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Comment stimuler la conscience après un coma ?

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Dans Futuris, nous découvrons un projet de recherche européen qui vise à déterminer si l'on peut mesurer la conscience et si elle peut évoluer par exemple en utilisant des signaux électromagnétiques. Cette approche donne de l'espoir aux proches de patients en état de conscience minimal.

Evelyne avait 39 ans quand à l'été 2018, elle a été victime d'une grave rupture d'anévrisme qui l'a plongée dans le coma.

Elle a légèrement récupéré avant de tomber quelques jours plus tard dans un "état de conscience minimal" selon le terme indiqué par ses médecins à son mari Geert van Gelder.

"Quand elle devait récupérer après être sortie du coma, je l'embrassais, je lui parlais, je lui disais tout le temps : 'S'il te plaît, ne meurs pas, récupère, pense aux enfants, à nous !' Et je crois que son état, c'est le résultat de cette attention et de l'amour que nous lui donnons," raconte-t-il. "Mais communiquer ? Non. Elle comprend, elle entend, elle voit, elle essaie de s'exprimer, mais je pense qu'elle n'est pas en mesure de donner les instructions à son cerveau pour y arriver," précise-t-il.

Signaux électromagnétiques non-invasifs

Les proches d'Evelyne ont accepté qu'elle participe à un étude clinique qui fait partie du projet de recherche européen Luminous et qui vise à déterminer si le niveau de conscience peut être mesuré et s'il peut se modifier grâce à l'emploi de signaux électromagnétiques non-invasifs.

"Nous essayons par tous les moyens de réduire ces incertitudes que nous avons sur ces questions : "Le patient est-il conscient ? Quel est le pronostic ? Que peut-on faire ?" explique Steven Laureys, neurologue du Centre hospitalier universitaire de Liège et directeur de recherche au sein du Fonds de la Recherche Scientifique - FNRS.

Des signaux électromagnétiques sont émis pendant environ 20 minutes. Les chercheurs veulent stimuler la plasticité du cerveau : ce qui pourrait aider les patients à améliorer leur état de conscience.

"Les neurones vont plus facilement communiquer entre eux et donc si on stimule la région préfrontale qui gère tout ce qui est fonctions cognitives supérieures (mémoire, attention), en augmentant son excitabilité," fait remarquer Aurore Thibaut, neuroscientifique au FNRS, "on va aider le patient à améliorer sa mémoire de travail, son attention et donc démontrer certains signes de conscience comme chez nos patients en état de conscience altérée."

Améliorer la précision spatiale

C'est à Barcelone que le projet de recherche européen dont fait partie cette étude a été coordonné. Sur place, les scientifiques voient dans cette technologie, un outil unique pour développer les sciences cognitives et ils veulent le rendre le plus performant possible. Mais les défis sont immenses.

David Ibáñez Soria, ingénieur biomédical de Starlab, partenaire du projet, nous en dit plus : "Ces patients passent par des phases de faible et de forte vigilance. Selon la zone où l'on va procéder à cette stimulation, leur capacité à gagner un peu de conscience peut différer : c'est pour cela que nous testons trois différentes méthodes de stimulation cérébrale, toutes sur le cortex frontal," indique-t-il. "Nous stimulons les patients quand ils sont dans des phases de forte vigilance, des phases de faible vigilance et pour des mesures de contrôle, de manière aléatoire," détaille-t-il.

Son collègue de Starlab, Aureli Frisch Soria qui assure la fonction de coordinateur du projet Luminous, renchérit : "La précision spatiale de nos signaux électromagnétiques fait partie des principales améliorations techniques sur lesquelles nous travaillons. Nous voulons atteindre de manière précise et efficace certains régions du cerveau et une solution éventuelle consiste à augmenter la quantité d'électrodes utilisée lors de la stimulation électrique," affirme-t-il.

"Pas de faux espoirs, mais du faux désespoir"

D'après les spécialistes de Liège, la moitié des participants de l'étude présentent de légers signes d'amélioration. Mais les recherches doivent encore se poursuivre.

"Très souvent, on me dit : 'Soyez prudents, ne donnez pas à ces patients de faux espoirs.' Mais il faut aussi se rendre compte qu'il y a aussi 'le faux désespoir'," insiste le neurologue Steven Laureys. "Pendant trop longtemps, on a pensé que nous ne pouvions rien faire pour tous ces patients : c'est faux," assure-t-il.

Le mari d'Evelyne le reconnaît : "C'est difficile, mais on voit des progrès. Et je vais me battre pour que ça continue, je crois que ça va marcher," martèle-t-il.