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La prison requise contre l'ex-présidente Jeanine Añez, accusée d'avoir renversé Morales

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La prison requise contre l'ex-présidente Jeanine Añez, accusée d'avoir renversé Morales
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Le parquet bolivien a requis dimanche six mois de prison préventive contre l'ancienne présidente de droite Jeanine Añez, dans une affaire de coup d'Etat présumé contre l'ancien président Evo Morales, les organisations internationales appelant à un processus judiciaire transparent.

Trois procureurs ont signé l'acte d'accusation pour l'application "de mesures de précaution consistant en une détention préventive [...] pour une période de six mois" dans des prisons de La Paz, indique le document publié dimanche.

L'ex-présidente par intérim de Bolivie, Jeanine Añez, visée par un mandat d'arrêt pour "sédition" et "terrorisme", a été arrêtée samedi dans le cadre de l'enquête sur un présumé coup d'Etat contre l'ancien chef de l'Etat socialiste Evo Morales.

"J'informe le peuple de Bolivie que Mme Jeanine Añez a déjà été interpellée et se trouve actuellement dans les mains de la police", a annoncé le ministre bolivien de l'Intérieur Carlos Eduardo del Castillo sur Twitter et Facebook.

"Acte abusif"

La télévision bolivienne a montré des images de l'ancienne dirigeante à son arrivée, non menottée, à l'aéroport de El Alto à La Paz, en présence du ministre de l'Intérieur et de plusieurs policiers, où elle a aussitôt qualifiée sa détention d'"illégale" devant la presse.

Sur les réseaux sociaux, l'ancienne présidente par intérim conservatrice, à la tête du pays de novembre 2019 à novembre 2020, a dénoncé un "acte abusif et de persécution politique".

Le gouvernement "m'accuse d'avoir participé à un coup d'Etat qui n'a jamais eu lieu", a écrit Mme Añez, arrêtée dans la localité amazonienne de Trinidad, à 600 kilomètres de la capitale. Une fois à La Paz, elle a été emmenée dans les bureaux du ministère public pour y être interrogée.

"Le MAS (le parti d'Evo Morales) a décidé de revenir aux habitudes de la dictature", avait affirmé l'ancienne dirigeante peu avant son arrestation.

Evo Morales (2006-2019) a dénoncé à son tour la "dictature" du gouvernement de Mme Añez, pendant lequel il avait lui-même été visé par une enquête pour sédition et terrorisme. Il a réclamé que soient "sanctionnés" les responsables du "coup d'Etat" de novembre 2019.

"Que soient soumis à enquête et sanctionnés les auteurs et complices de la dictature qui a (...) porté atteinte à la vie et la démocratie en Bolivie", a-t-il écrit sur Twitter.

Une explosion de violence en 2019

A l'issue de l'élection présidentielle d'octobre 2019, au cours de laquelle Evo Morales briguait un quatrième mandat, et de la confusion qui avait entouré les résultats le donnant vainqueur, l'opposition avait crié à la fraude. Une explosion de violence dans tout le pays avait suivi le scrutin, finalement annulé.

Sur fond de manifestations qui avaient fait au moins 35 morts, police et armée avaient retiré leur soutien à M. Morales. Ce dernier avait finalement démissionné avant de s'exiler au Mexique puis en Argentine.

Jeanine Añez, deuxième vice-présidente du Sénat, avait prêté serment le 12 novembre 2019. Le parti d'Evo Morales avait alors dénoncé un "coup d'Etat".

M. Morales est ensuite revenu dans son pays après la victoire de son dauphin Luis Arce à l'élection présidentielle d'octobre 2020.

Deux ex-ministres arrêtés

Avant Mme Añez, deux anciens membres de son gouvernement ont été arrêtés à Trinidad, les ex-ministres de l'Energie et de la Justice, Rodrigo Guzman et Alvaro Coimbra. Ce dernier a dénoncé l'"affaire montée de toutes pièces du coup d'État".

L'enquête du parquet fait suite à une plainte déposée en décembre par une ancienne députée du parti d'Evo Morales (2006-2019), Lidia Patty.

L'ancienne parlementaire du Mouvement vers le socialisme (MAS) accuse Mme Añez, d'anciens ministres, responsables militaires et policiers d'avoir renversé en novembre 2019 M. Morales. Elle a déposé plainte pour "sédition", "terrorisme" et "conspiration".

Le mandat d'arrêt concerne d'autres anciens ministres du gouvernement par intérim : Yerko Nuñez (présidence), Arturo Murillo (intérieur) et Luis Fernando López (défense). Ces deux derniers ont quitté la Bolivie en novembre. Il cible aussi les anciens commandants militaires William Kaliman et Sergio Orellana, ainsi que l'ex-chef de la police Yuri Calderon.

La plainte vise également le dirigeant régionaliste de Santa Cruz (est), Luis Fernando Camacho, qui a joué un rôle clé dans les manifestations ayant conduit au départ d'Evo Morales. Elu gouverneur le 7 mars, il ne fait toutefois pas l'objet d'un mandat d'arrêt. Dans un message envoyé au président Luis Arce, il a prévenu que "les Boliviens ne resteront pas inactifs face aux abus".

Les ex-présidents boliviens Carlos Mesa (2003-2005) et Jorge Quiroga (2001-2002), acteurs clés de la transition de pouvoir à Mme Añez, ont séparément dénoncé les arrestations et mandats d'arrêt. "Nous sommes dans un processus de persécution politique pire que dans les dictatures", a déclaré le centriste Carlos Mesa sur Twitter.

L'Union européenne a réagi par la voix de son chef de la diplomatie, Josep Borrell, qui a tweeté : "Les accusations pour les événements de 2019 doivent être résolues dans le cadre d'une justice transparente et sans pression politique, dans le respect de l'indépendance des pouvoirs. Le dialogue et la réconciliation sont essentiels. L'UE continuera à soutenir la Bolivie".