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Quelles perspectives 2021 pour nos emplois et entreprises en Europe ?

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À travers l'Union européenne, la deuxième période de confinement cet automne a dévasté les entreprises déjà fragilisée depuis le début de l'année.

2020 a été une année de contrastes. Au premier semestre, l'Union européenne a enregistré la pire récession de son histoire en affichant -11,4%. Puis entre juillet et septembre, l'économie est repartie à la hausse avec une croissance record de 12,1%.

Mais la reprise a été stoppée dans son élan par les deuxièmes confinements. Ainsi, début novembre, la Commission européenne a revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2021) dans la zone euro de 6,1% à 4,2%. Elle estime qu'il faudra deux ans à l'économie européenne pour retrouver son niveau d'avant-pandémie.

Pour l'y aider, le plan de relance appelé Next Generation EU de 750 milliards d'euros a été adopté par le Conseil européen. Il prévoit 360 milliards d'euros de prêts et 312,5 milliards de subventions.

D'où proviendront les fonds ? Ils seront empruntés sur les marchés financiers en s'appuyant sur la note de crédit solide - AAA selon Moody's et Fitch - de l'Union européenne.

Le PIB finlandais en baisse de 4,4% au deuxième trimestre

Toutes les économies européennes ne sont pas affectées avec la même ampleur, mais même les moins touchées comme la Finlande qui a affiché une contraction de 4,4% au deuxième trimestre comparé aux - 17,8% de l'Espagne restent vulnérables.

Nous nous sommes rendus à Helsinki pour voir quelle est la situation des entreprises sur place. Avec 12 millions de passagers principalement de ferrys chaque année, le port d'Helsinki est le premier port mondial de transport de personnes. Malgré cela, les Finlandais ont réussi à garder quelque peu le contrôle sur l'épidémie. Ce qui explique en partie pourquoi la contraction économique est parmi les plus modérées d'Europe.

Le gouvernement finlandais a également débloqué une enveloppe de 15 milliards d'euros pour soutenir les entreprises et les travailleurs, mais avec leurs partenaires commerciaux européens durement touchés par la crise, cela sera-t-il suffisant ?

Baisse de la demande des partenaires commerciaux européens

La demande en berne en provenance de leurs partenaires commerciaux, notamment d'autres États membres de l'UE, pèse sur les entreprises finlandaises.

Beweship, l'un des principaux affréteurs privés de Finlande, a constaté une chute des importations et exportations au printemps. Son activité a baissé de 6% au printemps. Le recul a atteint 1,5% cet été.

"Quand vous avez 95% des avions cloués au sol, cela veut dire que le fret aérien est à l'arrêt," fait remarquer son PDG Bengt Westerholm avant d'ajouter : "Et pour le fret maritime, tout à coup, on est dans une situation où une grande part de tous les conteneurs et porte-conteneurs sont bloqués à l'extérieur de la Chine, en attendant que les choses se tassent."

En attendant les retombées du pacte vert et du plan de relance européen

À quelques encablures, Wärtsila emploie 19.000 salariés dans le monde. L'entreprise fabrique des moteurs de navires et des générateurs électriques basse consommation et a perdu 10% de son chiffre d'affaires cette année.

Malgré la révision à la baisse des prévisions économiques de l'UE, l'arrivée annoncée du plan de relance européen et du pacte vert suscite l'espoir de l'entreprise.

"Ce pacte vert et ce plan de relance suite à la pandémie - vu que dans une certaine mesure, ils sont axés sur la lutte contre le changement climatique et que nos clients s'impliquent dans cette démarche - cela voudra dire des retombées pour nous à grande échelle," se réjouit Atte Palomäki, vice-président exécutif Communications, Branding & Marketing au sein de Wärtsilä.

47% des entreprises technologiques prévoient une dégradation de la situation dans les mois à venir et selon l'organisation d'employeurs Palta, 20% des entreprises de services sur cinq sont au bord de la faillite.

De petits entrepreneurs qui vivent "une tragédie"

À Helsinki, la ville de Noël, le marché du même nom est habituellement une attraction, mais pas cette année. Alors que la deuxième vague de la pandémie frappe, le pays a dû renoncer à une grande partie de ses touristes hivernaux.

"Habituellement, le marché de Noël, c'est environ 100 petits chalets avec pour chacun, un entrepreneur et aujourd'hui vu que leur activité s'est arrêtée," souligne Stuba Nikula, directeur général de Events Helsinki, "__il leur manque plus d'un tiers de leur chiffre d'affaires annuel, ce sont des tragédies individuelles." Sa fondation semi-publique a créé un marché de Noël virtuel pour que les petits exposants artisanaux aient encore l'opportunité de vendre leurs produits.

L'exemple finlandais montre que garder le contrôle sur l'épidémie ne suffit pas à protéger l'économie. La situation des pays voisins a elle aussi un impact. En matière de commerce européen, il n'y a pas de vainqueur si tous ne sont pas vainqueurs.

Christian Odendahl, économiste : "Nous sommes face à cette tension entre la perspective d'une vaccination et sa réalisation"

Pour aller plus loin sur le sujet, nous avons interviewé Christian Odendahl, économiste en chef au sein du think tank "Centre for European Reform". Il est installé à Berlin. Nous lui avons demandé comment son équipe et lui-même voient l'avenir économique européen.

Naomi Lloyd, euronews :

"L'Union européenne a revu à la baisse sa prévision de croissance pour l'an prochain. Mais dans le même temps, de bons résultats ont été annoncés en vue de la fabrication de vaccins. Êtes-vous optimiste quant à la reprise économique en Europe ?"

Christian Odendahl, économiste :

"Nous allons vivre des mois difficiles parce que nous sommes face à cette tension entre la perspective d'une vaccination et sa réalisation qui permettra probablement un rebond avec un effet de rattrapage post-coronavirus. Mais d'ici là, nous allons continuer à affronter ce virus et les mesures de confinement mises en place."

Naomi Lloyd :

"De nombreuses personnes ont perdu leur emploi et leur entreprise. Elles ont été licenciées et dépendent aujourd'hui d'allocations. Quand les choses rentreront-elles dans l'ordre ? Et pourront-elles rentrer dans l'ordre ?"

Christian Odendahl :

"La première chose que je dirais, c'est que les gouvernements ont la responsabilité de soutenir les travailleurs et les entreprises parce que c'est une crise très, très spéciale. C'est une crise où les gouvernements sont obligés de placer l'économie dans une sorte de demi-coma pour limiter la propagation du virus et les gouvernements ont toutes les raisons de soutenir tous ceux qui sont touchés. Je crois que la perspective d'une reprise et d'un potentiel boom post-coronavirus devrait encourager les gens à rester mobilisés et à essayer de limiter la propagation de ce virus dans les prochains mois et leur faire espérer une reprise solide à terme."

"Le plan de relance comblera certains de ces écarts entre nord et sud de l'UE"

Naomi Lloyd :

"Mais nous avons vu que même en Finlande où l'économie est moins durement touchée, une entreprise de services sur cinq est au bord de la faillite. Il n'y a pas de quoi nous rendre très optimistes, non ?"

Christian Odendahl :

"Effectivement, une sur cinq, c'est très inquiétant. Cette pandémie a obligé les gens à essayer de nouvelles choses, en particulier dans les domaines des outils numériques et du télétravail. Donc je pense qu'il y aura des entreprises qui seront à la peine même si l'économie repart totalement parce que les gens auront changé leurs habitudes, leurs comportements. Ce qui est en partie, une bonne chose."

Naomi Lloyd :

"La Commission européenne va mettre en œuvre son plan de relance historique de 750 milliards d'euros. Dans quelle mesure en avons-nous besoin à l'heure actuelle ?"

Christian Odendahl :

"Nous en avons absolument besoin, en particulier dans le sud de l'Europe où le tourisme a été très, très durement touché. Et c'est tout l'intérêt du plan de relance européen qui comblera certains de ces écarts. Et les fonds qui iront du nord vers le sud sont considérables. Un pays comme la Grèce par exemple sera amené à recevoir environ 2% de PIB dans les deux ans qui viennent. C'est un transfert très important."

Video editor • Sebastien Leroy

Sources additionnelles • Production : Camille Cadet ; cameramen : Matthieu Bacques (Finlande), Mathieu Ravey (France) ; motion design : NEWIC