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Explosion de Blue Origin : un énorme revers pour tout le secteur spatial, selon le chef de l'ESA

Josef Aschbacher, directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), lors d’un entretien accordé à Euronews dans les bureaux de l’ESA à Bruxelles, le vendredi 29 mai 2026.
Josef Aschbacher, directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), lors d’un entretien avec Euronews dans les bureaux de l’ESA à Bruxelles, vendredi 29 mai 2026. Tous droits réservés  Euronews
Tous droits réservés Euronews
Par Lauren Walker
Publié le
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Explosion d'une fusée New Glenn de Blue Origin: le patron de l'ESA prévient de retards importants pour les missions lunaires Artemis de la NASA

Le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, s’est dit « attristé » et « préoccupé » par les images montrant l’explosion d’une fusée New Glenn de Blue Origin lors d’un essai moteur sur un pas de tir en Floride la semaine dernière, évoquant des dégâts « considérables ».

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Jeff Bezos, patron d’Amazon et fondateur de l’entreprise spatiale, a confirmé qu’il n’y avait pas de blessés et que l’ensemble du personnel avait été retrouvé sain et sauf, mais les dégâts matériels sont importants.

« C’est assurément un énorme revers ; ce n’est une bonne nouvelle pour personne dans la communauté spatiale », a déclaré Aschbacher sur la chaîne Euronews, dans l’émission d’entretiens 12 Minutes With.

Une fusée New Glenn de Blue Origin explose lors d’un essai de mise à feu du moteur, le jeudi 28 mai 2026, à Cap Canaveral, en Floride.
Une fusée New Glenn de Blue Origin explose lors d’un essai de mise à feu du moteur, le jeudi 28 mai 2026, à Cap Canaveral, en Floride. @JConcilus/AP

L’explosion ne compromet pas seulement les espoirs de Bezos de voir Blue Origin rivaliser avec SpaceX, la société concurrente d’Elon Musk, dans la course spatiale commerciale. Le revers de la semaine dernière pourrait aussi compliquer les ambitions lunaires de la NASA, l’homologue américaine de l’ESA.

Aschbacher a souligné que de tels incidents sont particulièrement dévastateurs au vu « de l’immense effort nécessaire pour développer une fusée, mettre au point les moteurs, les tester, les envoyer en orbite ».

« Il ne s’agissait que de l’un des tout premiers vols ; nous en sommes donc vraiment à la phase de montée en puissance, et cela m’inquiète fortement », a déclaré Aschbacher.

La NASA espérait faire de ce type de fusée l’un des piliers du programme Artemis, ce vaste projet en plusieurs étapes visant à ramener des astronautes sur la surface de la Lune. En avril de cette année, l’agence américaine a lancé la mission Artemis II, un survol habité historique de la Lune d’une durée de dix jours.

La mission suivante, Artemis III, prévoit un vol en orbite terrestre basse de deux atterrisseurs lunaires commerciaux, construits par SpaceX et Blue Origin, afin de leur laisser le temps de tester les systèmes de lancement nécessaires à un futur alunissage. Elle devait avoir lieu l’an prochain.

Jusqu’à la semaine dernière, Blue Origin était considérée comme la plus avancée des deux entreprises. Mais l’explosion de la fusée soulève désormais des doutes sur la possibilité de poser des astronautes sur la Lune d’ici 2028 – ce qui doit correspondre à la mission Artemis IV – et, plus largement, sur la faisabilité des plans plus récents de construction d’une base lunaire.

« Vous avez vu l’explosion. Le pas de tir, je pense, est quasiment détruit ; il faudra beaucoup de temps pour le reconstruire, mais aussi pour enquêter sur les raisons de cette explosion. Et cela, je le sais, prend énormément de temps », a expliqué Aschbacher.

Science-fiction ?

La semaine dernière, la NASA a présenté son projet de base lunaire permanente, qui servirait à terme à préparer l’humanité à des missions vers Mars. Ce projet prévoit une présence humaine permanente sur le satellite naturel de la Terre d’ici 2032.

« Cela implique de construire des infrastructures à la surface lunaire. Cela peut sembler un peu de la science-fiction d’imaginer que, sur la Lune, des astronautes marcheront, circuleront en rover et effectueront des mesures. D’autres rovers extrairont des ressources du sol. Des usines produiront des briques pour ériger des bâtiments et des infrastructures », décrit Aschbacher.

« Mais, en réalité, créer ces infrastructures et cette économie est un défi immense. Cela se fera, mais nous n’en sommes encore qu’aux débuts. »

Interrogé sur le rôle de l’Europe dans ces plans de base lunaire permanente, il a rappelé que l’ESA en est « pleinement partie prenante ».

« En ce moment, je mène des négociations très intenses avec la NASA sur les différents éléments que nous pouvons apporter dans ce cadre plus large », a expliqué Aschbacher, ajoutant que l’ESA discute avec son homologue américaine d’un renforcement de la coopération sur ce projet depuis 2022, année où l’agence européenne a financé « des projets très importants ».

Il a cité Argonaut, le programme d’atterrisseur lunaire de l’ESA, qui viendra en soutien aux missions Artemis et transportera du matériel de la Terre vers la surface de la Lune, ainsi que le programme Moonlight, première constellation européenne de satellites lunaires dédiée aux télécommunications et à la navigation par satellite.

« Le moteur de la capsule Orion [le module de service européen] est fourni par l’Agence spatiale européenne. Donc oui, nous faisons déjà partie d’une coopération très étroite et très dense avec la NASA », a indiqué Aschbacher.

L’avenir de l’ESA au sein de la mission Artemis III a toutefois été récemment remis en question. L’agence devait construire le Lunar Gateway, une station en orbite lunaire pour le programme Artemis III, mais la NASA a suspendu cette année le développement de cette base, au prix de plusieurs années de travail et de millions d’euros investis par le secteur spatial européen.

La technologie européenne continuera, quoi qu’il en soit, de faire partie de la mission Artemis. Mais qu’en est-il de la participation des astronautes du continent ?

« C’est une grande question. J’aimerais pouvoir y répondre », a reconnu Aschbacher.

« J’espère que ce sera avant la fin de la décennie. Nous nous associerons bien sûr à la NASA, notre partenaire pour les vols habités. Rien n’est encore arrêté, je tiens à être très clair là-dessus. Mais nous discutons très intensément avec la NASA pour que cela devienne possible pour les Européens le plus vite possible. »

L’astronaute allemand de l’ESA Alexander Gerst est considéré comme l’un des principaux candidats pour devenir l’un des premiers Européens à se rendre sur la Lune, éventuellement dans le cadre de la mission Artemis IV.

L’équipage de la mission Artemis III doit être dévoilé le 9 juin.

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