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Robert Mugabe, du héros de l'indépendance au "vieux lion" chassé du pouvoir

Robert Mugabe. Harare, le 20 juillet 2000
Robert Mugabe. Harare, le 20 juillet 2000 -
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REUTERS/Howard Burditt
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En 1980, tout le Zimbabwe vibrait à l'unisson lors de l'accession de Robert Mugabe à la tête du gouvernement. Le pays venait d'obtenir son indépendance.

Le nouveau Premier ministre était un combattant de longue date, un héros de la lutte contre le colonialisme et le régime d'apartheid.

Prisonnier politique pendant plus de dix ans, il rejoint dès sa libération la lutte armée contre le gouvernement de Ian Smith.

En 1979, il est l'un des signataires des accords de Lancaster House qui mettent un terme à la guerre civile.

Durant la première décennie de son règne, le pays se porte bien, notamment le secteur agricole dans ce pays qui fait encore figure de grenier à blé de l'Afrique. La mortalité infantile et la malnutrition diminuent, l'espérance de vie s'accroît.

Le pays est alors doté d'un des meilleurs systèmes éducatifs de la région. Le Zimbabwe détient le record du meilleur taux d'alphabétisation, dépassant même la puissante Afrique du Sud.

Mais dans le même temps, Robert Mugabe prend des mesures de répression sévères contre l'opposition. Il assimile ses leaders aux intérêts néo-coloniaux et reconnaît avoir recours à la torture contre eux. Lors des élections parlementaires de juin 2000, le Mouvement pour le changement démocratique n'échoue que de peu en dépit de fraudes massives organisées par le pouvoir.

Le début des années 2000, c'est aussi le temps de la réforme agraire. A l'époque, 70 % des terres arables sont détenues par 4000 fermiers blancs. Mugabe impose sa réforme en expropriant les fermiers blancs par la force. La plupart fuient à l'étranger. Une dizaine d'entre eux sont assassinés.

Pour contracter des emprunts auprès de la Banque mondiale, Robert Mugabe engage son pays dans une cure d'austérité. Mais l'arrêt des subventions aux petits propriétaires terriens a ruiné l'économie du pays.Un nombre grandissant d'habitants dépendent de l'aide alimentaire et l'espérance de vie chute à un niveau exceptionnellement bas.

Mais Robert Mugabe ne peut entendre la moindre critique et ne peut envisager de changer de politique.

Quand le chef de l'opposition Morgan Tsvangirai défie le vieux lion, il est roué de coups par les forces spéciales aux ordres de Mugabe. Quand Tsvangirai remporte l'élection présidentielle de 2008, Mugabe s'accroche au pouvoir. Tout ce qu'il concède est un partage du pouvoir avec Tsvangiraiqui devient Premier ministre mais sans obtenir aucun moyen pour influer sur la marche politique à suivre.

Dans les dernières années de sa vie, il balaie de la même façon les spéculations sur son état de santé. La rumeur le dit atteint d'un cancer, son entourage explique ses fréquents séjours à Singapour par le traitement d'une cataracte.

"Mes 89 ans ne signifient rien", plastronne-t-il en 2013 juste avant son énième réélection. "Est-ce qu'ils m'ont changé ? Ils ne m'ont pas flétri, ni rendu sénile, non. J'ai encore des idées, des idées qui doivent être acceptées par mon peuple".

Malgré ces assurances, sa santé décline. En 2015, il est surpris à prononcer le même discours à un mois d'intervalle. Les photos de ses siestes pendant les réunions internationales n'en finissent plus de faire rire la planète.

Incarnation jusqu'à la caricature du despote africain prêt à tout pour prolonger son règne, il promet pourtant de fêter ses 100 ans au pouvoir. Il ne tiendra pas parole.

En octobre 2017, il limoge son vice-président Emmerson Mnangagwa, sous la pression de son influente et ambitieuse épouse Grace qui s'invite dans la course à sa succession. C'est l'erreur fatale. L'armée le lâche. Son parti, la Zanu-PF, et la rue également.

Le plus vieux chef d'Etat en exercice de la planète, longtemps considéré indéboulonnable, est acculé à la démission le 21 novembre 2017. Il a 93 ans.

Il dénoncera plus tard un "coup d'Etat", et plein de ressentiment, appellera à demi-mots, à la veille des élections générales de 2018, à voter pour l'opposition.

Alors que l'Occident voyait en Mugabe un dictateur, beaucoup d'Africains le considéraient comme un héros, l'un des rares hommes du continent capables de résister aux anciennes puissances coloniales.

Dans des diatribes anti-impérialistes au vitriol, Robert Mugabe rend l'Occident responsable de tous les maux de son pays, notamment sa ruine financière, et rejette toutes les accusations de dérive autoritaire.

"Si des gens disent que vous êtes un dictateur (...), vous savez qu'ils le font surtout pour vous nuire et vous ternir, alors vous n'y prêtez pas attention", confie-t-il en 2013.