Selon le Financial Times, Paris souhaite retirer Alicher Usmanov de la liste des sanctions pour faciliter la libération de Français détenus en Azerbaïdjan.
C’est une décision qui a étonné à Bruxelles. Ce lundi 14 septembre, la France a posé son veto à la prolongation des sanctions européennes pour un an contre quelque 2 600 personnes et entités accusées de soutenir l’effort de guerre russe.
La raison : la présence sur cette liste noire de l’homme d’affaires russo-ouzbek Alicher Usmanov, 73 ans, indique le Financial Times, qui cite des diplomates.
Paris motive cette décision par des "raisons de sécurités nationales", expliquent des représentants à Bruxelles, auprès de l’AFP. Mais le média britannique affirme que la France cherche à obtenir, via ce veto, la libération de ressortissants français détenus en Azerbaïdjan.
"La France ne veut pas bouger"
La position française complique les efforts menés à Bruxelles pour renouveler les sanctions de l’UE contre les personnes et entités ciblées.
Les ambassadeurs de l'UE ont ainsi convenu lundi de prolonger les sanctions d'une semaine, jusqu'au 22 septembre, afin de laisser plus de temps aux États membres pour parvenir à un accord. Faute d'accord, tous les ressortissants russes seraient retirés de la liste, ce qui renforce le sentiment d'urgence.
"La France ne veut pas bouger, mais cela enverrait le pire message au pire moment", a déclaré un responsable, qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat. "Je ne sais pas bien ce qui changera en une semaine".
La plupart des États membres restent opposés à toute suppression de noms de la liste des sanctions tant que la Russie poursuit sa guerre en Ukraine et sur fond d'inquiétudes concernant des attaques hybrides en Europe.
Certains responsables reconnaissent toutefois que la France invoque des considérations de sécurité nationale, un principe réservé aux dossiers jugés cruciaux. Le gouvernement français a refusé de commenter."Tout a une explication", a commenté un diplomate.
Cette initiative de dernière minute irrite néanmoins les diplomates qui s'opposent à la sortie de tout ressortissant russe de la liste des sanctions. Selon un diplomate proche des discussions, la stratégie de donnant-donnant de Paris revient de facto à opposer un veto à une position commune de l'UE, rappelant les tactiques utilisées par la Hongrie de Viktor Orbán.
La France affirme de son côté qu'elle demeure l'un des soutiens les plus solides, au sein du bloc, aux sanctions contre la Russie.
Alicher Usmanov a été inscrit sur la liste des sanctions de l'UE dans les premiers jours de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. Le Conseil de l'UE a invoqué ses "liens étroits" avec le président russe Vladimir Poutine et ses intérêts dans des "secteurs clés" de l'économie russe. L'oligarque russo-ouzbek conteste ces accusations et se bat avec insistance pour être retiré de la liste.
Bratislava et Paris main dans la main
La Slovaquie a également posée son veto, Bratislava réclamant depuis longtemps le retrait du milliardaire russo-ouzbek de la liste des sanctions, mais pour des raisons distinctes. Le pays souhaite également le retrait de l'homme d'affaires russe Mikhail Fridman de cette même liste des sanctions. Les autres États membres de l'UE ont jusqu'ici rejeté cette demande, qu'ils jugent motivée par des considérations politiques.
Plus tôt cette année, une enquête médiatique a publié une lettre de deux pages envoyée par le président turc Recep Tayyip Erdoğan au Premier ministre slovaque Robert Fico, lui demandant de l'aider à mettre fin à ce qu'Erdoğan qualifie de "pratique injuste" visant Alicher Usmanov.
"Votre soutien pour le retirer de la liste des sanctions de l'UE et rétablir les droits qui lui ont été bafoués serait extrêmement précieux", écrivait le président turque dans cette lettre datée du 2 mars 2026.
Selon ce document, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizstan et l'Ouzbékistan soutenaient eux aussi le retrait d'Alicher Usmanov.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a critiqué l'état des négociations dans son allocution du soir lundi, citant nommément Alicher Usmanov et Mikhail Fridman. "Ce n'est certainement pas le moment de lever des sanctions, de sauver des oligarques russes, ni le moment pour l'Europe de faire des cadeaux à la Russie", a déclaré le président ukrainien. "Alicher Usmanov, Mikhail Fridman et d'autres figures russes de ce type n'ont pas, jusqu'à présent, pris position contre la guerre. Ce n'est pas le moment pour l'Europe d'oublier ce qui se passe."