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Comment lutter contre l'aggravation de la pauvreté dans l'UE pour cause de coronavirus ?

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La pandémie devrait faire basculer davantage de personnes dans la grande pauvreté et aggraver le sort de ceux qui sont déjà en difficulté.

Dans les statistiques européennes, les plus pauvres sont qualifiés de "personnes en situation de privation matérielle sévère".

5,6% de la population de l'UE en "situation de privation"

Par manque de ressources, ils ne peuvent pas régler leur loyer ou leurs factures, chauffer convenablement leur domicile, consommer de la viande, du poisson ou un équivalent protéiné tous les deux jours, partir en vacances une semaine par an, s'acheter une voiture, une machine à laver, une télévision couleur, ni payer une connexion téléphonique.

L'an dernier, 5,6% de la population de l'Union européenne était dans cette situation, soit environ 24 millions de personnes. Et on s'attend à ce que la pandémie de coronavirus fasse grimper leur nombre. Ce risque est particulièrement élevé chez les jeunes, ceux qui sont peu instruits et les familles monoparentales, notamment les mères célibataires.

La Bulgarie (19,9%), la Grèce (15,9%) et la Roumanie (12,6%) affichaient l'an dernier, les plus grandes proportions de population entrant dans cette catégorie.

"Cela comble des manques"

Le Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD) a été abondé ces dernières années, à hauteur de 3,8 milliards d'euros pour fournir de la nourriture et de l'aide matérielle aux plus défavorisés.

Au Portugal, pays empêtré dans la crise financière pendant des années, plus de deux millions de personnes sont en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale.

À Lisbonne, les financements européens servent notamment pour couvrir les besoins essentiels, notamment en denrées alimentaires, des plus précaires en pleine crise du COVID-19.

L'association Santa Casa da Misericórdia s'est adaptée à la nouvelle réalité imposée par le coronavirus. Malgré les mesures sanitaires, elle continue à distribuer des paniers alimentaires équilibrés aux plus démunis. Chaque mois, 1200 familles en bénéficient comme Sandra Basílio, comptable sans emploi depuis un an. Elle vit avec un revenu d'insertion sociale et cette aide alimentaire.

"C'est important pour moi parce que cela comble des manques pour de nombreuses choses que je ne peux pas acheter : par exemple, il me manque du lait ; maintenant, j'ai deux packs de six litres," précise-t-elle avant d'ajouter : "Avec l'argent qui me reste, qui n'est pas dépensé pour la nourriture, je peux payer l'électricité, l'eau et le gaz."

Adaptation au contexte du COVID-19

Des paniers comme celui de Sandra sont financés par le fonds européen FEAD : au Portugal, ce sont 177 millions d'euros d'aides alimentaires et matérielles qui sont délivrés selon les données fournies par le responsable du FEAD au Portugal.

Les associations qui les distribuent ont pu utiliser cet argent pour acheter du matériel de protection et assurer la continuité des dons. Au Portugal, le FMI prévoit que le taux de chômage doublera en 2020, cela représente des dizaines de milliers d'emplois supprimés.

Lors de la distribution, nous rencontrons un couple qui souhaite rester anonyme. L'épouse a perdu 80% de ses revenus comme vendeuse indépendante et l'entreprise de son conjoint liée au tourisme n'a pas pu renouveler son contrat. Un coup dur pour ces anciens bénévoles dans l'aide alimentaire. "Maintenant, c'est notre tour d'avoir besoin de ce type de soutien : jamais on n'aurait pu le croire," fait remarquer le mari.

Sa compagne renchérit : "Ce sont les seuls revenus qu'on est sûrs d'avoir : les 20% qui me reste de mon activité et cette aide alimentaire. On a un enfant et cela nous inquiète beaucoup," confie-t-elle. "On arrive à gérer avec cette aide pour pouvoir payer d'autres dépenses, pour être sûrs de tenir jusqu'à la fin du mois," dit-elle.

"On a surtout des personnes qui ont perdu leur emploi"

Avec la baisse de revenus des foyers, les associations prévoient une forte augmentation des demandes d'aide alimentaire.

À Santa Casa da Misericórdia, elles ont déjà augmenté de 15%. Les travailleurs précaires avec de bas salaires sont les plus concernés.

"On a tout type de profils, mais surtout des personnes qui ont perdu leur emploi," explique Susana Veiga Ferreira, coordinatrice de projet au sein de l'association.

"Les besoins en produits alimentaires pourraient augmenter d'environ 50% ; alors, on est en phase d'ajustement, on doit adapter la logistique et le stockage," indique-t-elle.

"Notre association possède un grand patrimoine, mais les fonds européens sont une source de financement très utile de ce point de vue, pour compléter cet effort financier qui est celui de tous," souligne-t-elle.

Maria João Rodrigues : "Soutenir les jeunes et les familles monoparentales"

Pour avoir une vision plus globale du sujet, nous avons interrogé la présidente de la Fondation européenne d'études progressistes, la Portugaise Maria João Rodrigues, ancienne eurodéputée socialiste et ex-ministre au sein du gouvernement d'António Guterres.

Efi Koutsokosta, euronews :

"La récession est déjà là et les catégories de personnes les plus vulnérables et les plus touchées sont les jeunes et les familles monoparentales. Quel type de mesures l'Union européenne peut-elle prendre à court et long terme pour que tout le monde soit protégé ?"

Maria João Rodrigues, présidente de la Fondation européenne d'études progressistes :

"Permettez-moi de commencer par une catégorie en particulier : les jeunes. Ils sont nombreux à travailler, mais ils occupent des emplois précaires. Donc il faut s'assurer que leur contrat de courte durée soit prolongé. Vous avez aussi parlé des familles monoparentales. Elles sont confrontées à un dilemme : faut-il aller travailler et laisser ses enfants à la maison ou les mettre à l'école même si on juge que les conditions sanitaires n'y sont pas suffisantes ? Ou alors, faut-il rester à la maison avec ses enfants au risque de perdre son salaire et son emploi ? Nous devons étendre les mesures de chômage technique à tous les parents célibataires pour s'assurer qu'ils ne soient pas confrontés à ce terrible dilemme."

"Donner la possibilité aux travailleurs de l'économie informelle de se déclarer eux-mêmes"

Efi Koutsokosta :

"Et qu'en est-il des milliers de travailleurs saisonniers ou non déclarés qui n'ont pas les papiers nécessaires pour demander des allocations chômage par exemple ? Comment protéger ces personnes ?"

Maria João Rodrigues :

"Je voudrais citer une mesure intéressante mise en place au Portugal : elle donne la possibilité à ces personnes de se déclarer elles-mêmes, de bénéficier de droits sociaux. De cette manière, on peut transformer le travail non déclaré qui n'ouvre à aucun droit en travail formel qui donne des droits. Et pour moi, c'est du gagnant-gagnant parce que ces travailleurs tirent avantage de cela et dans le même temps, les systèmes publics en bénéficient parce qu'une fois que ces travailleurs sont déclarés, ils vont aussi commencer à payer leurs impôts et cotisations sociales."

"Le fonds de relance devra comporter des prêts et des subventions"

Efi Koutsokosta :

"Dans quelle mesure les plus démunis peuvent-ils bénéficier du fonds de relance qui est actuellement en débat ?"

Maria João Rodrigues :

"Nous devons nous assurer que les PME en particulier soient soutenues directement avec les moyens financiers nécessaires à leur survie et la relance de leurs activités. Enfin, nous devons garantir que les régimes de revenu minimum soient efficaces partout pour faire en sorte que personne ne bascule dans la pauvreté. Ce type de soutien ne peut fonctionner que s'il prend la forme non seulement de prêts, mais aussi de subventions. Je crois que c'est un moment historique où les Européens doivent prendre des décisions."