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Comment la zone euro peut-elle en finir avec le marasme économique ?

Comment la zone euro peut-elle en finir avec le marasme économique ?
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À l'approche de l'hiver, le temps devient également plus maussade pour l'économie européenne puisqu'elle ralentit. Bruxelles a revu à la baisse, ses prévisions de croissance dans la zone euro pour les porter à leur niveau le plus faible depuis le pic de la crise financière et n'envisage aucune amélioration pour 2020.

Un climat maussade

La raison principale ? Un climat d'incertitude persistant sur fond de Brexit et de tensions commerciales latentes. Les États-Unis et la Chine se livrent à une bataille douanière depuis mars 2018. Et le principal pays européen à se retrouver pris entre ces deux feux, c'est l'Allemagne, une championne des exportations : celles-ci représentent près de la moitié de son PIB et sont portées en premier lieu par les secteurs de l'automobile et des machines industrielles.

Mais la croissance du pays recule fortement depuis 2017. La Chine, un partenaire commercial clé pour l'Allemagne, a réduit sa demande de produits étrangers du fait de son propre ralentissement économique. Et comme l'Allemagne dispose de chaînes d'approvisionnement en Europe centrale et orientale, la Hongrie, la Slovaquie ou encore la Pologne se retrouvent elles aussi pénalisées tout comme l'ensemble de l'économie européenne.

Athènes déroule le tapis rouge à la Chine

Placée sous la pression des États-Unis, la Chine se montre plus ouverte à faire du commerce avec de nouveaux alliés et en la matière, Athènes lui déroule le tapis rouge.

En 2016, le port du Pirée est devenu le symbole des nouvelles routes de la Soie quand Cosco, le géant chinois du fret maritime, est devenu actionnaire majoritaire. Entre l'acquisition de 67% des parts et les revenus et investissements à venir, l'accord atteint un montant de plus d'un milliard d'euros. Tant et si bien que le port est en passe de devenir le plus important de la Méditerranée.

"Nous voulons que cet investissement se traduise dans les faits aussi rapidement que possible," souligne Ioánnis Plakiotákis, ministre grec des Affaires maritimes, avant d'ajouter : "Bien sûr, cela va favoriser l'économie locale par le biais de créations d'emplois et cela aura des retombées sur l'ensemble de l'économie grecque."

Du point de vue des Chinois, cet investissement massif était justifié du fait de la situation stratégique du port du Pirée. Il représente la principale porte d'entrée de l'Europe continentale pour les marchandises qui sont acheminées depuis l'Asie par la mer via le canal de Suez.

"Nous ne sommes pas au service de la Chine, nous sommes au service du commerce : à savoir de tout échange via le Canal de Suez en provenance de la Chine, de l'Inde, de l'Australie ou de tout autre pays d'Asie," insiste Tassos Vamvakidis, responsable commercial de Piraeus Container Terminal S.A. "On gagne dix jours par rapport à un trajet complet jusqu'aux ports du nord de l'Europe," fait-il remarquer.

Au printemps dernier, la Commission européenne a appelé à un examen approfondi des investissements chinois dans des secteurs stratégiques et à plus de réciprocité dans les accords entre la Chine et l'Union européenne.

Port du Pirée

En attendant sur place, l'activité du port du Pirée est en plein boom. Depuis son acquisition par Cosco, quelque 2000 emplois ont été créés. Ce géant détenu par l'Etat chinois a investi massivement dans cette zone qui avait été frappée par la crise et y paie aussi des impôts. Pour autant, cette transformation du port du Pirée ne fait pas que des heureux.

"Oui, il y a plus de gens qui ont un emploi, mais le problème, c'est qu'ils travaillent dans des conditions qui sont pires et avec un salaire moindre," fait remarquer Giorgos Gogos, secrétaire général du syndicat des dockers.

À l'heure où les relations entre la Chine et les États-Unis se tendent, Pékin envisage d'investir davantage en Europe. Mais la Commission européenne ne compte pas lui laisser le champ totalement libre : elle a exhorté les Etats membres à travailler ensemble quand il s'agit de nouer des partenariats avec la Chine qu'elle considère comme une "rivale systémique" de l'Europe.

Kristalina Georgieva : "L'Union européenne vit un moment historique"

À Berlin, à l'occasion de son premier déplacement en Europe en tant que directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), nous interrogeons Kristalina Georgieva pour faire le point avec elle, sur le contexte économique et pour savoir si selon elle, des perspectives d'amélioration sont envisageables.

Efi Koutsokosta, euronews :

"Que pourrait faire l'Europe pour sortir de cette stagnation ?"

Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international :

"Voici selon nous, les pistes d'action pour l'Europe : premièrement, elle doit investir plus massivement dans sa compétitivité, dans la recherche et développement. L'Europe doit avoir une vision plus ambitieuse dans tous ses Etats membres pour s'assurer de pouvoir concurrencer l'Asie et les États-Unis dans l'avenir. Deuxièmement, concernant la protection du climat, je suis convaincue que nous vivons un moment historique où l'Europe a la possibilité de prendre le leadership mondial en la matière. Investir dans une croissance qui soit faiblement émettrice de carbone et à l'épreuve du changement climatique peut permettre de favoriser un rythme de croissance plus dynamique pour l'Europe. Et bien sûr, il faut qu'elle se place aux avant-postes pour anticiper ce qui va inévitablement arriver à notre planète."

"Nous avons besoin d'une paix commerciale durable"

Efi Koutsokosta :

"Les tensions commerciales se poursuivent entre les États-Unis et la Chine, il n'y a pas encore d'accord. Selon vous, l'Union européenne doit-elle y voir une opportunité ?"

Kristalina Georgieva :

"On évalue la croissance des échanges commerciaux pour cette année à seulement 1,1%. Ce qui veut dire que le moteur de cette croissance est en panne. Nous avons chiffré le coût des tensions commerciales pour l'économie mondiale et nous avons conclu qu'en 2020, il pourrait atteindre 700 milliards de dollars, c'est 0,8% du PIB mondial. Ce n'est pas rien ! Et quand on examine ce qui constitue ces coûts, les droits de douane n'en représentent qu'une petite partie, la majeure partie provient de ce climat d'incertitude. Donc ce que nous préconisons, c'est de rapprocher les positions des États-Unis et de la Chine pour qu'ils concluent un accord qui augmente le niveau de confiance à plus long terme. Une trêve commerciale ne suffit pas. Nous avons besoin d'une paix commerciale durable. Et nous estimons que l'Europe a un rôle important à jouer parce que son économie est essentiellement orientée vers l'export. Alors, elle doit se faire entendre !"

Efi Koutsokosta :

"Et si cet accord n'intervient pas rapidement, pensez-vous que la situation économique puisse empirer ? Que nous irons vers une grave récession ?"

Kristalina Georgieva :

"Pour l'instant, les conditions ne sont pas réunies pour qu'on en arrive là, mais ce qui nous inquiète, c'est que l'incertitude se poursuive de manière prolongée : cela aurait des conséquences très graves sur la croissance."

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