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Procès historique contre ExxonMobil aux États-Unis

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Le géant pétrolier ExxonMobil a-t-il trompé ses actionnaires et ses investisseurs sur les risques liés au changement climatique ? La question se pose lors d'un procès inédit qui oppose la compagnie américaine au procureur démocrate de New York. L'ex-secrétaire d'État américain Rex Tillerson devrait être le témoin vedette du procès. Il a dirigé la compagnie de 2006 à 2016.

Les audiences dans ce procès qualifié d'"historique" par plusieurs experts en droit environnemental, résultat de quatre ans d'enquête du procureur, promettent d'être suivies de près par l'industrie pétrolière comme par les militants de l'environnement, dont plusieurs se trouvaient mardi dans la salle d'audience.

La compagnie aurait trompé ses investisseurs

Dans sa plaidoirie d'ouverture, le représentant du procureur, Kevin Wallace, a accusé Exxon d'avoir prétendu, à tort, pendant plusieurs années aux actionnaires et investisseurs que ses projections d'activité à long terme étaient plus réalistes que celles de ses concurrents, car elles intégraient les risques d'un durcissement des législations de nombreux pays qui veulent limiter les émissions de gaz à effet de serre.

M. Wallace a montré sur grand écran des extraits de communications aux actionnaires dans lesquels Exxon se targuait d'utiliser un système de projection des plus "rigoureux", intégrant notamment des coûts en forte augmentation pour ses émissions carbone à l'horizon 2040. En fait, l'entreprise utilisait selon lui, dans ses calculs internes, des estimations de coûts moins élevées, pour éviter de plomber ses prévisions de rentabilité.

"Les investisseurs s'inquiétaient de l'impact (du changement climatique) et demandaient des informations" pour pouvoir prendre de bonnes décisions, a résumé M. Wallace. "Et Exxon leur a fourni beaucoup d'explications, mais elles n'étaient ni vraies ni précises. Les investisseurs ont maintenant droit à la vérité et à compensation", a-t-il ajouté.

Cette présentation trompeuse se serait traduite selon lui par une surévaluation des actions du groupe, et des dommages pour les actionnaires évalués "entre 476 millions et 1,16 milliard de dollars".

ExxonMobil nie en bloc

L'avocat d'Exxon, Ted Wells, a néanmoins jugé ces accusations "totalement déconnectées de la vérité". Et a accusé le bureau du procureur de "motivations politiques", résultant d'une campagne pour "vilipender" Exxon menée par les médias et les organisations environnementales.

Si le système d'évaluation de l'entreprise comportait bien deux méthodes de mesure du risque climatique, cela ne visait aucunement à tromper les investisseurs, mais correspondait à des types de prévisions différents, a-t-il assuré.

Les projections de coûts les plus élevées servaient à anticiper l'évolution de la demande et des prix de l'énergie à long terme, tandis que les projections moins radicales permettaient d'évaluer le coût de possibles projets d'investissements, afin de décider lesquels devaient être réalisés, une mesure sans impact direct sur les investisseurs.

L'entreprise n'aurait eu aucun intérêt à minimiser le coût du changement climatique, a-t-il assuré. "Cela n'a pas de sens, on n'a aucun intérêt à tricher avec soi-même."

Rex Tillerson, témoin vedette

Le témoin vedette de ce procès prévu pour durer trois semaines devrait être Rex Tillerson, qui présida Exxon de 2006 jusqu'à ce qu'il devienne secrétaire d'Etat de Donald Trump en janvier 2017. Il a été limogé fin mars 2018. M. Wells a indiqué qu'il l'appellerait à la barre, et l'accusation compte faire de même.

Les militants de l'environnement - qui ont organisé une petite manifestation mardi devant le tribunal à Manhattan - espèrent qu'ExxonMobil sera condamné à payer de lourdes pénalités.

Ils font campagne depuis 2015 contre l'entreprise sous le cri de ralliement "#Exxonknew" ("#Exxonsavait"), affirmant qu'Exxon a délibérément dissimulé l'impact négatif de ses activités sur l'environnement.

Une accusation reprise dans un rapport publié lundi par cinq universitaires, dont deux de Harvard. Ils ont comparé le discours des géants énergétiques sur le changement climatique à celui des cigarettiers, qui ont longtemps minimisé les dangers du tabac pour la santé.

Quelle que soit l'issue du procès new-yorkais, Hana Vizcarra, experte en droit environnemental à l'université de Harvard, estime que les débats auront un impact sur la façon dont les grandes entreprises énergétiques communiquent sur le risque climatique.

D'autant que ce sujet très actuel est au coeur d'autres actions en justice intentées contre ExxonMobil par des actionnaires, notamment au Texas, qui ne sont pas encore arrivées au procès.

"Investisseurs et actionnaires veulent plus d'information sur le climat et comment il affecte les sociétés", a-t-elle déclaré à l'AFP. "La quasi-totalité des entreprises pétrolières et gazières produisent désormais des rapports liés au climat. La question est de savoir quelles informations doivent figurer dans ces rapports."

Les Verts du Parlement européen en guerre contre ExxonMobil

La compagnie ExxonMobil a refusé de se présenter à une audition sur le déni du changement climatique au Parlement européen en mars 2019. À la suite de ce refus, les Verts ont officiellement demandé la suppression des badges d'accès des employés d'ExxonMobil dans le hall d'entrée du Parlement. La demande a été refusée.

"C’est un peu la stratégie que nous connaissons avec l’industrie du tabac. Nous avons maintenant des règles en place qui interdisent aux politiciens d'entretenir des liens avec l’industrie du tabac. De plus et en plus, on a le sentiment que l’industrie des fossiles s'enferme dans cette rhétorique. Nous devons agir en Europe" réagit Bas Eickhout, eurodéputé néerlandais, membre du groupe des Verts.

La Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré qu'elle souhaitait que le Green Deal européen devienne la marque de fabrique de l'Europe. avec un objectif principal : devenir le premier continent neutre en carbone.

Avec AFP

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