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Rencontre avec le caricaturiste turc Musa Kart avant son incarcération

Musa Kart s'est entretenu avec Euronews avant son incarcération
Musa Kart s'est entretenu avec Euronews avant son incarcération -
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Euronews
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Le caricaturiste Musa Kart et cinq de ses collègues du quotidien d'opposition turc Cumhuriyet sont retournés en prison jeudi 25 avril après la confirmation en appel de leurs peines par un tribunal d'Istanbul.

Ces six collaborateurs du plus ancien journal indépendant du pays avaient été condamnés, avec huit autres membres du personnel de Cumhuriyet, en première instance en avril 2018 pour «complicité de terrorisme» ou pour «leurs liens avec le religieux américain Fethullah Gülen», alors que ce dernier a été de nombreuses fois critiqué dans les colonnes du quotidien.

Nous avons rencontré Musa Kart, lauréat 2018 du Prix international du dessin de presse, avant son incarcération pour trois ans et neuf mois.

Musa Kart, lors de son entretien avec nos journalistes, mercredi 24 avril

Cette affaire est l'une des nombreuses atteintes à la liberté de la presse en Turquie, où des milliers de journalistes font face à des accusations dans le cadre d'une vague de répression ourdie par le pouvoir après de la tentative de coup d'Etat de juillet 2016. Nombre d'entre eux sont détenus depuis plus d'un an sans procès.

Au total, plus de 77 000 personnes ont été emprisonnées et sont dans l'attente de leur procès. Environ 150 000 fonctionnaires et militaires ont été licenciés ou suspendus de leurs fonctions. Les opérations et les arrestations à grande échelle sont toujours monnaie courante aujourd'hui.

Pour Musa Kart, le président Recep Tayyip Erdogan se sert du coup d'État avorté comme d'un prétexte pour envoyer ses opposants derrière les barreaux.

"J_e dessine des caricatures depuis près de 40 ans_", nous a-t-il déclaré mercredi dernier. "J'ai été témoin de tant d'épisodes politiques. J'ai fait des dessins de très nombreux dirigeants politiques qui pourraient être considérés comme durs. Je n'ai jamais fait face à une peine de prison".

Les locaux de Cumhuriyet derrière les barrières des forces de l'ordre

"Mais aujourd'hui, notre liberté s'est considérablement réduite. Ceux qui n'étaient pas contents de nos dessins, de nos articles, nous ont mis en prison en utilisant cette excuse du coup d’État," a poursuivi le dessinateur de presse turc.

Musa Kart nous a déclaré qu'il espérait que cette affaire susciterait un mouvement de résistance face à cette répression.

"Nous avons une responsabilité", a-t-il indiqué. "Nous devons nous mobiliser pour arrêter de tels agissements."

"Nous devons nous dresser contre cette répression. Il n'y a aucun moyen de céder ou de reculer. Nos enfants, nos petits-enfants vivent dans ce pays. C'est notre pays et nous l'aimons. Nous resterons ici et nous irons encore en prison s'il le faut," a-t-il ajouté.

En 2018, la Turquie occupait la 157e place sur 180 du classement de la liberté de la presse établi par l'ONG Reporters sans frontières.