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La hausse du coût de l’emprunt accroît les enjeux économiques et politiques pour Trump

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent écoute une question d’un journaliste dans la salle de presse James-Brady de la Maison-Blanche, le 28 mai 2026.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent écoute la question d’un journaliste dans la salle de presse James-Brady de la Maison-Blanche, 28 mai 2026 Tous droits réservés  AP Photo/Mark Schiefelbein
Tous droits réservés AP Photo/Mark Schiefelbein
Par Doloresz Katanich avec AP
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Donald Trump sous pression avec la hausse des coûts d’emprunt américains, les marchés intégrant les risques d’inflation liés à l’Iran, aux tarifs et à la dette publique de long terme.

Le monde se montre de plus en plus réticent à prêter de l’argent au gouvernement du président Donald Trump, ce qui fait grimper les taux d’intérêt d’une manière qui aggrave les difficultés de pouvoir d’achat, freine la croissance économique et crée un nouveau risque pour les républicains lors des élections de mi-mandat de novembre.

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La hausse des prix de l’énergie consécutive à la guerre en Iran se répercute sur les marchés obligataires qui financent l’État fédéral. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans est monté au-dessus de 4,44 %, contre 3,95 % avant le début du conflit, fin février. Les taux des crédits immobiliers ont atteint leur plus haut niveau depuis neuf mois, tandis que les ventes de voitures ont fléchi.

Cette tendance ne se limite pas aux États-Unis. Les coûts d’emprunt ont augmenté dans plusieurs pays à mesure que les investisseurs s’ajustent à la perspective d’une inflation plus élevée, aux inquiétudes sur la soutenabilité des dettes publiques et à la montée des investissements dans l’intelligence artificielle.

Trump affirme que son administration dispose d’un plan pour réduire le déficit budgétaire annuel, d’environ 1 800 milliards de dollars (1 500 milliards d’euros). Il met en avant les recettes douanières, les paiements liés au programme de visa « Gold Card » proposé, les coupes budgétaires mises en place par le ministère de l’Efficacité gouvernementale et une croissance économique plus forte. La semaine dernière, il a ajouté qu’une cellule de lutte contre la fraude dirigée par le vice-président JD Vance pourrait permettre de réaliser d’importantes économies.

« S’il fait un travail vraiment formidable, nous aurons un budget équilibré sans avoir rien à faire », a déclaré Trump.

Les économistes doutent des plans de réduction du déficit

Pour les économistes, il est irréaliste de penser que les mesures de l’administration permettront de réduire sensiblement le déficit.

Le coût du service de la dette fédérale a fortement augmenté depuis 2021 pour dépasser 1 000 milliards de dollars (860 milliards d’euros) par an, selon Jessica Riedl, spécialiste du budget et de la fiscalité au sein du think tank Brookings Institution.

« Le président Trump a promulgué une réforme fiscale qui devrait creuser les déficits de 5 000 milliards de dollars (4 300 milliards d’euros) sur dix ans, et les droits de douane ne compensent qu’une petite partie de cette facture », a-t-elle expliqué. « Les déficits budgétaires sont toujours appelés à franchir la barre des 4 000 milliards de dollars (3 400 milliards d’euros) par an d’ici une dizaine d’années dans le cadre des politiques actuelles. »

Les déficits budgétaires devraient encore se creuser au cours de la prochaine décennie, les programmes de retraite et de santé publics Social Security et Medicare continuant de progresser plus vite que les recettes fiscales.

Le rendement de l’obligation du Trésor à 10 ans a atteint 4,67 % à la mi-mai avant de refluer à mesure que progressaient les négociations de cessez-le-feu impliquant l’Iran. Les rendements des Treasuries avaient déjà grimpé début 2025 après les annonces de droits de douane du président Trump pour le « Liberation Day », avant de retomber lorsque l’administration a revu à la baisse une partie des hausses envisagées.

Kent Smetters, directeur académique du Penn Wharton Budget Model, indique que son analyse de la hausse des rendements des bons du Trésor à 30 ans suggère qu’environ 60 % de cette progression reflètent les anticipations d’un niveau élevé et durable d’emprunts de l’État fédéral, tandis que les 40 % restants sont liés aux pressions inflationnistes associées au conflit impliquant l’Iran et aux droits de douane américains.

Glenn Hubbard, qui a présidé le Conseil des conseillers économiques de la Maison-Blanche sous la présidence de George W. Bush et enseigne aujourd’hui à la Columbia Business School, dit craindre que les États-Unis ne disposent plus de la même capacité d’endettement qu’auparavant pour faire face efficacement à une crise économique, comme le krach de 2008 ou la pandémie de coronavirus.

« Je ne pense pas que nous disposions de la marge de manœuvre dont nous jouissions en 2008 ou en 2020 pour y faire face », estime Hubbard. « Washington ne semble pas regorger d’idées – bonnes ou mauvaises – pour résoudre le problème. »

Les taux d’intérêt inquiètent les électeurs

La remontée des taux d’intérêt s’est invitée dans le débat en amont des élections de mi-mandat de novembre, alors que les préoccupations liées au coût de la vie restent au cœur des attentes des électeurs.

Dans le 5e district du Congrès du Colorado, la candidate démocrate Jessica Killin soutient que la persistance des déficits et la hausse des taux rendent plus difficile l’achat ou la rénovation d’un logement, l’acquisition d’un véhicule et la gestion des dettes de carte de crédit.

« Les choses sont déjà chères », déclare Killin, vétérane de l’armée et ancienne collaboratrice de Doug Emhoff, l’époux de l’ex-vice-présidente Kamala Harris. « On parle déjà du prix de l’essence, mais le coût de l’emprunt ne fait qu’empirer les choses. »

Joe Reagan, un autre candidat démocrate en quête de l’investiture de son parti, affirme que la politique budgétaire occupe une place centrale dans sa campagne.

« Chaque dollar consacré au paiement des intérêts est un dollar qui n’est pas investi dans les infrastructures, l’éducation, les services aux anciens combattants ou la croissance économique », souligne Reagan.

Les deux candidats défient le représentant républicain Jeff Crank dans une circonscription que les démocrates considèrent comme prenable. Crank n’a pas répondu aux demandes de commentaire de l’Associated Press.

Dans son discours de mars 2025 devant le Congrès, Trump a déclaré : « Dans un avenir proche, je veux faire ce qui n’a pas été fait depuis 24 ans : équilibrer le budget fédéral. Nous allons l’équilibrer. »

L’administration met en avant la lutte contre la fraude

L’exécutif assure vouloir poursuivre la réduction des déficits budgétaires. Rapporté à la richesse nationale, le déficit était plus faible l’an dernier qu’en 2024, même si ce recul reflète en partie des recettes douanières qui pourraient devoir être remboursées après un arrêt de la Cour suprême jugeant ces droits illégaux.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a cité la semaine dernière un rapport suggérant que jusqu’à 500 milliards de dollars (429 milliards d’euros) de dépenses publiques frauduleuses pourraient être éliminés chaque année.

« Cela réduirait donc substantiellement le déficit », a affirmé Bessent.

Ses propos semblent renvoyer à un rapport de 2024 de la Government Accountability Office, l’équivalent américain de la Cour des comptes, qui évaluait les dépenses frauduleuses annuelles entre 233 milliards de dollars (205 milliards d’euros) et 521 milliards de dollars (458 milliards d’euros). Toutefois, ces estimations incluaient des années marquées par des programmes de dépenses d’urgence liés à la pandémie.

La Maison-Blanche et le département du Trésor n’ont pas répondu aux demandes de précisions de l’AP sur la base des estimations avancées par Bessent.

Bessent soutient que l’administration a hérité d’un déficit budgétaire exceptionnellement élevé de la part de l’ancien président Joe Biden.

« Nous avons hérité du pire déficit budgétaire de l’histoire – de l’histoire – alors que nous n’étions ni en récession ni en guerre », a-t-il déclaré à des journalistes à la Maison-Blanche.

Il a déjà indiqué que l’objectif de l’exécutif était de ramener le déficit annuel à 3 % du produit intérieur brut. Il s’établit actuellement à environ le double, et Bessent n’a pas précisé à quel horizon cette cible pourrait être atteinte.

Les investisseurs continuent d’acheter des actions d’entreprises américaines, ce qui soutient la hausse des marchés et témoigne d’une confiance dans les perspectives économiques de long terme du pays. Mais la hausse des coûts d’emprunt traduit aussi les inquiétudes d’une partie d’entre eux face à l’ampleur de la dette publique américaine.

Plusieurs économistes estiment que, au final, les marchés financiers pourraient exercer davantage de pression en faveur d’une réforme budgétaire que les électeurs eux-mêmes.

Hubbard rappelle que la confiance demeure le fondement de l’endettement souverain.

« C’est de cela qu’il s’agit quand on parle de dette : je crois que vous me rembourserez », dit-il. « Cela fonctionne… jusqu’au jour où cela ne fonctionne plus. »

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