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IA, drones, quantique : le nouveau plan AGILE de l'UE pour la guerre du futur

Un drone intercepteur anti-aérien conçu pour détruire les drones d'attaque russes de la société ukrainienne General Cherry lors d'une démonstration dans la région de Kyiv
Un drone intercepteur anti-aérien conçu pour détruire les drones d'attaque russes de la société ukrainienne General Cherry lors d'une démonstration dans la région de Kyiv Tous droits réservés  AP Photo/Efrem Lukatsky
Tous droits réservés AP Photo/Efrem Lukatsky
Par Leticia Batista Cabanas & Elisabeth Heinz
Publié le Mis à jour
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Les conflits en Ukraine et en Iran sont les nouveaux bancs d'essai pour les technologies militaires de nouvelle génération. L'intelligence artificielle, les essaims de drones et les systèmes de précision dictent désormais l'issue des conflits, et l'UE se doit de rester à la pointe.

Confrontée à une vulnérabilité croissante, l'Union européenne intensifie ses efforts pour suivre l'évolution des technologies de guerre. En ce sens, Bruxelles souhaite accélérer le passage des laboratoires de recherche au déploiement dans le monde réel, en exigeant des innovations plus rapides et plus souples pour faire face à une nouvelle ère de menaces pour la sécurité.

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La proposition la plus récente, le programme d'innovation agile et rapide en matière de défense (AGILE), prévoit des investissements de 115 millions d'euros dans des technologies de défense de rupture telles que l'IA, les technologies quantiques et les drones. S'il est adopté, ce programme marquera une nette rupture avec le modèle de financement lent de la défense de l'UE en donnant la priorité à la rapidité, à la prise de risque et au déploiement rapide des nouvelles technologies.

L'UE a consacré des ressources au Fonds européen de défense et aux systèmes satellitaires pour les communications sécurisées et l'observation de la Terre. Mais ces efforts n'ont pas été couronnés de succès, car ils ont été jugés trop lents et trop rigides pour répondre aux exigences de la guerre moderne.

Calendrier moyen des startups européennes dans le domaine de la défense

Qu'est-ce qu'AGILE ?

Proposé en mars 2026 par la Commission européenne, AGILE est un outil de financement accéléré destiné à faire passer les technologies de défense du stade du développement à celui du déploiement bien plus rapidement que les programmes européens existants.

Sous sa forme actuelle, il financera des projets déjà relativement avancés, en se concentrant sur les technologies qui peuvent être testées, validées et utilisées par les forces armées dans un délai d'un à trois ans. Il s'agit, par exemple, de systèmes d'IA axés sur les missions pour la prise de décision militaire, la connaissance de la situation ou les systèmes autonomes, ou encore de projets faisant appel à l'informatique quantique. Il soutiendra également des projets portant sur la robotique avancée et les drones.

Le programme promet de financer à la fois la phase de développement technique et la transition vers une utilisation dans le monde réel, y compris le prototypage, les essais sur le terrain et la production initiale. Il prévoit des délais plus courts pour les demandes et les évaluations, les décisions de financement devant être prises en quelques mois plutôt qu'en quelques années.

Contrairement aux programmes traditionnels de l'UE, il permet à chaque entreprise de présenter une demande individuelle, supprimant ainsi l'obligation de former de grands consortiums multinationaux. Le financement - qui pourra être accordé de manière rétroactive dans certains cas - pourra couvrir jusqu'à 100 % des coûts admissibles, réduisant ainsi le risque financier pour les entreprises.

AGILE devrait allouer au moins 115 millions d'euros dans sa phase pilote initiale, pour environ 20 à 30 projets. Les projets individuels devraient recevoir entre 1 et 5 millions d'euros, en fonction de leur portée et de leur maturité. Le financement proviendra directement du budget de l'UE.

Les principales cibles sont les start-ups, les PME et les grandes entreprises qui travaillent sur des technologies à double usage ou de défense. Ces entreprises bénéficieront de cycles de financement plus rapides, d'une réduction de la charge administrative et d'un parcours plus clair entre le produit et le marché.

Mais les grandes entreprises de défense peuvent aussi en bénéficier indirectement, en intégrant ces innovations dans leurs systèmes ou en s'associant avec des entreprises plus petites. Par ailleurs, les forces armées des États membres de l'UE auront accès plus rapidement aux nouvelles capacités, ce qui améliorera leur état de préparation opérationnelle.

Pour les citoyens de l'UE, l'impact est indirect : il comprend une sécurité renforcée, une souveraineté technologique accrue et de nouvelles opportunités économiques dans des secteurs de haute technologie tels que l'IA, la robotique et l'espace.

Le programme doit encore être approuvé par le Parlement européen et le Conseil avant de pouvoir être officiellement lancé. S'il est adopté, les premiers appels à propositions devraient débuter vers 2027, et les projets financés démarrer peu après.

AGILE rejoint des initiatives antérieures telles que le Fonds européen de la défense et le programme d'innovation de l'UE dans le domaine de la défense visant à soutenir l'innovation. Ces programmes ont permis de financer des projets de recherche et de collaboration entre les États membres. Toutefois, ils étaient largement axés sur le développement à long terme et les grands consortiums et ont été critiqués pour leur lenteur et leur complexité.

Un besoin urgent de PME plus agiles

Avec le programme AGILE, l'UE souhaite répondre à la vitesse croissante des changements technologiques. Dans la guerre entre l'Iran et les États-Unis, par exemple, des drones bon marché sont modifiés et redéployés en l'espace de quelques semaines. Parallèlement, les outils de ciblage et de cybernétique pilotés par l'IA sont actualisés en permanence sur le champ de bataille (comme les essaims de drones iraniens à l'aéroport international du Koweït ou le "Project Maven" des États-Unis, axé sur l'IA).

En revanche, les processus européens traditionnels d'acquisition et de financement peuvent prendre plusieurs années entre l'approbation et le déploiement. Cela crée un fossé dans lequel les technologies existent mais ne sont pas livrées à temps pour être pertinentes d'un point de vue opérationnel.

Bon nombre de ces innovations proviennent de start-ups et de PME, qui manquent souvent de ressources ou de capacités administratives pour naviguer dans les systèmes de financement complexes de l'UE. En conséquence, les solutions sont souvent bloquées, commercialisées ailleurs ou ne parviennent pas à atteindre les utilisateurs du secteur de la défense.

C'est le cas d'Eurodrone (MALE RPAS), un projet conjoint de l'Allemagne, de la France, de l'Italie et de l'Espagne. Conçu à l'origine en 2014, il s'agissait d'un drone de moyenne altitude et de longue endurance destiné à révolutionner le secteur militaire. Cependant, il a subi tellement de retards qu'il est maintenant prévu pour une sortie en 2031.

Le chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace française l'a récemment qualifié de "drone d'hier que l'on peut avoir demain". Par la suite, la France a officiellement notifié à ses partenaires son intention de se retirer du programme en octobre 2025.

En raison de ces retards, les nations européennes doivent compter sur les MQ-9 Reapers américains et les Heron israéliens, et restent ainsi dépendantes de technologies dépassées alors que leurs adversaires avancent avec des cycles d'innovation plus rapides. Cela permet à d'autres puissances mondiales, comme la Chine et les États-Unis, de donner le ton dans des domaines clés, notamment l'IA, la cybernétique et les systèmes autonomes.

Financement obtenu et utilisation par taille d'entreprise

Comment l'UE a-t-elle stimulé l'innovation en matière de défense jusqu'à présent ?

ReArm Europe et la feuille de route de l'UE pour la transformation de l'industrie de la défense sont les programmes phares de l'Union pour 2025, qui visent l'innovation et l'autonomie dans le domaine de la défense d'ici à 2030. Plus de 800 milliards d'euros permettront d'accélérer la mise sur le marché, de stimuler la création d'entreprises à grande échelle et de donner aux nouveaux innovateurs en matière de défense les moyens de créer un marché européen de la défense sans frontières et plus réactif.

Le Fonds européen de défense (FED) est le principal plan d'innovation de l'UE. Il soutient les entreprises avec un financement de 7,3 milliards d'euros pour la période 2021-2027 afin de développer des technologies de défense de rupture. 2,7 milliards d'euros sont alloués à la recherche et au développement (R&D) pour les capacités de défense, tandis que 5,3 milliards d'euros sont alloués au développement des compétences.

Les subventions ciblent les futurs domaines militaires essentiels, tels que l'IA, la cybernétique, la défense spatiale et les systèmes de drones. Pour 2026, la Commission a mobilisé 1 milliard d'euros pour la R&D d'équipements de défense spécifiques : intercepteurs endo-atmosphériques, chars de combat, lance-roquettes multiples et navires semi-autonomes.

Avec 1,5 milliard d'euros pour 2025-2027, le programme européen d'innovation en matière de défense 2025 (EUDIS) abaisse les barrières à l'entrée du marché de la défense pour les petits innovateurs et les PME. Il finance une nouvelle génération d'entreprises de défense et les soutient tout au long de leur cycle de vie jusqu'à ce qu'elles deviennent des acteurs clés de l'innovation en matière de défense.

Entre 2026 et 2027, le programme européen pour l'industrie de la défense (EDIP) allouera 1,5 milliard d'euros à la coopération en matière d'acquisition de matériel de défense, aux compétences de fabrication et aux lacunes de production des États membres. L'EDIP soutient également l'industrie de défense ukrainienne avec 300 millions d'euros supplémentaires.

La Facilité d'investissement pour la défense (DEF) alloue 500 millions d'euros à l'écosystème des fonds privés investissant dans des entreprises européennes développant des innovations en matière de défense. Elle cible le capital-risque, les fonds d'investissement privés et les fonds de dette privés.

L'Action 2025 pour la sécurité en Europe (SAFE) mobilise 150 milliards d'euros de prêts pour renforcer l'état de préparation des États membres en matière de défense. En augmentant la capacité d'acquisition commune, le plan agit comme un soutien financier d'urgence temporaire pour les bases de défense nationales.

L'Agence européenne de défense (AED) soutient les objectifs de la Commission par l'intermédiaire du Centre d'innovation pour la défense européenne (HEDI). Elle fait passer l'innovation en matière de défense du laboratoire au terrain, en accélérant la coopération entre les États membres.

Les investissements augmentent, mais l'UE reste à la traîne

L'investissement des États membres dans le domaine de la défense est passée de 6 % en 2023 à 20 % en 2024, pour atteindre 13 milliards d'euros. Les investissements ont augmenté de 4 milliards d'euros supplémentaires en 2025, selon les estimations actuelles de l'AED.

De même, les investissements en recherche et technologie (R&T) de défense ont atteint 5 milliards d'euros en 2024, contre 3 milliards d'euros en 2023.

Les dernières données de la Commission européenne montrent qu'entre 2021 et 2024, le FED a financé en moyenne une soixantaine de projets de recherche et développement en matière de défense par an, avec un record de 62 en 2024.

Parmi les catégories du fonds couvrant les domaines clés de la défense, "Innovation et PME" a reçu le plus d'investissements depuis 2021. Les États membres disposant des plus grands marchés de base de défense ont dominé les projets du FED.

Les principaux instituts de recherche européens, les universités, les organismes publics et les grandes industries nationales de défense ont été les principaux bénéficiaires des investissements du FED. La France est en tête avec 167 entités éligibles, suivie par 144 entités allemandes, 139 italiennes et 130 espagnoles. La Slovaquie et la Croatie n'ont enregistré que 9 entités.

Malgré ces avancées en matière de défense dans les États membres, les États-Unis et la Chine devancent toujours l'Europe.

La recherche, le développement, les essais et l'évaluation (RDT&E) représentent en effet 16 % du budget de la défense des États-Unis, contre 4 % pour l'UE. En 2024, la RDT&E américaine a atteint 138 milliards d'euros, enregistrant une baisse de 2 % en termes nominaux en 2025. Entre 2023 et 2024, les dépenses de R&D de la Chine en matière de défense sont estimées à 44 milliards de dollars, l'accent étant mis sur l'IA, l'hypersonique et la technologie quantique.

Sources additionnelles • Adaptation : Vincent Reynier

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