Mirzioïev annonce des mesures pro-entreprises à Khiva: acomptes énergétiques réduits, nouvelles garanties de crédit, contrôles limités et charge de la preuve transférée à l'État.
L’Ouzbékistan a annoncé un plan de réforme pour les entreprises articulé autour de cinq volets, doté de près de 1 milliard d’euros de financements explicitement fléchés pour des mesures portant sur la finance, l’intelligence artificielle, les exportations et le développement des activités.
Le président Shavkat Mirziyoyev a présenté ces mesures lors de son dialogue annuel ouvert avec les entrepreneurs à Khiva, dans l’ouest de l’Ouzbékistan, à l’occasion de la Journée des entrepreneurs célébrée dans le pays le 20 août.
Quelque 25 000 représentants du monde des affaires ont participé depuis l’ensemble du pays, notamment via des studios installés dans les districts. Ce format a été lancé il y a cinq ans.
Sur cette période, l’encours de crédits aux entreprises a presque triplé pour atteindre environ 33 milliards d’euros, et les investissements des sociétés dans le capital fixe ont également été multipliés par trois, selon les chiffres officiels.
"Aujourd’hui, nos entrepreneurs passent de la phase de 'création d’entreprise' à celle de 'constitution de leur capital'", a déclaré Mirziyoyev.
Finances et fonds de roulement
Un nouveau portail numérique de crédit permet aux entreprises de déposer une seule demande et de recevoir des offres concurrentes de la part des banques, a indiqué le gouvernement. Les nouveaux entrepreneurs pourront également solliciter en ligne des prêts allant jusqu’à environ 365 000 euros.
Un dispositif de garantie distinct doit rendre les prêts de montants plus élevés plus accessibles aux petites entreprises. Pour les crédits pouvant atteindre 10 milliards de soums (environ 731 000 euros), les sociétés ne devront fournir que 25 % des garanties elles-mêmes, les 75 % restants étant assurés par l’État, la Business Guarantee Company et les banques.
Une autre mesure vise à libérer des fonds de roulement. Les entreprises raccordées à des systèmes automatisés de comptage de l’électricité et du gaz, et respectant les règles de paiement, verront le niveau des acomptes passer de 100 % à 15 %.
Goʻzal Tojimirzayeva, directrice générale de B.A. Technopark, explique que l’ancien système pouvait immobiliser des montants importants de capital de l’entreprise.
"Parfois, pour plusieurs de nos usines, entre 20 milliards [1,5 million €] et 30 milliards de soums [2,2 millions €] pouvaient être consacrés aux seuls acomptes", dit-elle. "Désormais, puisqu’il est ramené à 15 %, une part importante de cet argent restera dans notre fonds de roulement."
Les banques seront également autorisées à céder 2 500 biens inscrits à leur bilan, d’une valeur d’environ 658 millions d’euros, selon des conditions préférentielles comprenant l’absence de paiement initial et des versements échelonnés sans intérêt. La mesure porte sur la valeur des actifs proposés, et non sur une dépense directe de l’État.
IA et accès au capital
Dans le cadre d’un nouveau programme intitulé "Partenaire IA pour 10 000 entreprises", l’État prévoit de prendre en charge la moitié des coûts supportés par les sociétés pour l’introduction de l’IA. Les entreprises développant des modèles pour de nouveaux produits bénéficieront également d’un accès gratuit à des capacités de calcul intensif, selon le gouvernement.
Au moins 100 millions de dollars (86 millions d’euros) sont prévus pour la première phase du programme.
Le gouvernement affirme également vouloir offrir aux grandes entreprises privées un meilleur accès aux marchés internationaux de capitaux.
Dans le cadre d’un programme d’accélération envisagé, le gouvernement sélectionnera 50 entreprises par an dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 1 000 milliards de soums (73 millions d’euros) et prendra en charge la moitié des coûts liés à leur préparation à une introduction en bourse et à l’alignement de leur reporting financier sur les normes internationales.
L’objectif affiché est d’aider les entreprises privées à attirer au moins 1 milliard de dollars (862 millions d’euros) de capitaux étrangers par an – une cible en matière de financement privé, et non de dépenses publiques.
Développer l’activité au-delà du marché intérieur
Les exportations constituent la partie la plus abondamment financée du paquet de mesures.
Selon le gouvernement, 1 milliard de dollars (862 millions d’euros) sera consacré à un système unifié de soutien aux exportations. Un outil baptisé Export Navigator doit fournir aux entreprises des informations sur la demande à l’étranger, les droits de douane et la logistique, tandis que les autorités prévoient d’identifier 100 produits présentant un potentiel à l’export.
Le plan prévoit également d’adapter la production de 2 000 entreprises aux exigences des marchés étrangers. Les aides doivent aussi couvrir une partie des coûts liés au branding international, à la vente via des plateformes en ligne et à la participation à des appels d’offres internationaux.
Umida Rahmonova, dirigeante de la société d’éclairage Miss Lighting, qui exploite des showrooms à Dubaï et Milan, estime que l’expansion à l’étranger est l’étape logique pour les entreprises en croissance.
"La prochaine étape, après le passage de petite à moyenne entreprise puis de moyenne à grande entreprise, consiste à développer la marque et à entrer pleinement sur les marchés d’exportation", a-t-elle déclaré.
Redéfinir la relation avec les autorités de régulation
Le paquet comprend également des changements concernant les inspections, les sanctions et le règlement des différends entre les entreprises et les autorités publiques.
Les petites entreprises bénéficieront d’un moratoire de trois ans sur les inspections, à l’exception de celles liées à un risque pour la santé humaine ou aux intérêts d’autres sociétés. Les amendes infligées aux entreprises doivent également être réduites de moitié en moyenne, selon le gouvernement.
À partir de l’an prochain, le gouvernement prévoit d’introduire ce qu’il décrit comme une "présomption en faveur de l’entrepreneur" : tant qu’une entreprise n’a pas été reconnue fautive par un tribunal, aucune amende ni autre sanction ne sera appliquée.
Davronbek Ahmatov, président de l’Association des avocats et consultants juridiques, estime que ce changement transférera la charge de la preuve à l’État.
"Jusqu’ici, les entrepreneurs devaient généralement prouver qu’ils étaient dans leur droit", a-t-il expliqué. "Désormais, ce sera à l’autorité publique de démontrer le contraire."
Ce paquet de mesures combine des dispositifs déjà en vigueur et d’autres annoncés pour une mise en œuvre future. Pour les entreprises, son impact dépendra in fine de la manière dont les nouveaux outils de financement, la baisse des coûts initiaux, le soutien aux exportations et les changements réglementaires fonctionneront concrètement.