Le parcours Bastille-Nation, rétabli vendredi soir par le tribunal administratif, a finalement été écarté par le Conseil d'État. Le cortège partira de la porte de Bagnolet, loin du centre de la capitale.
C'est devenu une habitude en ce mois d'octobre contestataire en France : l'imbroglio autour des parcours de manifestation se prolonge jusqu'au dernier moment.
Alors que l'acte III de la mobilisation sociale contre la vie chère et en soutien à la jeunesse coïncide avec Halloween, les autorités redoutent des violences urbaines "comparables à celles du 17 octobre" tout au long de la journée et surtout à la tombée de la nuit. À Paris, où se tient le rassemblement le plus important, le sort du parcours s'est joué au terme d'une bataille judiciaire express.
La préfecture de police a d'abord interdit le tracé initial entre les places de la Bastille et de la Nation, par crainte de débordements, et imposé un itinéraire éloigné du centre et des grands magasins. Saisi en urgence par les organisateurs, dont la CGT, le tribunal administratif a suspendu cette décision vendredi soir, autorisant le parcours initial. Mais le Conseil d'État, saisi dans la foulée par le préfet de police, a annulé ce jugement au milieu de la nuit.
L'interdiction de l'itinéraire demandé par les organisateurs et la proposition d'un parcours alternatif "sécurisé", préservant "la pleine liberté de manifester ainsi que la visibilité des revendications", sont jugées "nécessaires" et proportionnées, a estimé le Conseil d'État.
La manifestation se déroulera donc entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, à l'est de la capitale. Le départ est prévu à 14 heures.
"Nous dénonçons une nouvelle entrave au droit de manifester, une grave remise en cause de notre droit à exprimer nos revendications et plus largement une mise en danger volontaire des cortèges", écrit la FAGE dans une réaction transmise à l'AFP. L'organisation ajoute que l'intersyndicale de la jeunesse "va se réunir pour décider des suites de la mobilisation".
À quelques minutes du début de la manifestation parisienne, les représentants de l'Union syndicale lycéenne et de l'Union étudiante ont appelé à de nouveaux blocages des universités et des lycées dès mardi, jour de reprise après les vacances de la Toussaint.
Des appels à respecter le parcours imposé par les autorités
Samedi dernier, lors de l'acte II des manifestations, le départ du cortège parisien avait également été déplacé en périphérie, porte d'Italie. La place de la Bastille avait alors été partiellement vidée de ses passants et placée sous haute surveillance.
Malgré les critiques, les responsables syndicaux et les soutiens politiques des manifestants avaient appelé à ne pas désobéir.
Cette fois encore, la co-secrétaire générale de la CGT Paris a appelé sur BFMTV à "respecter" le parcours périphérique, qu'elle a qualifié de "symbolique du macronisme, qui a mis de côté les revendications sociales depuis le début de son premier mandat."
Le chef de file de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, présent dans le défilé samedi dernier, a annoncé sur X qu'il se joindrait à la manifestation parisienne cet après-midi, au départ de la porte de Bagnolet, sur le parcours finalement autorisé.
Le gouvernement maintient le même dispositif de sécurité que samedi 24 octobre, avec 70 000 membres des forces de l'ordre et "des moyens spéciaux très largement engagés", selon l'entourage du ministre de l'Intérieur. Ce dispositif avait été érigé en "modèle" par le président Emmanuel Macron, alors que les incidents constatés ce jour-là en marge des cortèges avaient été sans commune mesure avec les destructions et les pillages du 17 octobre.
Plus de 40 stations du métro parisien sont fermées ce samedi dans plusieurs secteurs du centre et de l'est de Paris. Le trafic des tramways est également perturbé.
Un couvre-feu nocturne sera instauré dans les quartiers de République et de Châtelet-Les Halles, de 23 heures à 6 heures, dans la nuit de samedi à dimanche, a annoncé la préfecture.
Plus de 1 000 agents municipaux seront mobilisés tout au long du week-end pour nettoyer l'espace public, a indiqué la mairie de Paris.