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Réchauffement climatique : 2018, point de non-retour ?

Réchauffement climatique : 2018, point de non-retour ?

Vous avez eu chaud en 2018 ? Il n’y a pas que vous

Pics de chaleur et sécheresses se sont succédés le printemps et l’été dernier sur une grande partie du vieux continent.

Entre mai et juillet, la Scandinavie a vécu la plus grave sécheresse de son histoire ainsi que des pics de chaleurs historiques.

Des températures record ont également été enregistrées dans le cercle arctique. A Helsinki, il a fait plus de 25 °C pendant 25 jours consécutifs.

Au Royaume-Uni et en Irlande, le temps a été anormalement chaud et sec. La Suède a vu 25 000 hectares de forêt partir en cendres.

A Budapest, en Hongrie, le niveau du Danube s’est approché de son niveau le plus bas jamais atteint.

Reuters
Le Danube en août 2018Reuters

Le Portugal, comme le reste de l'Europe, a eu très chaud avec une pointe de 44 °C à Lisbonne.

A Erevan, en Arménie, on a atteint 43,7 °C. Du jamais vu !

L’Allemagne a également souffert. Une sécheresse persistante s’est abattue sur son territoire d’avril à septembre. Et à Francfort, il a fait plus de 30 °C 19 jours consécutifs, du 23 juillet au 9 août.

OMM
Cette carte de l'Organisation Météorologique Mondiale indique le nombre exceptionnel d'événements climatiques en Europe l'année dernièreOMM

Vous avez eu froid en 2018 ? Il n’y a pas que vous

En février 2018, l’Estonie a vécu une vague de froid historique et des quantités anormales de neige sont tombées dans le sud de la France, entre 15 et 30 cm à Nîmes et Montpellier. L’Italie, notamment Naples, a vécu des épisodes neigeux sans précédent.

Des tempêtes en septembre ont tué au moins huit personnes dans le sud de l’Espagne, à Malaga, Murcia et Almería.

En octobre, le contexte dépressionnaire sur la mer Méditerranée a généré d’intenses tempêtes et des vents violents sur plusieurs pays. Des rafales ont atteint 179 km/h au Mont Cimone en Italie.

Des précipitations intenses ont également frappé certains territoires du vieux continent : jusqu’à 406 mm en 24 heures dans les Préalpes et 308 mm en Ligurie. Les tempêtes d’octobre ont tué au moins 30 personnes.

Reuters
Une route à Villalier dans le sud de la France détruite par les inondationsReuters

2018, point de non-retour pour le climat mondial ?

Les températures et les épisodes météorologiques extrêmes de 2018 sont-ils des signes sans équivoque du changement climatique ? Un retour en arrière est-il encore envisageable ou devra-t-on s’habituer à vivre des hivers sibériens, des étés caniculaires, des tempêtes toujours plus violentes accompagnées de crues et d’inondations ?

"C’est une sonnette d’alarme", estime Sonia Seneviratne, professeur à l'Institut des sciences de l'atmosphère et du climat de l'ETH Zurich."D’autres épisodes extrêmes se sont déjà déroulés, mais ce qui est différent (en 2018), c’est que cela affecte vraiment l’Europe et les Etats-Unis".

Pour Friederike Otto, spécialiste en modélisation climatique à l'université d'Oxford, au Royaume-Uni, le constat est sans équivoque : "Nous avons la preuve que le changement climatique est réel et que cela se passe ici, chez nous (…) Nous avons vu qu’il ne s’agit pas que d’un problème lointain, concernant uniquement les peuples de pays en voie de développement".

2015, 2016 et 2017 ont été les années les plus chaudes jamais enregistrées.

Cette carte de l'OMM affiche les chaleurs anormales en Arctique, Antarctique et en EuropeOMM

2018 a-t-elle été unique sur le plan climatique ?

Si 2018 a été éprouvante au niveau climatique, a-t-elle été si inhabituelle comparée aux années qui la précèdent ? Friederike Otto est catégorique : "Ce n’est pas inhabituel car nous vivons dans un monde où le changement climatique existe et a un impact".

"Nous avons découvert dans notre étude sur les vagues de chaleur en Europe que dans des zones géographiques comme Dublin, le Danemark ou Oslo, ce sont des événements récurrents qui peuvent apparaître tous les sept ans. Mais dans les territoires nordiques, comme en Finlande par exemple, c’est beaucoup plus rare. La hausse des températures était exceptionnelle, même dans le contexte du changement climatique".

Bain d'été en Suède - Reuters

"Ce que nous avons observé en 2018, l’été en particulier, c’est que dans tous les endroits où nous avions prévu des chaleurs extrêmes, cela s’est réalisé. Cela aurait été atypique si nous n’étions pas dans un contexte de réchauffement climatique. Mais dans ce monde, déjà un degré plus chaud que les températures de l’ère pré-industrielle, c’est extrême".

Le constat de 2018 est plus nuancé pour Freja Vamborg, scientifique au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme : "C’est difficile à dire. Si on s’en tient à 2018, c’était une année très chaude en Europe, mis à part les mois de février et mars. Je ne suis pas étonnée par l’intensité d’un événement en particulier ou par sa multiplication. Ce qui me frappe, c’est la combinaison d’épisodes météorologiques extrêmes et de températures anormalement élevées (...) Nous n’avions pas vécu tant de phénomènes extrêmes auparavant. C’est une combinaison de réchauffement et de schémas climatiques inhabituels et persistants".

"2018 a été une année extrême à bien des égards mais il est difficile de la qualifier de plus extrême. Certains phénomènes ont été plus intenses qu’à l’accoutumée, d’autres moins. Par contre, la zone arctique est frappée sans commune mesure. C’est une nouvelle ère qui y débute".

La Californie a été ravagée cette année par le pire incendie de son histoirePierre Markuse/ EU, modified Copernicus Sentinel Data 2018, processed with EO Browser

2018, année des avertissements sur le changement climatique

12 ans pour agir, dit l'ONU

Les Nations unies ont lancé une alerte en 2018 dans un rapport signé par les plus grands climatologues du monde, indiquant que la planète a 12 ans pour prévenir une catastrophe climatique.

Les auteurs du rapport historique du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont averti que le réchauffement de la planète devrait être maintenu à 1,5 °C au dessus des niveaux préindustriels pour réduire le risque de sécheresse, d'inondations et de chaleur extrême.

Sonia Seneviratne a été l'un des principaux auteurs du rapport spécial du GIEC sur le réchauffement de la planète de 1,5°C.

"Pour le moment, nous continuons d'avoir des émissions de CO2 dans l'atmosphère et d'autres gaz à effet de serre, ce qui signifie que nous allons continuer à avoir un réchauffement supplémentaire par rapport à aujourd'hui", a-t-elle déclaré à Euronews. "Maintenant, la question est de savoir si nous pouvons le ralentir".

Le GIEC, trop optimiste ?

En décembre, lors de la Conférence sur le climat de la COP 24 à Katowice, en Pologne, trois scientifiques nous ont dit que le rapport du GIEC était en fait trop optimiste, dépeignant le réchauffement climatique comme un "train de marchandises qui roule vite" dans Nature magazine. L'article est également critique à l'égard de la communauté des sciences du climat pour "lutter et offrir des réponses utiles".

La COP 24 est une conférence de l’ONU sur les changements climatiques et fait partie du traité de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). La CCNUCC est composée de 197 nations et de l'Union européenne.

La dernière génération qui peut agir, selon l’OMM

L'Organisation météorologique mondiale (OMM) a déclaré dans son rapport de novembre 2018 que nous sommes la dernière génération à pouvoir agir contre les changements climatiques.

"Nous ne sommes pas bien placés pour atteindre les objectifs en matière de changement climatique et arrêter l'augmentation de la température", déclare Petteri Taalas, secrétaire général de l'OMM.

"Les concentrations de gaz à effet de serre sont de nouveau à des niveaux records et si la tendance actuelle se maintient, il est possible que la température augmente de 3 à 5°C d'ici la fin du siècle (...) Si nous exploitons toutes les ressources en combustibles fossiles connues, l'augmentation de la température sera considérablement plus élevée".

"Cela vaut la peine de répéter une fois de plus que nous sommes la première génération qui comprend pleinement le changement climatique et la dernière génération qui peut faire quelque chose pour y remédier", ajoute Petteri Taalas.

Vers un réchauffement planétaire de 3,3 ºC ?

En décembre 2018, le groupe indépendant Climate Action Tracker a averti que les températures moyennes mondiales pourraient se situer à 3,3°C au dessus des niveaux de l'ère préindustrielle, mais a ajouté qu'il y avait aussi un certain espoir grâce aux progrès réalisés depuis la Conférence de Paris où les puissances mondiales se sont engagées à limiter à 2°C le réchauffement planétaire.

Le rédacteur en chef du magazine Time, Jeffrey Kluger, a essayé d'expliquer en octobre pourquoi nous continuons à ignorer les avertissements. Il a déclaré que malgré les avertissements d'organismes tels que le GIEC, "la réaction du public - encore une fois, comme toujours - a été la mienne". Les psychologues interrogés par Kluger soulignent nos "conforts et commodités actuels" et affirment que nous "ignorons le risque", si nous pensons que "les conséquences sont loin dans le futur".

La Méditerranée, l'une des régions les plus touchées

Au cours de la COP 24, une étude de l'organisation Union pour la Méditerranée a averti que le changement climatique sera particulièrement ressenti dans la région méditerranéenne, avec des températures plus chaudes, une pénurie d'eau (malgré les inondations de l'automne dernier) et des sécheresses qui devraient affecter le tourisme.

"La région est confrontée à une répartition inégale des ressources, à l'instabilité sociale, aux conflits et aux migrations. Outre ces facteurs sociaux, le bassin méditerranéen est naturellement exposé à un certain nombre de risques, notamment les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les inondations, les incendies ou les sécheresses", peut-on y lire.

Quel est l'état actuel du réchauffement climatique ?

Friederike Otto, de l’université d’Oxford, et son équipe ont étudié les vagues de chaleur l’été dernier dans le nord de l'Europe, en différents endroits de cette région. Ils ont constaté que dans certains cas, le risque de chaleur extrême a doublé, voire quintuplé.

Service Copernicus changement climatique

L'augmentation d'un degré de la planète depuis l'ère préindustrielle est imputée par les experts à une augmentation des gaz à effet de serre.

Nous savons qu'avec l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, l'absorption des rayonnements à ondes longues augmente. Ainsi, avec une atmosphère plus chaude, nous avons une température moyenne globale plus élevée et des températures locales plus élevées, ce qui augmente le risque de vagues de chaleur. Une atmosphère plus chaude retient plus de vapeur d'eau et l'eau se transforme en liquide et tombe sous forme de pluie.

La Suèdea fait face cet été à des feux de forêts particulièrement violents - Reuters

Reste-t-il encore un peu d’espoir ?

En octobre 2018, le GIEC a exhorté les autorités à prendre "des mesures sans précédent" pour éviter "des dommages impensables au système climatique".

L'équipe scientifique internationale a déclaré qu'il reste encore beaucoup à faire pour maintenir la température moyenne mondiale en dessous de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. Le seuil pourrait se situer entre 2030 et 2052.

Emissions de CO2 en temps réel (2 janvier 2019)earth.nullschool with Copernicus data

Pour rester en dessous de 1,5°C, le GIEC conclut que le monde doit s'engager dans un effort du "niveau de la Seconde Guerre mondiale" pour s'éloigner des combustibles fossiles, et aussi commencer à éliminer le dioxyde de carbone de l'atmosphère à grande échelle et partout. Il faut réduire autant que possible et le plus rapidement possible la pollution par le carbone.

Le rapport détaille également les effets d'une hausse des températures de 1,5 ºC par rapport à une hausse de 2 ºC. Selon le GIEC, le maintien de l'objectif de 1,5°C permettrait de maintenir l'élévation globale du niveau de la mer à 0,1 mètre d'ici 2100. Cela pourrait réduire les inondations et donner aux habitants des côtes, des îles et des deltas fluviaux du monde le temps de s'adapter au changement climatique.

Les scientifiques affirment qu'une hausse de 1,5 °C signifiera que le climat sera maintenu à un niveau que nous pouvons gérer et avec des méthodes que nous connaissons.

Au lieu de cela, 2018 a marqué un nouveau record en matière d'émissions de carbone.

Certains climatosceptiques affirment que le climat passe par des cycles naturels et change avec le temps.

"Il n’est pas faux que le changement climatique passe par des cycles naturels", explique Friederike Otto. "Mais ces cycles sont généralement déclenchés par des changements dans le rayonnement solaire entrant. Et nous ne sommes pas dans un cycle où nous devrions avoir des températures très élevées".

"Et, en même temps, nous savons aussi, grâce à la physique de base, que le dioxyde de carbone est un gaz à effet de serre et qu'il absorbe le rayonnement à ondes longues. Et donc si les gens ont un problème avec la physique de base, alors il devient vraiment difficile de discuter".

Que pouvons-nous faire ?

En novembre, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a rappelé avec force que "nous sommes la dernière génération à pouvoir agir contre le changement climatique".

"Je pense que nous sommes définitivement la dernière génération à pouvoir faire face aux changements climatiques d'une manière qui ne conduira pas à une catastrophe majeure dans de nombreuses régions du monde", confirme Friederike Otto.

"Parce qu'avec un degré de ce que nous avons déjà et avec 1,5 °C, les impacts sont tels qu'avec des adaptations significatives, ils seront toujours gérables. Mais si les températures augmentent beaucoup, beaucoup plus que cela, alors l'impact sera évidemment aussi beaucoup plus fort (...) Ce sera le cas, comme toujours, surtout pour les personnes vulnérables de chaque société, ce sera très difficile à gérer. Ainsi, nous sommes la dernière génération qui peut en quelque sorte maintenir le climat à un niveau gérable pour la société".

Jordi Cotrina/ El Periodico
Inondations à Majorque : Rafael Nadal était sur le terrain pour aider les sinistrésJordi Cotrina/ El Periodico

En octobre 2018, un groupe de scientifiques a de nouveau déclaré que le système alimentaire humain était l'un des principaux moteurs du changement climatique.

Il a analysé un certain nombre de mesures visant à réduire les effets sur l'environnement et a adressé un message clair à la population dans Nature magazine : il faut favoriser le passage à un régime alimentaire qui permettrait que les gens mangent plus de légumes et moins de viande rouge. L'élevage ou le défrichement de forêts pluviales entières pour l'agriculture contribuent directement et indirectement à un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Freja Vamborg affirme que l'effet positif, c'est que la sensibilisation au changement climatique s'accroît partout dans le monde. Mais en France, exemple d'actualité, la protestation des "gilets jaunes" a commencé après la décision du gouvernement de mettre en place une taxe environnementale sur les carburants. Les manifestants estiment qu'il est injuste de faire payer les consommateurs alors que les industries du transport routier et du transport maritime sont très peu taxées pour leur consommation massive de carburant.

Comme il s'agit d'un problème multiforme et global, les actions doivent venir de tous les secteurs : industrie, consommateurs, transports, gestion des déchets.... Et de la part de tout le monde, partout dans le monde.