula face à Flávio Bolsonaro : les deux candidats à la présidentielle tiennent leurs derniers meetings au dernier jour de la campagne. Avec près de 20 % d'abstention au premier tour, l'issue du scrutin reste incertaine, tandis que les sondages donnent les deux adversaires au coude-à-coude.
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et le sénateur de droite Flávio Bolsonaro mobilisent une dernière fois leurs partisans ce samedi, en organisant des rassemblements sur les plages de Rio de Janeiro, au dernier jour d'une campagne électorale tendue. La veille, les deux candidats se sont affrontés lors d'un ultime débat télévisé particulièrement virulent.
Au premier tour, Flávio Bolsonaro a recueilli 47 % des voix, contre 45 % pour Lula. Mais au cours des trois semaines de campagne intense et acrimonieuse qui ont suivi, le président de gauche semble avoir comblé une partie de son retard.
À 80 ans, Lula brigue un quatrième mandat présidentiel non consécutif
Ancien ouvrier devenu dirigeant syndical, puis premier président brésilien issu de la classe ouvrière, Lula avait suscité une ferveur populaire considérable lors de ses deux premiers mandats. Le pays bénéficiait alors de la flambée des cours des matières premières et de programmes sociaux, notamment des aides financières directes, qui ont permis à des millions de Brésiliens de sortir de la pauvreté.
Lula a ensuite passé plus d'un an en prison après avoir été condamné pour corruption, avant que ses condamnations ne soient annulées. Il a fait son retour au pouvoir en remportant un troisième mandat en 2022.
L'ancien président américain Barack Obama l'avait un jour décrit comme "le dirigeant politique le plus populaire au monde". Mais sa popularité a parfois chuté à 24 % au cours de son mandat actuel, sur fond d'inquiétudes des électeurs concernant la criminalité et le coût de la vie.
Flávio Bolsonaro veut prolonger l'héritage politique de son père
Le sénateur Flávio Bolsonaro a débuté sa carrière politique à 21 ans, devenant alors le plus jeune député de l'État de Rio de Janeiro.
Depuis que son père, l'ancien président Jair Bolsonaro, est inéligible et purge une peine de 27 ans de prison à domicile pour avoir organisé une tentative de coup d'État après sa défaite face à Lula en 2022, son fils aîné a pris le relais pour défendre le programme de la droite brésilienne.
Flávio Bolsonaro reprend largement les positions ultraconservatrices de son père, tout en cherchant à adoucir son discours afin de séduire l'électorat centriste.
Sa ligne dure en matière de sécurité constitue l'un des piliers de sa campagne, des propositions qui, selon les sondages, recueillent un large soutien.
Le second tour prévu dimanche déterminera si le Brésil reste l'un des rares pays dirigés par la gauche dans la région ou s'il rejoint le camp des gouvernements de droite proches du président américain Donald Trump.
Lors de leur ultime débat vendredi soir, les deux candidats ont adopté un ton plus mesuré que lors de leur première confrontation, qui avait dégénéré en échanges d’insultes sans véritable débat de fond.
Lula a mis en cause le manque d’expérience de son adversaire, tandis que Flávio Bolsonaro a accusé le président de laisser derrière lui un "pays en ruines".
"Il ne sait pas ce qu'est la faim", a lancé Lula, premier président brésilien issu de la classe ouvrière, à propos du sénateur. Ce dernier a, de son côté, interpellé le chef de l'État : "Pourquoi les choses sont-elles si chères ?"
Flávio Bolsonaro promet de s'attaquer à la criminalité, de créer 500 000 places de prison supplémentaires et de réduire drastiquement les dépenses publiques.
Des répercussions internationales majeures
Le Brésil joue un rôle clé dans la lutte contre le réchauffement climatique, notamment à travers la préservation de la forêt amazonienne. Sous la présidence de Jair Bolsonaro, la déforestation avait atteint des niveaux records. Son fils partage des positions climatosceptiques et nie lui aussi la responsabilité humaine dans le changement climatique, s'engageant uniquement à mettre fin à la déforestation illégale.
Ces dernières années, les nouvelles coupes forestières ont atteint des niveaux historiquement bas, sous l'impulsion du gouvernement Lula, qui a renforcé la surveillance par satellite et les opérations ciblées des forces de l’ordre.
La campagne de Flávio Bolsonaro a également été fragilisée par ses propres déclarations concernant des millions de dollars qu'il reconnaît avoir acceptés du banquier déchu Daniel Vorcaro pour financer un film consacré à la vie de son père. Le sénateur fait l'objet d’une enquête portant sur des soupçons de corruption, de blanchiment d'argent et de fraude fiscale dans cette affaire.
Lula a mis à plusieurs reprises en garde les États-Unis contre toute ingérence dans le processus électoral brésilien. La défense de la souveraineté nationale et la lutte contre l’influence des réseaux sociaux étrangers sont devenues des thèmes centraux de sa campagne.
L’an dernier, Donald Trump a annoncé des droits de douane de 50 % sur les produits brésiliens, invoquant notamment le procès de Jair Bolsonaro. Cette année, il a imposé de nouvelles taxes douanières américaines, dénonçant des pratiques commerciales déloyales, alors même que les États-Unis affichent un excédent commercial avec le Brésil. Trump a également classé les principaux groupes de narcotrafiquants brésiliens parmi les organisations terroristes étrangères, peu après avoir reçu Flávio Bolsonaro à la Maison-Blanche. Le gouvernement Lula a dénoncé cette décision, qu'il considère comme un possible prétexte à une intervention américaine.
Une victoire de Flávio Bolsonaro rapprocherait davantage le Brésil des gouvernements latino-américains alliés de Donald Trump, notamment ceux de l'Argentine, du Chili, du Costa Rica et du Pérou, où des dirigeants de droite ont été élus ces dernières années.