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Au cœur de l'action climatique d'Extinction Rébellion à Berlin

Au cœur de l'action climatique d'Extinction Rébellion à Berlin
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Dans l'ouest de l'Allemagne, des défenseurs du climat venus de l'ouest de l'Allemagne embarquent à destination de Berlin. Leur plan qui est aussi leur hashtag, c'est "Berlinblockieren" : bloquer la capitale allemande. Il s'agit de membres d'Extinction Rébellion qui veulent mener des actions de désobéissance civile pour alerter sur l'urgence à lutter contre le changement climatique. Ils ont nommé leur opération "Arche des rebelles."

Norman Schumann, originaire de Bochum, est l'un des leaders du groupe. Il est professeur de mathématiques et sensible à l'environnement. "Cet été, j'ai vu la nature mourir à cause de la canicule et je me suis dit : le temps presse et on doit se dépêcher de faire quelque chose, nous devons agir maintenant," insiste-t-il.

"Agir sans violence, mais de manière radicale"

Ce mouvement qui a émergé il y a quelques mois au Royaume-Uni, en France et en Allemagne a lancé un appel à la mobilisation pendant deux semaines à l'échelle de la planète pour faire passer son message écologiste.

Au sein de ce groupe, Extinction Rébellion rallie à sa cause toutes sortes de milieux socio-professionnels et de sensibilités politiques. Tobias, 57 ans, est développeur informatique. "Je suis profondément choqué et consterné par la manière dont la plupart des gens traitent notre planète," explique-t-il. "Nous avons encore huit ans avant qu'il ne soit trop tard et je suis convaincu qu'avec Extinction Rébellion, nous sommes en bonne voie pour agir sans violence, mais de manière radicale et pour essayer d'améliorer les choses," assure-t-il.

Au terme de quelques heures de train, le groupe de Norman arrive à la gare centrale de Berlin sous le regard des policiers. Après de longues négociations sur des messageries cryptées, les militants ont accepté que nous les suivions à condition de ne pas révéler à l'avance leurs lieux de blocage. "Nous allons mener des actions de désobéissance civile, nous allons bloquer Berlin. Nous allons mettre en place des barrages routiers pour dénoncer le plan climatique allemand et l'inaction de notre gouvernement," lance Norman, déterminé.

"Réveiller les gens pour qu'ils voient la réalité"

Extinction Rébellion compte à l'heure actuelle en Allemagne, une centaine de groupes locaux comme celui de Norman. Leurs membres installent un campement de toiles de tente à deux pas de la chancellerie allemande aux côtés de militants venus spécialement de Pologne et de Scandinavie.

Joergen par exemple est originaire de Norvège : "On est à Berlin pour occuper le terrain, pour réveiller les gens pour qu'ils regardent la réalité en face et tout le monde voit combien la situation est critique," insiste-t-il. Son ami Ronnie nous lance : "Rejoignez le mouvement pour en finir avec les combustibles fossiles !"

Chacun se prépare à passer la nuit sur le camp. Au milieu de la nuit, Norman qui fait partie du premier cercle du mouvement donne le signal du réveil. L'opération "Arche des rebelles" est lancée. Nous nous mettons en route tout en évitant les patrouilles de police.

Le site de blocage est révélé aux participants au tout dernier moment : le rond-point "Grosser Stern" (ou Grande étoile) où se croisent cinq grandes avenues de Berlin. Les militants s'attendent à être arrêtés à chaque instant, leur action étant illégale. Ils tentent de retarder l'intervention de la police pour avoir le temps de monter de curieux éléments de construction en bois.

Une arche pour sauver les espèces

La police tente d'empêcher les manifestants de s'approcher de la remorque qui a apporté les pièces de bois. En réaction, ils forment une chaîne humaine pour la protéger.

Nous retrouvons Joergen, le militant norvégien. "On espérait construire l'arche parce que c'est un symbole, c'est le bateau qui sauve les espèces," dit-il avant d'ajouter : "On va encore essayer, mais je ne suis pas sûr qu'on réussisse, on fait une chaîne autour pour qu'on puisse la construire."

"Le gouvernement," renchérit Norman, "doit absolument déclarer l'état d'urgence climatique et mettre en place une assemblée citoyenne pour que nous puissions avoir une petite chance de gérer les conséquences imprévisibles de la crise du climat."

Petite victoire militante

Au matin, un accord est trouvé entre manifestants et autorités sur les lignes rouges à ne pas dépasser. Les militants ne viseront pas les aéroports et les infrastructures vitales de Berlin et la police n'interviendra pas sur les blocages menés dans toute la ville.

L'arche de ces militants est là pour rappeler qu'un million d'espèces sont actuellement menacées d'extinction et réclamer la vérité sur le drame climatique.

Petite victoire : Norman et plusieurs autres leaders ont été reçus au ministère de l'environnement. L'occasion pour eux de souligner l'insuffisance du plan climat allemand selon eux.

Professeur d'université et star des réseaux sociaux, Volker Quaschning, invité à prendre la parole lors du rassemblement, est du même avis.

"On peut regarder ce qui se passe ailleurs : en Suède, il existe une taxe sur les émissions de CO2 qui atteint plus de 100 euros par tonne," fait-il remarquer. "C'est dix fois plus que ce que propose le gouvernement allemand. Pourtant même en Suède, ils n'agissent pas assez vite pour pouvoir atteindre les objectifs de protection du climat," indique-t-il.

"On tiendra bon"

Extinction Rébellion en Allemagne et ailleurs réclame également la création d'assemblées citoyennes où tout un chacun pourrait faire ses recommandations pour répondre à l'urgence climatique. Ce concept d'assemblées citoyennes ne vient pas de nulle part : elles existent déjà en Irlande, Belgique ou encore en Pologne. L'idée, c'est de faire sans les partis politiques, mais aussi d'écarter le lobby des combustibles fossiles.

Sur le rond-point de la Grande étoile, une deuxième nuit d'occupation se prépare. Pour Norman, l'engagement dans cette lutte a une dimension personnelle : il a pris une année sabbatique pour s'y consacrer.

"Cette journée a été une grande réussite et elle l'est encore," déclare Norman. "On est venu ici pour rester longtemps et on est encore là ; l'arche a été montée, c'était ce que nous avions prévu et elle restera sur place," assure-t-il avant de conclure : "Là, on se prépare pour la nuit, on verra ce qui va se passer, mais on tiendra bon."

Les blocages d'Extinction Rébellion qui sur le rond-point de la Grande étoile, auront durer 58 heures suscitent aussi la colère au sein de la population allemande : certains craignent qu'ils ne mettent en danger l'acceptation par le public de la mobilisation des jeunes pour le climat Fridays for future qui en septembre, avait rassemblé 1,4 millions de personnes dans le pays.

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