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Lituanie : le projet d’envoyer de jeunes médecins en zones rurales provoque un tollé

La social-démocrate Orinta Leiputė (troisième en partant de la gauche) fait partie des initiateurs de l’envoi de jeunes médecins vers les zones rurales.
La sociale-démocrate Orinta Leiputė (troisième en partant de la gauche) est l’une des initiatrices de l’envoi de jeunes médecins formés en zone rurale. Tous droits réservés  Seimas/Gabrielė Ginkutė
Tous droits réservés Seimas/Gabrielė Ginkutė
Par Giedre Peseckyte
Publié le
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Lituanie : des jeunes médecins envoyés en zones reculées, la profession dénonce une mesure « populiste »

Jeudi, le Parlement lituanien a voté l’introduction de postes supplémentaires d’internat en médecine financés par l’État.

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Mais il y a un hic.

L’État paie, mais le jeune médecin, au moment de son admission, signe un contrat l’engageant, à l’issue de son internat, à travailler pendant cinq ans dans une région confrontée à une pénurie de professionnels de santé.

Les jeunes médecins sont loin d’être convaincus et prévoient de porter l’affaire devant la Cour constitutionnelle.

« La mesure choisie est populiste », a déclaré Laurynas Maciulevičius, président de l’Association des jeunes médecins de Lituanie, dans un commentaire écrit adressé à Euronews Health. Si l’objectif est de garantir l’accès aux soins dans les régions en manque de professionnels de santé, « elle ne répond pas à la question fondamentale : pourquoi les médecins choisissent-ils, ou non, de travailler dans les régions ? », a estimé Maciulevičius.

Selon la sociale-démocrate Orinta Leiputė, l’une des initiatrices de la réforme, les jeunes médecins auront la possibilité d’effectuer leur internat sans s’engager à travailler cinq ans en région.

« C’est une possibilité de choix », a déclaré Leiputė dans un communiqué de presse (source en anglais). « Si un jeune médecin ne veut pas d’études assorties d’obligations, il ne les choisira tout simplement pas et postulera pour les places déjà existantes sans obligation. »

Mais les chances d’obtenir une telle place sont minces.

Seuls 20 des 385 postes d’internat en médecine financés par l’État dans le pays ne seront pas assortis d’une obligation de cinq ans en région. Leiputė a ajouté que le nombre de places financées par l’État sans contrepartie restait inchangé. Les jeunes médecins peuvent aussi opter pour des postes non financés par l’État.

La Lituanie compte davantage de médecins pour 10 000 habitants que la moyenne de la Région européenne de l’OMS (source en anglais), ce qui la place devant la Suisse et juste derrière l’Allemagne. Mais le nombre global de médecins diminue dans les pays européens, sur fond de vieillissement de la population et de conditions de travail peu attractives. Selon Leiputė, la Lituanie devrait accuser d’ici 2032 un déficit de 269 médecins de famille, 207 internistes et 146 pédiatres. Par ailleurs, la lutte contre les « déserts médicaux » dans les zones rurales est un défi partagé par la plupart des pays.

Si les jeunes médecins reconnaissent que les régions doivent garantir l’accès aux soins, le cœur du problème reste ignoré. « Ce dont les régions ont besoin, ce ne sont pas de médecins affectés pour cinq ans, mais d’un système dans lequel les médecins ont envie de rester », a déclaré Maciulevičius, ajoutant qu’aucune analyse des causes profondes, aucune étude d’impact ni aucune justification claire n’ont été fournies pour expliquer en quoi un modèle d’obligation de service de cinq ans serait la meilleure solution.

Pas une solution miracle

Selon la sociale-démocrate Leiputė, cette mesure n’est pas une solution miracle, mais vient s’ajouter aux initiatives déjà en place pour attirer des médecins en région, comme des bourses supplémentaires, des primes à l’installation ou une aide au logement.

« On réfléchit également à la manière de rendre les postes en région plus attractifs pour les médecins plus âgés qui ne souhaitent peut-être plus travailler dans les hôpitaux universitaires ou les grands centres médicaux, où les charges de travail sont particulièrement lourdes », a indiqué Leiputė.

Les libéraux ont déjà condamné ces changements, craignant un effet boomerang. « La majorité parlementaire a porté atteinte au principe constitutionnel de la liberté d’autodétermination de l’individu », a déclaré la présidente du Mouvement libéral dans un communiqué de presse (source en anglais). « On ne peut pas instaurer une égalité forcée en matière de santé ; au contraire, la contrainte ne fera que pousser encore plus de médecins à partir et à émigrer. »

Plusieurs pays européens ont adopté différentes stratégies pour remédier à la pénurie de professionnels de santé dans les régions sous-dotées, selon le rapport de l’OMS (source en anglais).

En Finlande, les autorités ont cherché à améliorer l’accès aux soins en ajustant la répartition géographique des places de formation en médecine, en élargissant le rôle des infirmiers et en offrant des incitations, comme des salaires plus élevés et des modalités de travail plus flexibles, pour encourager les médecins à s’installer dans les zones reculées.

La Lettonie a choisi une autre approche. Les facultés de médecine accordent la priorité aux candidats qui s’engagent à travailler en zone rurale après leur formation. Les médecins exerçant dans des régions sous-dotées peuvent également bénéficier de primes mensuelles, de paiements de capitation plus élevés et d’un soutien financier supplémentaire, notamment pour le développement professionnel.

Les nouvelles règles devraient entrer en vigueur à partir de 2027.

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