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Aux Émirats et en Tunisie, l'industrie manufacturière tente de s'adapter à la pandémie

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Cette semaine Inspire Middle East s'intéresse à l'industrie manufacturière des Émirats arabes Unis et de la Tunisie. Alors que le secteur a été lourdement affaibli par la pandémie de COVID-19, certaines entreprises ont tenté de tirer profit de la situation pour adapter leur production aux nouveaux besoins des consommateurs.

D'après certains dirigeants de sociétés réunis en septembre lors du sommet virtuel mondial sur le secteur manufacturier et l'industrialisation, la survie des entreprises réside dans leur digitalisation, leur modernisation, et leur capacité d'adaptation en cette période de pandémie.

"Certaines entreprises digitalisées étaient très bien préparées à adopter les technologies numériques" estime Badr Al Olama, patron de la société aérospatiale Mubadala, basée aux Émirats arabes unis. "Elles sont capables de maintenir ce niveau pendant au moins deux ou trois ans dans le domaine aérospatial" estime le dirigeant, dont la filale, Strata, a opéré un virage stratégique en mettant en place la première chaîne de production de masques N95 dans la région, en partenariat avec la société Honeywell.

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Une boite de masques produite par Strata en collaboration avec HoneywellEuronews

Initialement spécialisée dans la fabrication et la fourniture de pièces d'avion pour Airbus et Boeing, Strata a tiré profit de ses compétences et des exigences de "qualité de très haut niveau" imposées par l'aéronautique, pour produire 90 000 masques par jour et ainsi répondre à une nouvelle demande. Cette adaptation a permis à l'entreprise de se maintenir à flot, alors que les pertes de l'industrie du transport aérien s'élèveront à 84,3 milliards de dollars cette année, selon l'Association internationale du transport aérien.

Les Émirats arabes unis, ouverts aux affaires

Selon Badr Al Olama, les entreprises du secteur privé doivent prendre l'initiative et les gouvernements doivent s'attacher à fournir les politiques et les cadres appropriés pour embrasser la quatrième révolution industrielle.

Lors du sommet mondial sur le secteur manufacturier et l'industrialisation, son partenaire de Honeywell, le PDG Darius Adamczyk, a estimé que "la stimulation économique était la bonne approche pour lutter contre la pandémie". Pour sa part, le dirigeant de Schneider Electric, Jean-Pascal Tricoire, a plaidé pour que "les fonds gouvernementaux soient dirigés vers les PME", plus vulnérables, afin de doper l'activité.

Le COVID-19 a tout simplement accéléré le processus pour que nous puissions adapter notre technologie et tirer profit de cette révolution industrielle
Badr Al Olama
Directeur exécutif de Mubadala

"Si nous sommes capables de communiquer d'une manière claire et concise, l'appétit pour les partenariat va grandir", selon Badr Al Olama".

"Qu'il s'agisse de produits pharmaceutiques, de l'aérospatial, ou du développement des métaux en acier et en aluminium, les Émirats arabes unis sont ouverts aux affaires" souligne-t-il. "La façon dont nous avons entrepris d'investir dans la construction de pièces d'avion pour Airbus et Boeing, rien de tout cela n'aurait été possible s'il n'y avait pas eu une approche de partenariat avec Airbus et Boeing" grâce au soutien gouvernemental.

Abou Dabi, au cœur de la quatrième révolution industrielle

D'après Badr Al Olama, la quatrième révolution industrielle s'articulera autour d'un "modèle hybride, où la technologie et les gens doivent coexister, travailler ensemble" analyse-t-il.

"Le COVID-19 a tout simplement accéléré le processus pour que nous puissions adapter notre technologie et tirer profit de cette révolution industrielle, au lieu d'essayer de la combattre ou de tenter de s'en éloigner en pensant qu'elle pourrait causer plus de dégâts que de bien" juge-t-il. Son entreprise aérospatiale, basée à Al-Aïn en est un exemple.

COVID : quel coût pour l'industrie du plastique en Tunisie ?

En avril dernier, le Fonds monétaire international a approuvé un prêt d'urgence de 745 millions de dollars pour aider la Tunisie à faire face à la pandémie de COVID-19. Le FMI a également prédit que son économie se contracterait de 4,3 % cette année, ce qui constituerait sa plus grave récession depuis son indépendance en 1956.

Selon l'économiste Faycal Bradai de l'Union tunisienne du commerce et de l'industrie, la production a chuté de près de 20 % entre mars et juin.

Le secteur du plastique avait connu une croissance constante ces dernières années - les zones de libre-échange le long de la côte tunisienne abritant 282 fabricants de plastiques - dont beaucoup exportent exclusivement vers l'Europe.

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Une usine de production d'objets en plastique, TunisieEuronews

L'Union européenne, premier partenaire commercial de la Tunisie représentait 80 % de ses exportations en 2017 selon les données de l'UE. Ce sont les exportations de pièces automobiles vers des entreprises allemandes et françaises - réalisées à l'aide de technologies de pointe - qui ont favorisé la croissance d'entreprises tunisiennes comme Plasteel ces dernières années.

"Nous avons investi dans une machine de découpe de haute technologie, pour fabriquer des pièces métalliques au lieu de les acheter. Nous utilisons ensuite les moules que nous découpons pour un processus de fabrication appelé "moulage plastique". Nous avons fait cela pour répondre à nos clients du monde entier, qui exigent les normes de production les plus élevées. Et c'était notre plus grand développement pour 2020, mais malheureusement la pandémie coronavirus nous a empêchés d'atteindre nos objectifs financiers annuels" commente Faycal Ben Hammouda, responsable au sein de l'entreprise Plasteel.

Le blocage de l'industrie tunisienne pendant 5 mois a coûté environ 1,9 million de dollars à la société. Les 200 employés de l'unité ont également vu leurs salaires réduits de 20 %. Seuls 10 employés sont restés sur place pendant le confinement, pour exécuter les commandes en cours à destination d'une entreprise automobile française.

"Notre véritable préoccupation aujourd'hui est la détection de plus en plus de cas de COVID-19 en Tunisie" explique Omar Chakchak, vice-président de la chambre syndicale tunisienne des fabricants de produits en plastique. Le représentant de la profession craint "l'apparition de foyers dans certaines unités industrielles", bien qu'un réel travail de sensibilisation ait été mis en place pour les fabricants.

Les perspectives sont encore incertaines pour de nombreux industriels tunisiens, alors que le chômage a atteint 18 % au deuxième trimestre. Beaucoup espèrent maintenant que le gouvernement et la banque centrale feront davantage pour soutenir les entreprises dans les mois à venir, ce qui, à terme, permettra peut-être à la Tunisie de réaliser son rêve de devenir une plaque tournante de classe mondiale pour le plastique en Afrique du Nord.