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Idleb : les différences s'affichent à Téhéran

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Idleb : les différences s'affichent à Téhéran

Idleb : les différences s'affichent à Téhéran
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Iran, Russie et Turquie ne sont pas parvenus vendredi à surmonter leurs divergences sur la question d'Idleb, laissant planer l'inconnu sur le sort de ce dernier grand bastion insurgé en Syrie, où la communauté internationale redoute l'imminence d'une catastrophe humanitaire.

Réunis en sommet à Téhéran, les présidents de ces trois pays devenus incontournables dans la crise syrienne sont néanmoins convenus de continuer à "coopérer" en vue de trouver une solution permettant d'éviter les pertes civiles dans cette région du nord-ouest de la Syrie autour de laquelle le pouvoir de Bachar al-Assad amasse des troupes en vue d'un assaut qui semble imminent.

Le sommet a été marqué par une joute verbale entre les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine, le premier plaidant à cor et à cri pour un accord de "cessez-le-feu" et mettant en garde contre un "massacre" en cas d'assaut des troupes loyalistes, soutenues par Téhéran et Moscou.

M. Poutine a rejeté avec courtoisie mais fermement la proposition arguant "qu'il n'y (avait) pas de représentants des groupes armés autour de cette table" habilités à négocier un cessez-le-feu.

Unis contre le terrorisme

Globalement, les trois pays ont semblé camper sur leurs positions, Téhéran et Moscou insistant sur la nécessité de combattre "le terrorisme", et le droit de Damas de récupérer l'intégralité de son territoire, et la Turquie, qui soutient les rebelles et accueille des réfugiés syriens en masse sur son territoire, mettant en garde contre un "massacre" à venir.

"Combattre le terrorisme à Idleb est une partie inévitable de la mission consistant à ramener la paix et la stabilité en Syrie, mais ce combat ne doit pas faire souffrir les civils ou entraîner une politique de la terre brûlée", a déclaré le président iranien Hassan Rohani en accueillant ses hôtes.

"Le gouvernement syrien a le droit de prendre sous son contrôle la totalité de son territoire national, et doit le faire", a fait valoir M. Poutine.

Téhéran, Moscou, et Ankara pilotent le processus d'Astana, série de discussions de paix lancée après l'intervention militaire russe de 2015, qui a totalement changé la donne dans cette guerre en remettant en selle le président Bachar Al-Assad. Le processus d'Astana a éclipsé les négociations de Genève dirigées par l'ONU.

Une déclaration a minima

Avant le sommet, certains médias avaient évoqué la possibilité d'un accord entre les trois dirigeants sur Idleb. Mais le communiqué final de la rencontre se borne à dire que les trois présidents "ont décidé de régler" la question d'Idleb "dans l'esprit de coopération qui caractérise le [processus] d'Astana".

"Nous avons discuté de mesures concrètes pour une stabilisation par étapes dans la zone de désescalade d'Idleb, qui prévoient notamment la possibilité pour ceux qui sont prêts au dialogue de passer un accord", a néanmoins déclaré M. Poutine à l'issue du sommet en faisant référence aux combattants insurgés qui seraient prêts à abandonner les armes.

Si MM. Erdogan et Rohani ont plaidé pour la nécessité de protéger les civils, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a plaidé pour des mesures concrètes vendredi devant le Conseil de sécurité réuni à New York pour discuter d'Idleb.

"Il faut des routes d'évacuation dans toutes les directions, est, nord, sud", a-t-il déclaré.

Nouveaux bombardements

Jeudi, des centaines de civils ont commencé à fuir la zone par crainte d'un assaut imminent des troupes gouvernementales.

Vendredi, de nouveaux raids aériens russes ont visé des positions rebelles et jihadistes dans le sud-ouest de la province, faisant cinq morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Conquis en 2015 par les insurgés, Idleb est leur dernier grand bastion dans le pays. C'est là qu'ont été envoyés des dizaines de milliers de rebelles et de civils évacués d'autres bastions de l'opposition repris par les forces loyalistes à travers le pays.

Déterminé à reprendre l'ensemble du territoire, le pouvoir de Damas a massé des renforts aux abords de la province, frontalière de la Turquie et dominée par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), mais qui accueille aussi d'importantes factions rebelles.

Quelque trois millions d'habitants vivent dans la province d'Idleb et les quelques poches insurgées dans les provinces voisines de Hama, Alep ou encore Lattaquié, selon l'ONU. Près de la moitié sont des déplacés.

Dans une communiqué commun, huit ONG internationales actives en Syrie, dont Save The Children, ont appelé les "dirigeants mondiaux" réunis vendredi à Téhéran et New York à "travailler ensemble pour éviter" que survienne "la pire catastrophe humanitaire en sept ans de guerre en Syrie".

Déclenchée en 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 350.000 morts et des millions de réfugiés.

Avec AFP