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L'UE réoriente sa politique de cohésion pour atténuer l'impact du coronavirus

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L'UE réoriente sa politique de cohésion pour atténuer l'impact du coronavirus
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L'Union européenne met actuellement en place, un certain nombre d'outils économiques face à la crise du coronavirus : en particulier, la refonte de ses fonds structurels et de cohésion. Ces fonds d'un montant de 355 milliards d'euros représentent la grande majorité des financements européens. Leur objectif : réduire les écarts économiques entre les régions européennes.

Aujourd'hui, l'Union réaffecte 54 milliards de fonds restants issus du budget de cette année pour faire face à la crise du coronavirus. Ces fonds seront destinés aux dépenses de santé dont l'achat de masques et d'équipements hospitaliers et aux programmes de court terme consacrés à l'emploi et aideront même les employeurs à payer les salaires de leur personnel.

Mais ce n'est pas de l'argent frais : il s'agit soit de fonds inutilisés qui s'ils n'étaient pas attribués, réintégreraient le budget européen, soit de financements mis à disposition plus tôt que prévu.

Des fonds européens aident les soignants en Pologne

En Pologne, les infrastructures médicales sont largement sous-financées et l'on compte de nombreux cas de coronavirus parmi les soignants. Nous nous sommes rendus dans deux hôpitaux pour voir comment ceux qui sont en première ligne font face à la situation.

Dans ce pays, une personne infectée par le coronavirus sur six est un professionnel de santé. Dans la région de Cujavie-Poméranie, Malgorzata Czajkowska-Malinowska, pneumologue, a constaté un manque de matériel médical au début de la pandémie. Grâce à une initiative soutenue par le Fonds social européen, une trentaine d'institutions comme son hôpital ont pu acheter des équipements supplémentaires.

"L'acquisition d'équipement nous apporte du confort," indique la pneumologue. "Nous avons acheté des appareils très performants qui nous permettent de surveiller les patients directement à côté de leur lit, mais aussi de nous connecter avec le bureau central qui est éloigné de la chambre du patient, donc c'est sécurisant pour le personnel," dit-elle avant d'ajouter : "Le soutien des fonds européens est crucial parce que la Pologne comme d'autres pays n'était pas préparée à l'ampleur de la pandémie."

Izabela Jędrzejczak travaille depuis 25 ans pour le service pédiatrique de l'hôpital de Torun. Quand l'épidémie a commencé, elle s'est portée volontaire avec son amie Elzbieta Rusowicz pour renforcer les équipes soignant les patients atteints par le coronavirus.

"On met des tenues de protection et on les porte toute la journée dans le service parce qu'on se dit que tout le service peut être infecté," explique Izabela. "Quand on est proche des patients atteints de coronavirus, on utilise des équipements en plus : des tabliers, des visières de protection, des masques filtrants HEPA et des gants," précise-t-elle.

Environ 10 millions d'euros du Fonds social européen ont été réaffectés pour acheter des équipements de protection et de désinfection et acquérir du matériel médical comme des respirateurs et des moniteurs cardiaques. Le projet prend aussi en charge deux centres de repos temporaires comme un hôtel où sont logées les deux infirmières après une longue nuit de travail.

"Cet hébergement est important pour moi parce qu'après ma vacation, je peux vraiment me reposer ici : je n'ai aucune tâche ménagère à faire, les repas sont préparés pour nous," se réjouit Elżbieta Rusowicz. "On sait que tout cela est une aide temporaire pour nous," fait-elle remarquer.

"Il faudrait adapter la politique de cohésion à chaque pays et au contexte économique actuel"

Dans le cadre de la politique de cohésion de l'Union européenne, en Pologne, environ 10 milliards d'euros, soit plus de 10% des fonds disponibles jusqu'en 2020, sont mobilisés pour combattre les impacts sanitaires et économiques du coronavirus selon la ministre polonaise du Développement régional.

"Cela représente beaucoup d'argent et cela peut vraiment être bénéfique pour ces secteurs : les hôpitaux, les entrepreneurs, ces fonds pourraient permettre de préserver un demi-million d'emplois," affirme Małgorzata Jarosińska-Jedynak. "Face à la situation que nous vivons, nous devons aussi repenser les priorités de la politique de cohésion : on estime qu'elle devrait être adaptée autant que possible à la situation spécifique de chaque pays et évidemment, au contexte économique actuel parce que c'est très risqué de la maintenir au même niveau," estime-t-elle.

Thomas Wieser : "Aucune corrélation entre le fait d'être bénéficiaire et le sentiment de solidarité"​

Pour aller plus loin sur le sujet, nous avons interviewé quelqu'un qui connaît très bien la gestion de crise au niveau européen, le célèbre économiste Thomas Wieser. Il était au cœur des réunions d'urgence pendant la crise de la zone euro.

Efi Koutsokosta, euronews :

"L'Union européenne a décidé de réaffecter une partie des fonds structurels et de cohésion restants pour répondre aux besoins massifs liés à la crise du coronavirus. Cette démarche peut-elle compenser le manque d'unité entre les États membres ?"

Thomas Wieser, économiste :

"Je dirais que plusieurs des plus grands bénéficiaires nets des fonds européens ont justement été ces États membres qui ont remis en cause des éléments fondamentaux des valeurs européennes, de la cohésion ou de la solidarité européenne. Donc ma première réaction consisterait à dire que je ne vois absolument aucun lien, aucune corrélation entre le fait d'être un bénéficiaire net de premier plan qui reçoit des sommes très importantes du budget européen - qui est d'ailleurs financé par les autres États membres - et les sentiments de solidarité ou de cohésion européenne. Il semble effectivement qu'il n'y en ait pas. Et si je me souviens bien des chiffres, les montants qui avaient été distribués à plusieurs États membres n'ont pas eu d'incidence directe sur la gravité de l'impact économique que ces pays ont subi du fait du Covid-19."

Efi Koutsokosta :

"De quelle manière ce nouveau budget devrait-il se présenter et être utilisé pour affronter la nouvelle réalité post-Covid ?"

Thomas Wieser :

"De mon point de vue, il devrait représenter environ 2% du revenu national brut de l'UE sur une base annuelle. C'est beaucoup plus que ce qui est prévu dans la proposition actuelle. Donc la grande question sera de savoir - même si nous réussissons à avoir un budget considérablement plus élevé, au moins pour les deux prochaines années, - ce que ce budget distribuera. S'agira-t-il principalement de subventions financées par le budget européen qui seront attribuées à tous les Etats membres, mais en particulier aux plus touchés ? Et ce transfert net de ressources est une condition préalable pour que la relance post-pandémie puisse se faire. Ça, c'est le meilleur scénario. Le pire scénario, ce serait que toute la marge additionnelle au sein du budget européen soit utilisée pour accorder des prêts aux États membres ou à des entités régionales dans les États membres, etc. Ce qui permettrait d'atteindre une somme beaucoup plus importante. Celle-ci devrait être remboursée et de ce fait, cela n'engrangerait aucun coût net au niveau du budget européen à l'exception des engagements conditionnels qui ne seront pas tenus."