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Quelle alimentation durable au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ?

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Cette semaine, Inspire Middle East plonge dans le monde de l'aquaculture aux Emirats arabes unis avec les fermes piscicoles, qui permettent de réduire la dépendance du pays aux importations. Nous regardons également comment la consommation d'insectes peut être une chance pour les hommes et la planète.

À deux pas des eaux chaudes du golfe Persique, on trouve des saumons de l'Atlantique, des sérioles du Japon et des bars du Chili en parfaite santé. Ces poissons d'eau froide sont bien loin de chez eux ... Mais c'est justement justement tout l'intérêt des fermes piscicoles, qui permettent de réduire la dépendance des Emirats arabes unis aux produits importés.

Cela s'inscrit aussi dans le cadre de l'objectif des EAU de soutenir la biodiversité marine et de reconstituer 30 % des stocks halieutiques épuisés d'ici 2030.

Fish Farm, première entreprise d'aquaculture biologique des Émirats créée en 2013, possède une ferme à Dibba, près d'Oman, un couvoir dans l'émirat d'Oumm al Qaïwaïn, ainsi qu'une exploitation agricole dans le port de Jebel Ali à Dubaï.

Les bassins de confinement fonctionnent sans produits chimiques, grâce à de l'eau de mer recyclée. Pour le responsable du développement de l'aquaculture, Nigel Lewis, cette technique appelée RAS (Système de Recirculation en Aquaculture) est l'avenir de l'aquaculture, étant donné la demande croissante de poissons et l'augmentation de la population mondiale.

Les bassins en circuit fermé de Fish Farm.
EuronewsLes bassins en circuit fermé de Fish Farm.

"Les besoins en poisson augmentent de 8 à 10 % chaque année. Le poisson doit donc bien venir de quelque part, mais il n'y en a plus dans les océans, en tout cas, il n'y pas d'augmentation des stocks", explique le responsable. "Le poisson doit donc provenir uniquement de l'aquaculture. Dans un système RAS, il n'y a pas de pertes. La nourriture des poissons est utilisée de manière bien plus efficace, il n'y a pas de maladies, pas de micro-plastiques, la traçabilité est totale lors des contrôles. Il n'y a pas meilleure manière de faire."

Pour rendre le modèle commercial réellement durable, l'entreprise vise également à moins dépendre de l'importation de jeunes poissons, qui sont prêts à être consommés à l'âge de 18 mois, en les produisant sur place.

L'aquaculture aux EAU joue un rôle majeur et jouera un rôle de plus en plus important dans la sécurité alimentaire de la région, car 92 % de tout le poisson consommé ici est importé.
Nigel Lewis
responsable du développement de l'aquaculture de Fish Farm

"Ces poissons viennent du monde entier, poursuit Nigel Lewis. Nous avons ici du saumon de l'Atlantique, qui provient de la côte ouest de l'Écosse. Nous avons du poisson roi du Chili, qui vient évidemment du Chili. Et nous avons du bar, qui vient d'Europe et de Grèce en particulier. Nous les recevons par fret aérien. Nous avons développé un réservoir avec une bouteille d'oxygène à l'intérieur, pour pouvoir transférer les poissons sur de longues distances. Dans le cas du Chili, il y a 50 heures de transit, ce qui est long pour garder les poissons en vie."

Badr Bin Mubarak : "Un défi en terme d’électricité"

Fish Farm est issu d'une longue tradition familiale. Cela fait maintenant cinq générations que la famille se passionne pour la mer et ses produits. Aujourd'hui, grâce à leur capacité de production de plusieurs milliers de tonnes de poissons par an, ils fournissent les principales chaînes de supermarchés du pays ainsi que les meilleurs restaurants. Pour parler de la force de ce marché, nous avons discuté avec le PDG de l'entreprise, Badr Bin Mubarak.

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Badr Bin Mubarak, PDG de Fish FarmEuronews

Rebacca McLaughlin-Eastham, Euronews : M. Bin Mubarak, vous évoluez dans un espace concurrentiel. Comment votre produit se démarque-t-il, en termes de prix et de qualité, des autres produits biologiques sur le marché ?

Badr Bin Mubarak, PDG de Fish Farm : Il n'y a pas de poissons biologiques moins chers que les nôtres. Pourquoi ? Car nous sommes plus proches du marché. Nous avons des coûts plus bas. Il n'y a que deux pays qui vendent du poisson biologique, la Norvège et l'Irlande, et la compétition est un peu rude. Mais nous sommes supérieurs sur le marché.

Quels défis les températures extrêmement chaudes des mois d'été et la forte salinité des eaux du golfe représentent-ils pour votre entreprise ?

C'est un système fermé. Nous ne prenons que l'eau de mer et nous l'installons ici. Nous réglons donc la salinité, la température, la vitesse du courant, et même la marée haute ou basse pour les poissons. Mais pour maintenir la température en été, c'était un défi en terme d'électricité. C'est pourquoi nous passons maintenant aux panneaux solaires.

Juste avant cette interview, vous étiez sur un bateau pour pêcher le barracuda. Vous avez également mangé du poisson au petit déjeuner. Quelle importance a donc le poisson dans l'alimentation des Emirats ?

Nos ancêtres consommaient essentiellement deux grands produits : le poisson et les dattes. Ce sont donc deux choses indispensables pour les populations côtières, ici aux EAU. On ne peut pas passer une journée sans un poisson et une datte !

Manger des insectes, une tradition aux nombreux bienfaits

Avez-vous déjà envisagé d'ajouter des insectes et des vers à votre alimentation ? Au moins deux milliards de personnes à travers le monde le font déjà, selon un rapport des Nations Unies, qui a identifié les insectes comme une solution possible à la sécurité alimentaire.

Ils fournissent des protéines, des vitamines et des acides aminés de haute qualité pour l'homme, et ils sont bons pour la planète car ils utilisent beaucoup moins de terre et d'eau que le bétail traditionnel. Les insectes sont également plus variés et plus abondants, avec environ 2000 variétés comestibles identifiées.

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Adil Al Hareidi et son sac de criquets.Euronews

Des bienfaits qu'Adil Al Hareidi connaît bien. Ce Koweïtien de 44 ans ramasse et vend des insectes depuis plus de 20 ans. Un sac de criquets vivants lui rapporte environ 25 euros, et ses clients viennent au Souq al Faga, dans la capitale, pour les acheter et les consommer.

"C'est quelque chose de délicieux, qu'on a hérité de nos ancêtres et dont on entend parler depuis notre enfance. Au temps des Bédouins, au temps des famines, ils pouvaient conserver les criquets plusieurs mois", raconte Adil Al Hareidi.

Selon lui, on ne trouve plus de criquets de bonne qualité au Koweït depuis les années 70, en raison de l'urbanisation et des pesticides. Il se rend donc toutes les semaines en Arabie Saoudite, et parcourt 700km jusqu'à la province enclavée d'Al Qassim pour trouver des criquets du désert

Avec sa robe jaune ou rose avant cuisson, le criquet mâle est plus esthétique. Mais ce sont les femelles, plus grosses et plus charnues, qui sont consommées et vendues à un prix plus élevé.

Une pâte de criquets saveur pistache

Les criquets femelles appelées Mukun sont les préférées d'Habib Khan en raison de leurs œufs sucrés. Ce retraité de 65 ans mange des criquets chaque semaine depuis son enfance.

Ces derniers sont bouillis vivant, et leur vivacité est un signe de bonne santé. Après avoir mijoté pendant environ une demi-heure, ils sont rôtis pour les rendre croustillants, ce qui, d'après Habib, les rend irrésistibles. Le sexagénaire a également une recette familiale préférée : "Ma belle-mère a eu une nouvelle idée pour préparer les criquets : on les fait rôtir, et après, on les met dans un moulin à café pour en faire une pâte, qui a une saveur de pistache. Les criquets ont une saveur sucrée."

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Habib Khan préparant les criquets.Euronews

Une fois hachés, Habib fait revenir les criquets à la poêle avant d'ajouter des dattes, de la pâte de sésame et des épices. Ce plat est plus populaire auprès des jeunes Koweïtiens qui, selon lui, ne sont pas encore prêts à ajouter les criquets à leur alimentation quotidienne. "La nouvelle génération n'aime pas manger des criquets, ils ont même peur de les toucher", se désole Habib. Il espère que manger des insectes reviendra à la mode, comme c'est le cas dans d'autres pays à travers le monde.

L'entomophagie, ou la consommation d'insectes, reste une tradition dans de nombreuses cultures d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et plus récemment d'Europe. Des vers de farine sont ainsi préparés en France ou en Italie, pour ajouter une touche de nouveauté à la gastronomie traditionnelle.

L'éleveur de vers Khalid Al Younis est le leader du mouvement au Koweït. Il est un fervent défenseur de leur utilisation, pour transformer les terres arides de son pays en pâturages cultivables.

Avec sa chaîne YouTube, il encourage les jeunes générations à cultiver des vers chez eux. Surnommé "Abou Al Doud", ce qui signifie "le père des vers", il compte près de dix mille adeptes sur les réseaux sociaux : "Au début, il y a cinq ans, nous avons rencontré beaucoup de gens dégoûtés par l'idée de manger des vers et beaucoup d'entre eux nous ont bloqué sur les réseaux sociaux, témoigne le jeune homme. Mais maintenant, quatre ou cinq ans après, ils ont changé d'avis. Ils deviennent des clients et achètent des vers pour chez eux."

Les vers peuvent manger la moitié de leur poids en une journée, en se nourrissant de restes d'aliments biologiques, comme du marc de café, ou des mouchoirs en papier. Pour Khalid, cela réduit donc les déchets et les dégâts causés à la planète.

C'est pour cette raison qu'il a créé sa ferme lombricole il y a 6 ans. Elle compte aujourd'hui plusieurs millions d'individus, et sa taille double tous les 70 jours. Khalid espère que le nombre de ses adeptes en ligne et sur le terrain augmentera tout aussi rapidement.

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Khalid Al Younis et Salim Essaid en visite dans la ferme lombricole.Euronews