Notre-Dame : l'hommage aux pompiers

Notre-Dame : l'hommage aux pompiers
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Emmanuel Macron a salué jeudi le courage des pompiers et personnels mobilisés pour sauver Notre-Dame, "exemplaires" sous le regard du "monde tout entier", trois jours après le gigantesque incendie de la cathédrale, en pleine Semaine sainte.

"Merci à vous qui avez pris tous les risques (...) Le pays et le monde tout entier nous ont regardés et vous avez été exemplaires", a déclaré le chef de l'Etat devant 250 pompiers de Paris, ainsi que des pompiers franciliens, des policiers, des membres de la Croix-Rouge et de la Protection civile, réunis à la mi-journée dans la salle des fêtes de l'Elysée.

"Vous avez été l'exemple parfait de ce que nous devons être", a-t-il ajouté, en annonçant qu'ils recevraient une médaille d'honneur pour acte de courage et de dévouement "en mémoire de cette nuit".

L'incendie, qui a suscité une émotion mondiale et un afflux de dons inédit - 850 millions d'euros jeudi -, a mobilisé 600 pompiers au total pendant une quinzaine d'heures lundi soir.

Hommage et longs applaudissements aussi aux sauveteurs de Notre-Dame sur le parvis de l'Hôtel de Ville, à quelques centaines de mètres de la cathédrale, lors d'une cérémonie d'hommage partagée par plusieurs centaines de personnes.

"Vous avez sauvé au risque de périr, vous avez sauvé une part de nous-mêmes", a salué la maire de la capitale Anne Hidalgo, qui entend faire citoyens d'honneur de la ville la brigade des Pompiers de Paris. "C'est le patrimoine de l'humanité qu'ils ont sauvé", a renchéri le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

"C'était important d'avoir un moment de recueillement et de remerciement de la nation pour les pompiers", a estimé Isabelle, une Parisienne de 40 ans, dans la foule. "Un travail extraordinaire", dit aussi Carine, qui se demande si "toutefois, on en fait pas un peu trop".

En pleine Semaine sainte avant Pâques, une veillée devait suivre dans la soirée à la basilique du Sacré-Coeur, qui restera ouverte toute la nuit.

60 pompiers toujours mobilisés

Une soixantaine de pompiers restent au chevet de Notre-Dame, pour éviter toute reprise de feu. Des poutres ont été acheminées pour aider à consolider certains points, pendant que les experts évaluent les besoins, pour sécuriser totalement avant de reconstruire.

Il reste "trois points de fragilité majeurs", sur lesquels des travaux sont en cours, a déclaré le ministre de la Culture Franck Riester. Sur le pignon (partie haute) du transept nord (la nef transversale), le pignon occidental et entre les deux beffrois. Il reste aussi un "vrai risque" que la voûte s'effondre ailleurs qu'aux endroits déjà affectés.

Mercredi, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé une série de mesures pour tenir "le défi immense" de reconstruire Notre-Dame en cinq ans, défi lancé par le chef de l'Etat, avec un concours international d'architectes, un soutien fiscal aux dons et un projet de loi pour une souscription nationale.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud a, elle, lancé jeudi une opération baptisée "Chantiers de France", destinée à faire "un appel d'air" sur les métiers nécessaires à la reconstruction de Notre-Dame, mais aussi "à la rénovation du patrimoine partout dans le pays".

Cathédrale éphémère

Une cathédrale de bois "éphémère" sera élevée sur le parvis de Notre-Dame tout le temps des travaux, a annoncé le recteur de la cathédrale, Mgr Patrick Chauvet.

Le débat fait déjà rage entre ceux qui veulent reconstruire à l'identique et ceux qui prônent l'utilisation de matériaux modernes, comme le titane, pour la toiture, ou une architecture plus contemporaine de la flèche, qui s'est effondrée devant les caméras du monde entier.

Si Emmanuel Macron a souhaité qu'"un geste architectural contemporain puisse être envisagé" pour rebâtir la flèche, droite et extrême droite ont appelé à reconstruire Notre-Dame "à l'identique", sans la "défigurer". Et la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a relayé le hashtag "#TOUCHEPASANOTREDAME".

D'autres, comme la tête de liste PS/Place Publique Raphaël Glucksmann, appellent à ne pas reconstruire trop vite et à ne pas tuer "l'âme" de Notre-Dame.

L'afflux de dons se tassait jeudi, atteignant tout de même les 850 millions d'euros, après une immense mobilisation à travers le monde, d'Apple et Disney à la Banque centrale européenne, en passant par des milliers d'anonymes.

Le groupe LVMH et la famille Arnault, première fortune de France, la famille Pinault, la famille Bettencourt-Meyers et le groupe L'Oréal, ainsi que le géant pétrolier Total ont à eux seuls versé 600 millions.

Mais cette mobilisation éclair de milliardaires et de grands groupes a été critiquée par des responsables politiques et syndicaux, ainsi que des "gilets jaunes", qui déplorent leur implication bien moindre contre "la misère sociale".

Face à la polémique, la famille Pinault a renoncé à la déduction fiscale. Bernard Arnault, qui a également annoncé jeudi que les dons de sa famille et du groupe ne seraient pas défiscalisés, a jugé "consternant" de "se faire critiquer".

Par ailleurs, "la piste accidentelle est toujours privilégiée", a précisé le parquet. Une trentaine d'ouvriers et d'employés chargés de la sécurité de l'édifice ont déjà été entendus.

L'incendie a poussé Emmanuel Macron à reporter son intervention sur la crise des "gilets jaunes" et le grand débat, désormais attendue après Pâques