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L'inflation galope, la BCE sous le feu des critiques

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Par Euronews  avec AFP
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L'inflation galope, la BCE sous le feu des critiques
Tous droits réservés  Michael Probst/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved

L'inflation galopante en Allemagne, Simon Wendland, jeune papa, la ressent de plein fouet alors que son fournisseur d'électricité lui a annoncé "un doublement de prix", témoigne-t-il sur un marché francfortois.

Au sein de son ménage urbain à la recherche d'un habitat plus grand, après la naissance de jumeaux, la mère, Lena Wendland, se dit "confrontée aux prix élevés du logement" qui "font un peu peur".

"On ne sait pas où tout cela va nous mener", abonde Simon, un des bébés de trois semaines emmitouflé dans son manteau.

Energie, fruits, légumes et autre pâte à papier sans parler des loyers, les prix flambent en Allemagne, comme dans la plupart des pays européens, avec pour résultat une inflation avoisinant 5% en rythme annuel, du jamais-vu depuis près de 30 ans.

Du coup la presse populaire tire à boulets rouges sur la Banque centrale européenne, dont la politique des taux maintenus au plus bas - pour soutenir l'économie - est traditionnellement perçue en Allemagne comme une cause de la hausse des prix et de la "ruine" des épargnants.

"Madame inflation"

Sa présidente, Christine Lagarde, est affublée par le quotidien à grand tirage Bild - coutumier des campagnes anti-BCE - du sobriquet de "Madame Inflation", qui "porte des vêtements Chanel" mais "se moque du sort des retraités, salariés et épargnants".

Qu'importe si l'intéressée montre de la sympathie pour son pays d'accueil, reconnaissant dans le Spiegel s'être rendue compte elle-même au supermarché de la hausse des prix sur "les yaourts, le pain ou le beurre".

Son prédécesseur italien Mario Draghi, avait déjà été étrillé par le journal pendant des années, caricaturé en "Draghila", le vampire qui "siphonne nos comptes jusqu'à la dernière goutte."

La poussée d'inflation est-elle passagère ou va-t-elle durer? Telle est la question qui taraude les esprits.

De grands banquiers allemands ne croient pas à un scénario optimiste et invitent la BCE à vite réagir.

"Il y a de plus en plus d'indications que cette poussée des prix n'est pas de nature temporaire et que nous devrons vivre avec au-delà de cette année", déclare Manfred Knof, patron de Commerzbank.

Son alter ego chez Deutsche Bank, Christian Sewing, demande aux banques centrales, BCE compris, de "trouver un moyen de sortir de leur politique monétaire très accommodante", "le plus tôt étant le mieux".

Peur infuse

Déjà les syndicats fourbissent leurs armes en vue des négociations salariales à venir. Les habitants de la première économie européenne restent hantés par les grandes crises inflationnistes des années 1920 et 1970, faisant que "la peur de l'inflation infuse dans leur lait maternel", explique à l'AFP Carsten Brzeski, économiste chez ING.

Dans un pays où la "Bundesbank" était vénérée jadis pour son combat acharné contre les prix élevés, la politique généreuse de la BCE passe mal.

L'actuel président de la "Buba", Jens Weidmann, régulièrement mis en minorité au conseil de la BCE en prônant une politique plus restrictive, a lâché une bombe dans ce contexte en annonçant récemment sa démission.

"Le dernier défenseur de l'épargnant allemand abandonne", lui a rendu hommage le quotidien conservateur Die Welt, le montrant portant la tunique et l'épée d'un combattant.

Mais c'est "oublier que l'institution a fait en sorte que l'économie continue d'être soutenue, que la zone euro se maintienne et que le marché du travail allemand connaisse un boom" comme jamais vu en 20 ans, ajoute M. Brzeski.

De même, les salaires ont profité de la bonne conjoncture et le l'Etat fédéral peut s'endetter en profitant de taux négatifs.

Certains consommateurs restent ainsi confiants face aux prix élevés et pensent, comme Hermann Vogt, retraité, que la BCE "fait largement ce qu'il faut" en devant trouver la bonne alchimie dans une région comptant dix-neuf économies.