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Compléter le puzzle de l'Union bancaire

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Compléter le puzzle de l'Union bancaire

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Votre banque est peut-être plus transparente et votre argent plus en sécurité qu’il y a une dizaine d’années grâce aux règles de l’Union bancaire, mais il manque toujours des pièces du puzzle dont un filet de sécurité commun proposé par la Commission européenne. Dans cette édition de Real Economy, nous examinons ce concept avec le Commissaire européen aux affaires économiques et financières Pierre Moscovici et faisons le point sur la situation des banques italiennes.

Avec notre reporter Giovanni Magi, nous découvrons en Italie, ce qui a changé depuis l’application des règles de l’Union bancaire. Après l’une des pires crises endurées par l’Europe, les plaies restent ouvertes dans le pays et plusieurs enquêtes et procédures judiciaires sont encore en cours. De 2013 à 2017, sept banques italiennes ont dû être “sauvées” : trois par recapitalisation avec l’intervention de l’Etat ; quatre par renflouement interne. Des centaines de déposants ont perdu leur argent sans savoir que leur banquier les avait fait investir dans des obligations risquées.

“En plus de l’argent perdu par les investisseurs, indique Giovanni Magi, les ressources publiques utilisées pour ces sauvetages ont accru la dette publique pour un montant qui représente d’1 à 2% du Produit intérieur brut et là, les perdants, ce ne sont pas les épargnants, mais l’ensemble des contribuables.”

Ce Fonds monétaire européen serait une institution de l'UE.

Pierre Moscovici Commissaire européen aux affaires économiques et financières

Banques italiennes : les limites du règlement uniforme

Aujourd’hui, les pratiques se sont-elles assainies en matière d’investissement et d‘épargne ? Nous avons interrogé un représentant d’une association de conseillers en gestion de patrimoine, Duilio Borettini de l’organisation Cofip. “Les épargnants italiens sont très peu informés, ils ont du mal à être acteurs dans la recherche d’informations, dit-il avant d’ajouter : Donc fondamentalement, les craintes sont plus fortes, mais les bons comportements qui permettraient de faire disparaître ou de réduire les problèmes ne sont pas plus fréquents.”

Effectivement, la plupart des épargnants continuent de dépendre de leur banque ou de leur conseiller financier quand ils veulent effectuer des placements car ils manquent de connaissances. D’où la nécessité d’un cadre réglementaire déterminant qui intervient en cas de difficulté.

“Il est certain que du point de vue des investisseurs en général, il serait souhaitable de savoir à l’avance qui agira à l’avenir, en cas de problèmes similaires à ceux que nous avons connus et dans quelles conditions, estime Riccardo Rovelli, professeur d‘économie. Donc il est important de pouvoir faire la distinction à l’avenir entre la liquidation des banques menée par les autorités nationales et la résolution de défaillance bancaire opérée par les autorités européennes.”

Le réglement uniforme européen qui aujourd’hui, rend les banques plus sûres nous incite-t-il à l’optimisme ? Serons-nous mieux préparés en cas de nouvelle crise ?

“Je suis totalement optimiste, répond pour sa part Duilio Borettini. Je crois que les travaux de l’Autorité bancaire européenne et de toutes les institutions concernées avancent avec une grande efficacité : on va accompagner la numérisation, l’innovation, à l‘échelle européenne, d’une manière clairement positive,“affirme-t-il.

Real Economy | Banking Union

Vers un filet de sécurité européen ?

Aujourd’hui, le paysage bancaire est beaucoup plus sûr : les banques européennes disposent de fonds propres plus importants en cas de coup dur et elles détiennent moins de créances douteuses. Mais que se passe-t-il quand les règles actuelles ne suffisent pas pour éviter une défaillance bancaire ? Nous vous proposons un cours accéléré sur le concept de filet de sécurité européen.

Depuis la crise financière, l’Union européenne a entamé la construction d’une Union bancaire pour rendre les banques plus stables. Ses deux premiers piliers, la surveillance unique et la résolution unique, sont déjà en place. Mais le troisième ne l’est pas encore.

Aujourd’hui, en cas de mauvais temps, un Fonds de résolution unique abondé par le secteur bancaire européen peut stabiliser la situation jusqu‘à un certain point. Mais quand la tempête est là, ce Fonds peut ne pas suffire et un soutien de dernier recours s’avère nécessaire. Il prendrait la forme d’un prêt accordé par l’Union européenne via le Fonds de résolution au pays le plus exposé et serait financé par les Etats participants à l’Union bancaire qu’ils soient ou non membres de la zone euro.

Quant aux propriétaires de la maison, à savoir les contribuables, ils seraient protégés : car en cas de recours à des fonds dans le cadre de ce filet de sécurité, l’idée, c’est de récupérer l’argent auprès des banques. Idéalement, ce dispositif fonctionnerait quand les conditions météo sont parfaites.

Pierre Moscovici : "Nous disposons déjà de pratiquement tous les outils de sécurité"

La Banque centrale européenne estime que les mesures de réduction des risques prises jusqu‘à présent, sont cruciales pour protéger les contribuables, mais que les conséquences de potentielles défaillances bancaires restent nationales dans le sens où elles touchent effectivement les contribuables. Voyons comment compléter le puzzle du filet de sécurité européen avec le Commissaire aux affaires économiques et financières Pierre Moscovici.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
“Nous vous avons demandé d’apporter un objet qui symbolise pour vous, une Union économique et monétaire plus approfondie. De quoi s’agit-il ?”

Pierre Moscovici, Commissaire européen aux affaires économiques et financières :
“C’est un ours. À l’image de la zone euro et de l’Union économique et monétaire qui est solide, robuste. Et comme vous pouvez le voir, c’est un ours blanc parce qu’il est d’un blanc éclatant, brillant, mais aussi parce qu’il peut mordre !
Nous disposons déjà de tous les outils de sécurité, pratiquement tous. Mais nous n’avons pas encore la capacité de dynamiser notre économie.
Un filet de sécurité, cela veut dire que si les solutions immédiates n’ont pas fonctionné, au final, il existe un dispositif de soutien financier – budgétaire – qui évite que le risque de défaillance bancaire soit trop grand.”

Maithreyi Seetharaman :
“Les contribuables sont-ils encore sollicités aujourd’hui en cas de renflouement ?”

Pierre Moscovici :
“Le filet de sécurité est budgétaire, il s’appuie sur le Mécanisme européen de stabilité (MES). Puisque nous avons une Union bancaire, alors il doit y avoir une solution européenne.”

"Les bilans des banques sont bien meilleurs"

Maithreyi Seetharaman :
“Selon vous, dans quelle mesure les solutions apportées par l’ours – par l’Union bancaire – ont-elles été bénéfiques pour les citoyens ?”

Pierre Moscovici :
“Tout d’abord, les bilans des banques sont bien meilleurs qu’auparavant. Et quand une difficulté se présente, une discussion s‘établit entre la Commission et telle ou telle banque. C’est ce qui s’est passé pour les banques italiennes ou espagnoles. Donc nous avons pu éviter le risque systémique et nous avons été capables d’anticiper et de trouver des solutions. Et il n’y a pas eu de défaillance bancaire.”

Maithreyi Seetharaman :
“Ce filet de sécurité fonctionnera-t-il quand on estimera que la défaillance d’une banque donnée n’aura pas d’impact sur l‘économie ou sur d’autres banques de la zone euro ? Dans ce cas, il reviendra aux autorités nationales de gérer la situation ?”

Pierre Moscovici :
“Dans un premier temps, créons ce filet de sécurité. Il n’est pas encore en place !”

"Un Fonds monétaire européen qui serait une institution de l'UE"

Maithreyi Seetharaman :
“Selon vous, qu’est-ce qui pourrait fonctionner ?”

Pierre Moscovici :
“Prenons les choses les unes après les autres. Mon expérience me dit que nous devons avancer pas après pas. Je ne veux pas développer davantage. Je crois qu’il revient aujourd’hui aux ministres de prendre des décisions. Et une proposition de la Commission européenne est sur la table. Le Mécanisme européen de stabilité serait transformé en Fonds monétaire européen. Ce Fonds serait une institution de l’Union européenne et donc, il pourrait être contrôlé démocratiquement. Je pense qu’une décision politique pourrait être prise d’ici cet été et qu’on pourrait avoir quelque chose de plus simple et de plus rapide."

Maithreyi Seetharaman :
“Qu’est-ce qui incite les décideurs à aller dans cette direction ?”

Pierre Moscovici :
“Je crois que les ministres sont encore divisés à ce sujet, bien sûr, mais qu’ils sont bien conscients des choses. Et quand Paris, Bruxelles et Berlin sont sur la même longueur d’onde, alors tout devient possible.”