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Biennale de Venise 2019 : l'art se conjugue au présent et au futur

Biennale de Venise 2019 : l'art se conjugue au présent et au futur
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La 58ème Biennale de Venise réserve son lot de surprises dans l'idée d'interroger les visiteurs. Une édition ancrée dans son époque qui se projette aussi dans l'avenir.

Venise est attachée à ses canaux, ses gondoles et sa Place Saint-Marc. Mais elle ne reste pas figée dans son histoire : elle n'a de cesse de relier passé, présent et futur.

La Sérénissime accueille depuis la fin du XIXe siècle, la plus ancienne Biennale d'art du monde, un événement qui demeure une référence absolue en la matière. Sa 58ème édition vient d'ouvrir ses portes pour six mois. Une multitude d'œuvres et de performances du monde entier devraient de nouveau attirer plusieurs centaines de milliers de visiteurs jusqu'au 24 novembre.

Les premiers se pressent dans les pavillons français et britannique qui de son côté, a été investi par la Nord-Irlandaise Cathy Wilkes et ses personnages démembrés.

Une époque intéressante ?

Cette Biennale qui se déroule sur deux sites principaux très proches : les Jardins et l'Arsenal, ancien chantier naval, est résolument en résonance avec les enjeux de notre époque.

"May You Live in Interesting times", "Puissiez-vous vivre dans une époque intéressante" : c'est le titre de cette Biennale de Venise qui dépasse des considérations simplement artistiques pour ouvrir sur des problèmes politiques actuels, l'art comme représentation et témoin de son temps.

Ralph Rugoff est commissaire de l'exposition et directeur artistique de cette Biennale de Venise 2019. "Je crois que c'est vraiment une exposition sur le présent : elle parle de l'époque dans laquelle on vit," fait-il remarquer. "Cette époque est issue de notre histoire - elle ne démarre pas de rien - et peut-être qu'elle évoluera vers un avenir ou un autre, on ne sait pas, mais c'est vraiment une manifestation qui montre la manière dont les artistes réagissent à notre époque," insiste-t-il.

Cercueil d'acier

Pour sa "Barca Nostra", l'artiste Christoph Büchel expose cette épave d'un bateau qui a coulé au large des côtes libyennes en 2015 avec plus de 800 personnes à son bord. Un immense cercueil d'acier.

"Ce n'est pas de l'art," concède Ralph Rugoff, "mais c'est un artiste qui est à l'origine de cette présentation. Encore une fois, c'est un artiste qui prend un élément réel, associé à la tragédie de la mort et qui le place dans le contexte du monde de l'art pour nous interroger," déclare-t-il.

L'artiste polonais Roman Stanczak poursuit le même objectif avec sa carlingue d'avion qui rappelle bien sûr le crash dans lequel le président de la Pologne, Lech Kaczyński, a perdu la vie à Smolensk en Russie en 2010. "Cette sculpture comporte de nombreuses métaphores : il y a un contexte polonais, mais aussi un contexte plus universel, c'est la métaphore du monde qui nous entoure, mais aussi celle de l'intérieur de l'homme, de ses recherches, etc." assure le créateur avant d'ajouter : "Quand on est à la pointe du développement technologique, on revient toujours à nos instincts primitifs."

Points de vue de femmes

La grande présence des femmes est également remarquable cette année. Le Pavillon coréen par exemple met à l'honneur trois artistes qui ont toutes porté un regard féminin sur les rapports entre tradition et modernité.

"Le contemporain n'est pas que contemporain," estime l'une d'entre elles, Siren Eun Young Jung. "On se remémore toujours nos traditions et on les réinterprète toujours dans la création contemporaine," précise-t-elle.

"Ici à Venise, il y a tellement de choses traditionnelles et de choses contemporaines qui se mélangent : donc, on apprécie vraiment cet événement," affirme-t-elle.

Projection dans l'avenir

La Biennale réserve de nombreux temps forts comme le "Future Generation Art Prize" qui regroupe 21 artistes sélectionnés par un jury sous l'égide du PinchukArtCentre de Kyiv. L'avenir de l'art se trouve certainement parmi ces artistes réunis dans le Palais Ca'Tron datant de la fin du XVIe siècle.

"Notre présence ici au sein de ce magnifique Palazzo Ca'Tron," juge Björn Geldhof, conservateur du "Future Generation Art Prize", "illustre cette relation intéressante qu'il y a entre quelque chose de nouveau, de radical et très souvent à l'avant-garde et quelque chose de profondément traditionnel."

Lauréate du prestigieux Prix cette année : la Lituanienne Emilija Škarnulytė avec sa vidéo "T 1/2" filmée en partie dans une centrale nucléaire de son pays, sœur jumelle de celle de Tchernobyl.

"Je m'intéresse à l'archéologie du futur, à la recherche des traces qui seront laissées par les hommes et des signes qui seront visibles sur Terre," précise la jeune vidéaste, "à la fois à travers le progrès scientifique et les mythologies typiques de la guerre froide."