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Piera Aiello, l'histoire d'un témoin anti-mafia privée d'identité

Piera Aiello, l'histoire d'un témoin anti-mafia privée d'identité
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Camera dei Deputati - CC BY 4.0
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La députée italienne Piera Aiello pourrait perdre son siège au Parlement pour avoir été élue sous son nom de naissance et après avoir revendiqué son droit à sa vraie identité. Il s'agit de la première femme témoin anti-mafia élue à la Chambre des députés dans l'histoire de l'Italie.

Clandestinité et nom d'emprunt

Pendant 27 ans, Aiello a vécu dans un lieu tenu secret et sous un nom d'emprunt, une procédure de protection régulièrement pratiquée pour les témoins anti-mafia. Mais cette femme de 52 ans, dont les témoignages ont conduit à des dizaines d'arrestations au sein de la pègre, a mis fin à sa vie cachée en étant élue en mars dernier sous la bannière du Mouvement Cinq Etoiles, aujourd'hui au pouvoir en coalition avec la Ligue.

Née dans la ville sicilienne de Partanna, Aiella affirme avoir été forcée de se marier à Nicola Atria, le fils du patron de la mafia, lorsqu'elle n'avait que 18 ans. Les mafieux père et fils ont été tués à quelques années d'intervalle, victimes d'une querelle entre anciens et nouveaux mafieux dans la province de Trapani. L'époque d'un conflit sanglant auquel a aussi pris part un autre haut responsable de la mafia, Matteo Messina Denaro, toujours en fuite aujourd'hui.

Son mari et son beau-père assassinés

Le beau-père de Piera Aiello a été assassiné près d'un vignoble de Partanna quelques jours seulement après avoir épousé son fils. Son mari Nicola a été abattu devant elle.

En 1991, à peine veuve, Aiello décide de collaborer avec les autorités judiciaires et avec la sœur de Nicola, Rita Atria. Cette décision est lourde de sens : elle est obligée de vivre dans la clandestinité et de s'inventer une nouvelle identité. Aiello et sa belle-sœur nouent alors une solide amitié avec le juge Paolo Borsellino, tué par la mafia un an plus tard. Anéantie par la mort de son confident, Rita Atria se donne la mort en se jetant du haut d'un balcon à Rome, une semaine plus tard.

En 2018, afin d'être candidate aux élections législatives, Aiello a été contrainte de présenter sa carte d'électrice et un certificat de résidence publiés par la mairie de Partanna. Pendant la campagne et jusque sur les bulletins de vote, elle a utilisé son nom de naissance qui, en théorie, n'existe plus et ne peut plus être certifié par aucune mairie. Il n'est pas clairement établi si le certificat électoral a été diffusé par le Bureau d'enregistrement de sa municipalité. Nous avons contacté la mairie de Partanna mais n'avons pas obtenu de réponse.

Coupable d'avoir utilisé sa véritable identité ?

Le candidat qu'Aiello a battu en 2018 a repéré cette irrégularité et a contesté en justice la victoire de son adversaire.

Une enquête est en cours au tribunal de Sciacca, compétent pour Partanna. Dans quelques mois, les membres du comité électoral du Parlement vont devoir prendre une décision sur l'avenir de leur collègue. Sera-t-elle contrainte d'abandonner son siège à son rival, coupable d'avoir utilisé sa propre identité ?

Le procureur en charge de l'enquête a demandé le classement sans suite de l'affaire mais devant l'opposition déterminée du plaignant, le juge a décidé de se donner plus de temps.

"Certains sont fiers de moi, d'autres veulent me tuer"

Aiello a confié à Euronews que "le plaignant estime que je suis morte. Je respecte et j'ai confiance dans la justice de mon pays. Aujourd'hui, j'ai dans les mains un décret signé par les ministres de la justice et de l'Intérieur attestant que je suis de nouveau Piera Aiello. Si j'étais morte, comment aurais-je ressuscité ?"

Aiello nie par ailleurs que son nom n'existe plus au registre de l'état-civil de Partanna. "Le nom est là. Ceux qui disent autre chose se trompent. A tel point que lorsque j'ai écrit un livre en 2012 appelé Mafia maudite, j'ai dû ouvrir un compte en banque à mon nom."

La députée affirme que, ces dernières années, elle a utilisé les deux noms "sans la moindre difficulté", même au moment où elle a dû bénéficier d'un héritage. A propos de sa ville natale de Partanna, en Sicile, elle témoigne : "Certains sont fiers de moi, d'autres veulent me tuer. C'est ainsi, les choses ne changent pas."

Il y a quelques jours, Piera Aiello a déposé des fleurs sur la tombe de Rita, celle qui fut sa belle-sœur.

Aujourd'hui, à la Chambre des députés, Piera Aiello siège à la commission pour la justice et à la commission pour les enquêtes sur la mafia, dont elle préside le comité des témoins anti-mafia.

Bientôt, elle défendra une proposition de loi pour instituer un fonds de soutien permettant de financer les études et d'assurer un avenir aux enfants des témoins anti-mafia.