Un syndicat turc porte plainte contre un rapport sur les journalistes étrangers

Un syndicat turc porte plainte contre un rapport sur les journalistes étrangers
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Un syndicat de presse turc a déposé une plainte contre le rapport d'un groupe de réflexion, qui évalue la couverture médiatique des services turcs des médias internationaux, notamment la BBC, Deutsche Welle, Voice of America et Euronews.

Ce texte de la Fondation pour la recherche politique, économique et sociale (SETA) recense les noms des journalistes travaillant pour des médias étrangers, avec des informations détaillées sur leurs emplois passés.

Selon le groupe de réflexion, ces journalistes ne seraient pas objectifs et leur traitement de l'actualité turque montrerait un parti-pris contre le gouvernement. Le rapport cite notamment des messages sur les réseaux sociaux, concernant des sujets tels que la tentative de coup d'Etat en 2016, la question kurde ou l'économie turque.

La SETA se décrit comme un groupe et une maison d'édition indépendants et impartiaux. Cependant, de nombreux observateurs l'ont décrit comme étant pro-gouvernemental, et proche du président turc Recep Tayyip Erdogan.

Incitation à la haine

Pour le Syndicat des journalistes turcs, le rapport du SETA ressemble à une "liste noire" et fait des journalistes étrangers des "cibles publiques". Dans sa plainte, il demande au bureau du procureur d'Istanbul d'enquêter sur des crimes présumés "d'incitation à la haine".

"C'est totalement inacceptable. Cela s'inscrit dans le prolongement d'une politique visant à réduire au silence les médias indépendants et à abattre le journalisme indépendant, s'indigne Jeremy Dear, de la Fédération internationale des journalistes. Nous avons vu des journalistes turcs emprisonnés et des gens licenciés, nous avons vu des médias fermés de force. Maintenant, le gouvernement turc va plus loin et essaie de faire taire les journalistes indépendants du monde entier, alors qu'ils rendent compte des événements en Turquie. Cela va à l'encontre de tout ce que la liberté de la presse représente."

İsmail Çağlar, l'un des auteurs du rapport, a rejeté sur Twitter les critiques, affirmant que le groupe de réflexion partageait des informations à code source ouvert avec le public.

"S'il y a des erreurs, partagez-les avec nous ..." écrit Çağlar. "Le reste appartient à votre jugement idéologique, ce qui ne nous regarde pas".

Dans le classement mondial de la liberté de la presse de l'ONG Reporter sans frontières, la Turquie a obtenu la 157e place, sur 180 pays. Selon le Syndicat des journalistes, 185 employés d'un organe de presse sont actuellement emprisonné en Turquie - le chiffre le plus élevé au monde.