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Agression du producteur de musique Michel Zecler en 2020 : le procès des policiers s'ouvre le 9 novembre

Le palais de Justice de Paris.
Le palais de Justice de Paris. -  Tous droits réservés  (AP Photo/Aurelien Morissard, Archive)
Tous droits réservés (AP Photo/Aurelien Morissard, Archive)
Par Etienne Paponaud avec AFP
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Six ans après avoir été roué de coups par trois policiers, dont le procès s'ouvre le 9 novembre, le producteur de musique Michel Zecler reste très marqué et demeure dans l'incompréhension.

Trois policiers français seront jugés la semaine prochaine pour avoir passé à tabac un producteur de musique noir qui, selon eux, ne portait pas de masque pendant la pandémie de Covid. Il s’agit d’une affaire de violences policières qui, fait rare, sera portée devant les tribunaux.

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Six ans plus tard, Michel Zecler se dit toujours en colère et souhaite obtenir des réponses. "Pourquoi moi ? Je me pose cette question depuis le début", a-t)déclaré à l’AFP.

Le 21 novembre 2020, des policiers interpèlent Michel Zecler devant son studio parisien, l’accusant de ne pas porter de masque - à cette époque obligatoire en plein contexte de pandémie de Covid-19 - en le soupçonnant de consommation de cannabis.

Les agents poussent alors l’entrée de son bureau avant de le rouer de coups. Pendant environ cinq minutes, le producteur reçoit une trentaine de coups de poing et de matraque au visage et sur le corps, selon l’enquête. L'agression a été filmée par les caméras de sécurité de son studio.

Le caractère raciste de l'agression non retenu dans l'acte d'accusation

Le rapport médical a fait état d’un traumatisme craniofacial, d’une blessure à la lèvre et au cuir chevelu, ainsi que d’une rupture complète du tendon du biceps, le rendant inapte au travail pendant 45 jours.

S'appuyant sur les témoignages de quatre témoins, la médiatrice de la République française a déclaré que les policiers avaient proféré des "insultes racistes" lors de l’agression. Pourtant, les prévenus ont nié ces faits et le caractère raciste n'a pas été retenu dans l’acte d’accusation.

Six ans plus tard, trois policiers comparaîtront du 9 au 19 novembre devant la cour criminelle départementale de Paris pour violences volontaires commises en groupe, faux et usage de faux, ainsi que pour avoir tenté de dissimuler leurs actes dans un rapport officiel.

Leur procès doit durer deux semaines. Ils encourent jusqu’à 15 ans de prison. Contactés par l’AFP, leurs avocats ont refusé tout commentaire avant le procès.

Un quatrième policier comparaîtra lui devant le tribunal correctionnel de Paris pour violences volontaires n’ayant pas entraîné d'interruption temporaire de travail. Il lui est reproché d’avoir jeté une grenade lacrymogène MP7, une arme dont l’usage est proscrit en intérieur, dans le studio de musique où s’était réfugié Michel Zecler.

"Je ne comprends pas cette haine"

Dans leur procès-verbal d’arrestation, les policiers ont affirmé que le producteur les avait frappés et avait tenté de s’emparer d’une matraque, une version des faits réfutée par les images de caméra diffusées quelques jours plus tard par le site d’information français Loopsider.

"Je ne comprends pas la haine que j’ai vue dans leurs yeux", a déclaré Michel Zecler, qui affirme souffrir encore de cauchemars.

"Le fait qu'ils portaient des uniformes de police est l'une des raisons pour lesquelles je ne me suis pas défendu. Ils sont censés faire respecter la loi et l'ordre et agir de manière proportionnée. Leur conduite doit être irréprochable."

La diffusion de la vidéo montrant le passage à tabac de Michel Zecler avait déclenché l’indignation jusqu’au sommet de l’Etat. Le président Emmanuel Macron avait alors interpellé les forces de l’ordre sur le profilage racial.

L’agression de Michel Zecler, aujourd’hui âgé de 47 ans, a ravivé l’indignation en France face aux violences policières, expression rejetée par les autorités et les syndicats de policiers qui affirment qu'elles ne concernent que des cas isolés. Les victimes et les chercheurs les qualifient eux, le plus souvent, de systémiques.

Les militants et des associations de défense des droits considèrent cette affaire comme une preuve supplémentaire de ce qu’ils qualifient de racisme systémique au sein de la police française, dans un pays où, selon eux, les minorités ethniques subissent un traitement bien plus sévère que les personnes blanches.

Les violences policières ont également été remises sur le devant de la scène par les manifestations menées par des étudiants ces dernières semaines, notamment après qu’un adolescent de 14 ans a perdu plusieurs dents lorsqu’un policier a apparemment tiré une grenade sur lui à très courte distance.

Des violences policières rarement condamnées

En France, rares sont les affaires de violences policières qui aboutissent devant un tribunal pénal, la plupart étant traitées en interne.

Dans une autre affaire qui sera portée devant un juge, un policier français doit être jugé pour avoir abattu à bout portant Nahel Merzouk, âgé de 17 ans, en juin 2023, à Nanterre, en banlieue parisienne. Des images vidéo ont également contredit la version des faits donnée par la police lors de cet incident, déclenchant des manifestations dans tout le pays.

Les verdicts de culpabilité dans les affaires de violences policières présumées sont rares. En 2024, un juge a prononcé des peines de prison avec sursis à l’encontre de trois policiers qui avaient infligé des lésions rectales irréversibles à un homme noir, Théo Luhaka, lors d’un contrôle d’identité en 2017.

Les jeunes hommes "perçus comme arabes, noirs ou originaires d’Afrique du Nord" ont quatre fois plus de chances d’être interpellés que le reste de la population, selon un rapport publié l’année dernière par le Défenseur des droits.

Ils ont 12 fois plus de chances d’être soumis à des mesures plus sévères, notamment à une fouille corporelle lors des contrôles, indique ce rapport à l’issue d’une enquête menée auprès de plus de 5 000 personnes.

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