Face à la pénurie de soldats sur le champ de bataille, les autorités russes mènent une campagne pour recruter les étudiants, leur proposant en contrepartie un salaire élevé et n'hésitant pas à faire pression par la violence.
Depuis la fin de l’année 2025, les autorités russes ont lancé une vaste campagne dans les universités et établissements d’enseignement supérieur à travers le pays afin d'inciter les étudiants à signer des contrats avec le ministère de la Défense pour participer à la guerre en Ukraine.
Selon le site d’investigation russe Important Stories _(_source en russe), les étudiants se voient proposer de prendre un congé sabbatique, pour intégrer les troupes de systèmes sans pilote ou servir dans l’armée de l’air ou de terre, en contrepartie d'une rémunération élevée.
"D'une part, les autorités ne veulent pas procéder à une nouvelle vague de mobilisation parce qu'elles craignent certains risques politiques. Même en 2022, la société n'était pas très enthousiaste à ce sujet, d'autant plus que la popularité de la guerre a fortement diminué", explique Grigory Sverdlin, fondateur du projet de défense des droits de l'Homme Go to the Forest (source en russe).
"D'autre part, l'armée russe n'est pas assez nombreuse. Les pertes s'élèvent apparemment à environ 30 000 hommes par mois. Il est de plus en plus difficile de remplacer ces pertes par des contractants. Il y a une pression de plus en plus forte sur la population pour qu'ils signent des contrats avec le ministère de la Défense", poursuit-il.
Une campagne menée dans plus de 100 universités
Le projet Go to the Forest a déjà recensé des cas dans plus de 100 universités à travers la Russie, de Rostov-sur-le-Don à Moscou, en passant par Essentuki et Novossibirsk.
" Il s’agit clairement d’un phénomène venu d’en haut. Dans certains cas, les étudiants n’ont pas pu passer leurs examens d’hiver s’ils refusaient de signer un contrat. Cette pratique est illégale, et nous aidons ces personnes à se défendre juridiquement, " explique Grigory Sverdlin.
Selon le militant, les autorités organisent souvent des réunions présentées comme "très importantes", où la direction de l’université ou un représentant militaire présente le recrutement comme une opportunité : "On leur explique qu’il y a une mobilisation dans le pays, mais qu’en signant maintenant, ils auront un salaire, une spécialité, et pourront retourner à leurs études ensuite. En réalité, on les pousse à devenir opérateurs de drones, car les jeunes sont motivés par l’acquisition de compétences en informatique."
80 000 contractants à recruter
Important Stories rapporte que les autorités russes visent à recruter 80 000 contractants pour les nouvelles forces de drones d’ici la fin de l’année, en incluant étudiants et conscrits.
L’analyste politique Aleksandar Djokic souligne qu’il s’agit d’un fonctionnement typique du système bureaucratique russe, basé sur des quotas fixés au niveau ministériel et imposés aux institutions publiques, dont les universités. Le respect de ces quotas sert à l’État de mesure du succès de ses politiques.
Au cours de l’année écoulée, les défenseurs des droits de l’Homme ont constaté une augmentation des cas de conscrits contraints de signer un contrat, ainsi que de personnes détenues pour de petits délits subissant des pressions dans les centres de détention provisoire.
"Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un jeu à long terme. De mon point de vue, il ne s'agit que de boucher des trous. Il s'agit d'une tentative désespérée d'enrôler et d'attirer 30 à 40 000 personnes dans l'armée chaque mois", note Grigory Sverdlin.
Pressions et violences
Les pressions sont directes et parfois violentes. "Il y a des cas de passages à tabac.Il y en a beaucoup et cela va en s'aggravant", précise-t-il.
Le militant des droits de l'Homme rappelle qu'en avril 2023, la Douma a adopté une loi permettant aux conscrits de signer un contrat dès le premier jour du service obligatoire, ce qui n’était pas possible auparavant. "Cette décision vise clairement à exercer une pression sur les appelés", indique Grigory Sverdlin.
Go to the Forest reçoit chaque jour en moyenne 70 personnes, dont 85 % cherchent des conseils pour rester en dehors de l’armée. Depuis sa création il y a trois ans et demi, plus de 66 000 personnes ont déjà été conseillées. Parmi elles, 15 % étaient déjà dans l’armée, et le projet a aidé plus de 2 900 militaires à déserter.
"Moins il y a de soldats dans l’armée russe, plus cela sauve de vies ukrainiennes", rappelle Grigory Sverdlin.