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Comment protéger l'économie européenne des incertitudes mondiales ?

Comment protéger l'économie européenne des incertitudes mondiales ?
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Les incertitudes à l'échelle mondiale notamment alimentées par des tensions commerciales pèsent sur la croissance économique. Dans le but de sécuriser son avenir commercial, l'Union européenne signe des accords avec différents partenaires, par exemple le Japon. **Cet épisode de **Real Economy revient sur l'accord de partenariat UE-Japon et évoque avec Arancha González, directrice exécutive du Centre du commerce international, le multilatéralisme, rempart contre le "chaos" selon elle.

L'économie mondiale est en train de ralentir et parmi les principales raisons, le haut niveau d'incertitude. Dans ses prévisions économiques de ce printemps, la Commission européenne a estimé s'attendre cette année à une hausse du PIB de 1,4% dans l'Union européenne et de 1,2% dans la zone euro. Cet hiver, l'augmentation prévue était respectivement de 1,5% et de 1,2% et à l'automne, elle atteignait 1,9% dans les deux cas.

Un tiers du commerce de l'UE avec les Etats-Unis et la Chine

Tandis que des facteurs internes jouent en faveur de l'économie européenne, des incertitudes à l'échelle mondiale la pénalisent.

Le libre-échange entre Etats membres fait partie des principes fondateurs de l'Union européenne, une zone qui constitue le plus grand marché unique à l'échelle mondiale. Ensemble, les pays européens représentent 16% des importations et exportations dans le monde.

Un tiers du commerce enregistré l'an dernier dans l'ensemble de l'Union a été réalisé avec les Etats-Unis (17,1%) et la Chine (15,4%). Loin derrière, la Suisse arrive en troisième position avec 6,7% des échanges. C'est ce qui ressort des données pour l'année 2018 quand les tensions commerciales entre Américains et Chinois s'aggravaient déjà.

L'Union européenne est aussi le premier partenaire commercial de 80 pays. Les droits de douane appliqués pour les marchandises importées dans l'Union sont très faibles en moyenne.

Plus de 70% des importations bénéficient de droits de douane nuls ou réduits.

L'Union européenne constitue l'une des économies les plus ouvertes à l'échelle de la planète. Elle est attachée au libre-échange. Elle négocie des accords commerciaux avec des pays ou d'autres régions du monde.

Accord de partenariat UE-Japon

L'un des derniers accords commerciaux à avoir été conclus, c'est celui entre l'Union européenne et le Japon. Entré en vigueur le 1er février dernier, il supprime presque tous les droits de douane qui se montent à 1 milliard d'euros par an.

Mais quel sera l'impact de cet accord sur notre quotidien ? Notre journaliste Fanny Gauret est partie en Italie pour évaluer cela de manière concrète, mais aussi gustative.

Elle s'est rendue à Rome, dans un restaurant japonais qui profite d'un intérêt grandissant pour la nourriture japonaise en Italie et qui bénéficie également de la facilitation des échanges commerciaux.

"Depuis cette année," précise ainsi Sabrina Bai, propriétaire de l'établissement Shiroya, "on peut acheter beaucoup plus d'ingrédients à un prix qui nous permet d'avoir une plus grande qualité qu'avant."

Sabrina Bai achète ses produits par l'intermédiaire d'une société d'import. Depuis le 1er février, ils ont cessé de payer des droits de douane sur une majorité de leurs produits.

Directeur des achats chez Nipponia, Bernard Journo précise : "Ces accords sont très importants pour les petites et moyennes entreprises comme la nôtre : ces baisses de prix ont eu une répercussion directe sur nos ventes de produits japonais. Nous enregistrons une hausse des importations et c'est une bonne chose pour nous," se félicite-t-il.

Sixième partenaire commercial de l'Union européenne, le Japon est aussi le quatrième plus grand marché pour l'export de produits agroalimentaires.

Un marché japonais "très intéressant"

Direction la Sardaigne, pour rencontrer Marta Sanna, exportatrice de nourriture locale traditionnelle. Elle nous invite à rendre visite à deux producteurs avec lesquels elle travaille.

Les taxes sur les produits alimentaires exportés vers le Japon s'élevaient à presque 40% pour la viande de bœuf et 15% sur le vin. Ces taxes disparaîtront progressivement pour 97% des produits européens.

L'Italie est l'un des principaux exportateurs de vin au Japon et celui-ci connaît un succès grandissant.

Antonella Corda, fondatrice et propriétaire de Cantina Antonella Corda, indique "avoir commencé à à exporter au Japon il y a un an. La première année, c'était un petit volume, puis c'est devenu beaucoup plus important : ce qui fait qu'aujourd'hui, nos ventes au Japon représentent 16% de nos exportations," se réjouit-elle.

L'Europe prévoit une hausse des exportations de produits laitiers. Et si Marta Sanna n'a pas encore signé de contrat pour le fromage élaboré par le producteur qu'elle nous emmène rencontrer, elle reste confiante.

"Le marché japonais est très intéressant parce que les Japonais apprécient la qualité et ils ont aussi les moyens financiers adéquats," fait remarquer Marta Sanna, directrice générale de Smartimport avant d'ajouter : "En même temps, les choses se font lentement sur ce marché, mais une fois l'accord trouvé, il est conclu pour longtemps."

L'Europe estime que cet accord injectera 33 milliards d'euros supplémentaires à son PIB d'ici 2035.

Arancha González : "Il faut choisir entre l'ordre et le chaos"

Et pourtant, au niveau mondial, le multilatéralisme doit relever de nombreux défis. Quels sont-ils ? Le multilatéralisme est-il menacé ? Nous en parlons à Genève avec Arancha González, directrice exécutive du Centre du commerce international.

Arancha González, directrice exécutive du Centre du commerce international :

"Je crois que le multilatéralisme est effectivement menacé de deux manières aujourd'hui : tout d'abord, dans sa signification elle-même : le multilatéralisme est un système de coopération internationale, il implique la discussion, le dialogue, la recherche d'accord, il représente un moyen de gérer nos relations. Deuxièmement, il est attaqué sur les règles spécifiques du commerce international qui limitent les pulsions unilatérales et on ne les limite pas parce qu'on se sent faible, mais parce qu'ainsi, toutes les parties deviennent plus fortes.

Mais les deux options que nous avons, ce ne sont pas le multilatéralisme d'un côté et le bilatéralisme de l'autre. Ce n'est pas la bonne dichotomie. Aujourd'hui, on doit choisir entre l'ordre et le chaos. Le multilatéralisme signifie l'ordre, un système, des règles, la prévisibilité, la transparence. L'unilatéralisme signifie le chaos pour nos économies. Le système commercial international a besoin d'être corrigé. Il y a des pratiques commerciales déloyales auxquelles il faut s'attaquer, des règles qui doivent être changées, modernisées, mais il faut le faire dans la coopération parce que sinon, ce sera le chaos."

Sasha Vakulina :

"Quels sont pour vous, les principaux facteurs d'incertitude en Europe ?"

Arancha González :

"Je crois que l'incertitude numéro 1 porte sur l'économie mondiale. En fin de compte, deux tiers de la croissance européenne provient de l'extérieur de l'Union. Donc il y a cette incertitude à l'échelle mondiale et elle affecte considérablement l'économie européenne. La deuxième incertitude se trouve au sein même des frontières européennes : c'est le Brexit. Et cela pèse sur l'intégration économique et financière qui n'est pas encore achevée et qu'il faudra mettre en place le plus tôt possible pour renforcer la résistance de l'économie européenne. Chaque jour qui passe sans accord sur le Brexit crée encore plus d'incertitude. La croissance en est pénalisée, en particulier au Royaume-Uni. On a pu constater que les données économiques sont revues à la baisse mois après mois."

Sasha Vakulina :

"Nous vous avons demandé d'apporter un objet qui illustre ces incertitudes à l'échelle mondiale. De quoi s'agit-il ?"

Arancha González :

"J'ai apporté ma boule de cristal ! Elle reflète ce sentiment qui domine chez les entreprises et les gouvernements aujourd'hui. Ils se disent qu'ils doivent regarder dedans pour voir leur avenir. Et ils seraient mieux dans un monde où l'on a de la prévisibilité. Donc abandonnons la boule de cristal et remettons-nous à construire les institutions et les règles qui garantiront la stabilité et la transparence et réduiront les incertitudes."