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Manifestations massives à Téhéran après l’appel de l’héritier du chah, coupure totale d’Internet

Manifestation de masse en Iran, 8 janvier 2026
Manifestation de masse en Iran, 8 janvier 2026 Tous droits réservés  Instagram/nufdiran
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Par Gavin Blackburn & Jean-Philippe Liabot & Euronews
Publié le Mis à jour
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L'ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, affirme que 45 manifestants ont été tués par les forces de sécurité iraniennes depuis le début des manifestations fin décembre.

Jeudi soir, des dizaines de milliers d'Iraniens ont envahi les rues de Téhéran après l'appel lancé par le prince héritier en exil Reza Pahlavi, à des manifestations de masse, ont déclaré des témoins.

L'accès à Internet et les lignes téléphoniques en Iran ont été coupés peu après le début des manifestations.

La société Internet Cloudflare et l'organisation de défense des droits numériques NetBlocks ont signalé la coupure, l'attribuant toutes deux à une ingérence du gouvernement iranien.

Les tentatives d'appels depuis Dubaï vers l'Iran n'ont pas abouti, que ce soit sur les lignes fixes ou les téléphones portables. Par le passé, de telles pannes ont été suivies d'une répression intense du gouvernement.

Il s'agit d'une nouvelle escalade dans le mouvement de protestation, initialement déclenché par la situation économique difficile en Iran, et qui s'est étendu à des revendications contre la République islamique.

Cette manifestation constitue le premier test de l'influence de Reza Pahlavi, 65 ans, sur l'opinion publique iranienne. Son père, gravement malade, avait fui l'Iran juste avant la révolution islamique de 1979.

Des manifestants défilent sur un pont à Téhéran, le 29 décembre 2025.
Des manifestants défilent sur un pont à Téhéran, le 29 décembre 2025. AP Photo

Le prince héritier avait appelé à manifester jeudi et vendredi à 20 heures, heure locale. Lorsque l'heure est arrivée, les quartiers de Téhéran ont éclaté en chants, selon des témoins.

Parmi les slogans entendus : "Mort au dictateur !" et "Mort à la République islamique !". D'autres manifestaient leur soutien au chah en criant : "C'est la dernière bataille ! Pahlavi reviendra !". Des milliers de personnes étaient visibles dans les rues.

"Grande nation iranienne, les yeux du monde entier sont rivés sur vous. Descendez dans la rue et, unis, faites entendre vos revendications", a écrit sur X Reza Pahlavi.

"J'avertis la République islamique, son dirigeant et les Gardiens de la révolution : le monde et le président Donald Trump vous observent de près. La répression du peuple ne restera pas sans réponse", a-t-il ajouté.

Les manifestations ont donné lieu à des cris de soutien au chah, un acte qui aurait pu être puni de mort par le passé, mais qui illustre aujourd’hui la colère qui alimente le mouvement.

Jeudi, les manifestations, qui avaient éclaté mercredi dans les villes et villages à travers l’Iran, se sont poursuivies. De nombreux marchés et bazars ont fermé leurs portes en signe de soutien aux manifestants.

À ce jour, les violences liées aux manifestations ont fait au moins un quarantaine de morts et plus de 2 260 personnes ont été arrêtées, selon l'agence américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA).

L'ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, affirme que 45 manifestants, dont 8 enfants, ont été tués par les forces de sécurité iraniennes depuis le début des manifestations fin décembre.

L'intensification des protestations accroît la pression sur le gouvernement iranien et son guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Les magasins sont fermés pendant les manifestations dans le principal bazar de Téhéran, vieux de plusieurs siècles, le 6 janvier 2026.
Les magasins sont fermés pendant les manifestations dans le principal bazar de Téhéran, vieux de plusieurs siècles, le 6 janvier 2026. AP Photo

Entre-temps, les manifestations sont restées largement sans leader, et on ignore encore comment l'appel de Pahlavi influencera la suite du mouvement.

" L'absence d'alternative viable a sapé les manifestations passées en Iran", a écrit Nate Swanson, chercheur à l’Atlantic Council de Washington spécialisé sur l’Iran.

"Il existe peut-être un millier de militants dissidents iraniens qui, s'ils en avaient l'occasion, pourraient devenir des hommes d'État respectés, à l'image du leader syndical Lech Wałęsa en Pologne à la fin de la guerre froide. Mais jusqu’à présent, l'appareil sécuritaire iranien a arrêté, persécuté et exilé tous les leaders potentiels capables de transformer le pays."

Les autorités iraniennes semblaient prendre au sérieux les manifestations prévues. Le journal radical Kayhan a publié une vidéo en ligne affirmant que les forces de sécurité utiliseraient des drones pour identifier les participants.

Toutefois, elles n’ont pas reconnu l’ampleur des manifestations qui ont éclaté dans de nombreuses villes jeudi, avant même la mobilisation de 20 heures.

L'Iran évalue la menace de Trump

On ignore encore pourquoi les autorités iraniennes n'ont pas pris de mesures plus sévères à l’encontre des manifestants.

Le président américain Donald Trump avait averti la semaine dernière que si Téhéran "tuait violemment des manifestants pacifiques", les États-Unis "viendraient à leur secours ".

Ses propos ont suscité une nouvelle condamnation de la part du ministère iranien des Affaires étrangères.

"Rappelant la longue histoire des interventions criminelles des administrations américaines successives dans les affaires intérieures de l'lran, le ministère des Affaires étrangères considère que les déclarations de préoccupation pour la grande nation iranienne sont hypocrites, visant à tromper l’opinion publique et à dissimuler les nombreux crimes commis contre les Iraniens ", a déclaré le ministère.

Ces critiques n'ont toutefois pas empêché le département d’État américain de publier sur la plateforme sociale X des images prétendant montrer des manifestants apposant des autocollants portant le nom de Trump sur des rues ou jetant du riz subventionné par le gouvernement.

"Lorsque les prix sont fixés à un niveau si élevé que ni les consommateurs ne peuvent se permettre d'acheter ni les agriculteurs de vendre, tout le monde est perdant", a déclaré le département d’État dans un message. "Peu importe si ce riz est jeté."

Dans le même temps, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a salué le courage du peuple iranien dans une vidéo publiée sur son compte X : " Le monde est à nouveau témoin du courage du peuple iranien qui se soulève. Leur cri pour la liberté, pour la dignité, pour le choix de vivre et d’être gouvernés comme ils l’entendent, a été entendu dans le monde entier."

"Les Européens voient ce qui se passe dans les rues et dans le cœur et l'esprit du peuple iranien. Nous savons que le changement est en marche… Le peuple iranien ne proteste pas, il crie. L'Europe l'entend, le monde l'entend. "

Sources additionnelles • AP

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