Les deux ex‑otages ont atterri ce mercredi vers 9 h à l’aéroport Paris‑Charles de Gaulle. Accueillis par des représentants du Quai d'Orsay et leur famille, ils seront ensuite reçus à l'Élysée par Emmanuel Macron.
Trois ans et demi après le début de leur détention en Iran, les professeurs Cécile Kohler et Jacques Paris, désormais libres, sont arrivés en France ce mercredi 8 avril.
Ils ont atterri peu avant 9 h à l'aéroport Paris‑Charles de Gaulle à bord d'un vol commercial et ont été pris en charge par les équipes du Centre de crise du ministère des Affaires étrangères. Ils ont également retrouvé leurs proches venus les accueillir.
Les deux enseignants seront ensuite conduits au palais de l'Élysée, où ils rencontreront Emmanuel Macron, à partir de 11 h 30, a indiqué la présidence. "C'est un profond soulagement pour nous tous", avait écrit le chef de l'État, mardi.
Les deux ex-détenus ont pu quitter l'Iran par la route "sans aucune coordination particulière avec les forces américaines et israéliennes" opérant dans la région, a indiqué le président de la République. Il leur aura fallu huit heures pour rejoindre la frontière avec l'Azerbaïdjan, puis quatre heures supplémentaires pour la franchir. Ils ont ensuite rejoint Bakou avant de s'envoler, dès le lendemain, pour l'Hexagone.
"Ils vont bien. Après cette détention dans la prison d’Evine et dans les geôles iraniennes, à partir du moment où ils sont arrivés à l’ambassade, ils ont pu échanger librement avec leur famille, ce qui a été un changement énorme", a expliqué Me Karine Rivoallan, avocate des familles des deux professeurs, sur RMC. "Ils vont aussi avoir besoin de calme et de sérénité parce qu'on sait que quand des otages reviennent sur le territoire national, c'est un choc important. Il faut les accompagner le mieux possible", a-t-elle également assuré.
Une libération aux contours encore flous
Mardi, l'IRNA, agence officielle iranienne, avait indiqué que Téhéran était parvenu à un accord avec Paris pour la libération de Cécile Kohler et de Jacques Paris en échange de Mahdieh Esfandiari, ressortissante iranienne condamnée à quatre ans de prison dont trois avec sursis en France pour incitation au terrorisme suite à des propos qu'elle a tenus au sujet des attaques menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.
Cependant, l'Élysée a nié l'existence d'un tel accord d'échange de prisonniers, soulignant que la procédure judiciaire en France n'était pas terminée, car Mahdieh Esfandiari a fait appel de sa condamnation. Son assignation à résidence a été levée en attendant la décision finale, selon les autorités françaises.
Le feu vert accordé par Téhéran illustre toutefois la manière dont l'Iran distingue les nations, traitant certaines de façon plus favorable que d'autres. Dès le début du conflit, provoqué par les États-Unis et Israël, Emmanuel Macron avait pris ses distances, affirmant que la France n'avait pas été consultée au préalable concernant les frappes. Il a ensuite qualifié d'"irréaliste" tout déblocage du détroit d'Ormuz par la force.
"L’Iran, dans une situation critique, constate que les choses ne se passent pas très bien. Même s’il a résisté et que les actions militaires n’ont pas renversé le régime, les dirigeants comprennent que les relations internationales deviennent encore plus complexes qu’auparavant. Ils essaient donc d’établir au moins certains contacts, ou au minimum de ne pas les perdre avec d’autres pays", explique Nikita Smaguine, expert indépendant, spécialiste du Moyen-Orient.
Interrogé par Euronews, il suppose que Téhéran a tenté de dialoguer avec la France. "D'autant que, globalement, les relations de l'Iran avec l'Europe n'ont jamais été aussi tendues qu'avec les États-Unis, et ont parfois comporté des formes de partenariats dans certains domaines", poursuit-il.
Condamnés pour espionnage
Cécile Kohler et Jacques Paris ont été arrêtés en mai 2022 alors qu'ils visitaient l'Iran.
Après plus de trois ans de détention, la professeure de lettres de 41 ans et son compagnon, enseignant à la retraite de 72 ans, avaient été condamnés en octobre dernier à vingt et dix-sept ans de prison pour espionnage au profit notamment d'Israël. Une détention jugée comme "injustifiée et infondée" par les autorités françaises.
Libérés début novembre, ils avaient interdiction de quitter le territoire iranien et étaient assignés à l'ambassade de France à Téhéran.
En septembre, le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré que les deux pays étaient sur le point de conclure un échange de prisonniers impliquant Esfandiari.
Le même mois, la France a retiré sa plainte devant la Cour internationale de justice contre l'Iran pour violation du droit à la protection consulaire de Kohler et de Paris. La France avait accusé l'Iran de détenir Kohler et Paris de manière arbitraire, dénonçant "une politique d'otages".
La CIJ a indiqué que la France avait demandé "l'abandon de la procédure."