Entre janvier et avril, le jeune homme aurait envoyé de nombreux messages annonçant des fusillades et des attaques armées. Aucune n'a finalement eu lieu, mais cela a suffi pour que plusieurs organismes déclenchent des protocoles de sécurité extraordinaires.
Une opération conjointe de la Guardia Civil, de l'Ertzaintza (la police autonome de la Communauté autonome basque) et des Mossos d'Esquadra (la force de police autonome de la Catalogne) a abouti à l'arrestation, en Guipuscoa, d'un jeune de 17 ans de nationalité espagnole.
Les trois forces de police le considèrent comme la figure de proue en Espagne du "Réseau 764". Cette organisation qui, selon l'enquête, suscite depuis des mois une vive inquiétude dans la population à travers des menaces visant des établissements scolaires, des mairies, des bibliothèques et d'autres entités publiques et privées.
Entre janvier et avril de cette année, le jeune homme aurait envoyé de nombreux messages annonçant des fusillades et des attaques armées. Aucune n'a finalement eu lieu, mais cela a suffi pour que plusieurs organismes déclenchent des protocoles de sécurité exceptionnels.
Dans certains de ces messages, selon des sources policières, l'auteur affirmait qu'il diffuserait les attaques en directpour que d'autres membres de l'organisation puissent les suivre. Des menaces contre un célèbre centre de loisirs et contre plusieurs personnes à titre individuel font également l'objet d'investigations.
Les perquisitions ont été effectuées le 16 juillet dans deux domiciles de Guipuscoa liés au suspect, une fois obtenues les autorisations judiciaires correspondantes. Les agents ont saisi des dispositifs électroniques, des supports de stockage et de la documentation qui sont actuellement analysés. Le détenu a été présenté à un juge et fait l'objet d'une mesure d'internement dans un centre spécialisé, sous la direction de la section des mineurs du tribunal d'instance de Donostia/ Saint-Sébastien.
Réseau 764: ce que c'est et comment il opère en Espagne
Le réseau 764 est né aux États-Unis et doit son nom aux trois premiers chiffres du code postal de Stephenville, au Texas, ville d'origine de son fondateur.
C'est un réseau de sextorsion en ligne décentralisé et actif à l'échelle internationale. Le groupe « 764 », taxé de secte sataniste et néonazie par certains médias, a été qualifié de réseau terroriste par le ministère américain de la Justice et par le Federal Bureau of Investigation (FBI), ainsi que désigné comme groupe terroriste par le Canada et la Nouvelle-Zélande.
Avec le temps, il est passé d'une communauté marginale sur des forums internet à une structure présente dans plusieurs pays, liée à des infractions telles que la sextorsion, la diffusion de matériel d'exploitation sexuelle d'enfants, l'incitation à l'automutilation, la propagation de contenus de violence extrême et la maltraitance animale.
Dans le cas espagnol, l'enquête a également mis en évidence l'utilisation de techniques propres à ces communautés, comme le swatting, le doxing et l'usurpation d'identité, destinées à désigner à tort des personnes étrangères aux faits afin de provoquer des interventions policières, générer des situations à risque et détourner l'attention des enquêteurs. Au moins deux personnes, l'une au Pays basque et l'autre en Catalogne, ont subi des campagnes de harcèlement découlant de ces pratiques.
Les investigations ont aussi révélé que le détenu participait à des espaces numériques où se pratiquait une manipulation psychologique sur des mineurs et des jeunes vulnérables, avec des dynamiques d'humiliation, de contrainte à l'automutilation et de soumission à la volonté de ceux qui recrutaient les victimes. Les images et vidéos obtenues de cette manière étaient ensuite diffusées au sein de la communauté comme moyen de contrôle sur les personnes concernées.
La prévention, principal outil de protection
Les enquêteurs soulignent que des organisations comme le "Réseau 764" ciblent activement les mineurs sur les réseaux sociaux, les applications de messagerie et les plateformes de jeux vidéo. Le premier contact se présente généralement comme une amitié ou une affinité d'intérêts, et ne se transforme qu'avec le temps en manipulation, chantage et isolement de la victime par rapport à son entourage.
C'est pourquoi les autorités recommandent aux familles et aux éducateurs d'adopter une attitude vigilante face à des signaux tels que des demandes de photos privées, des conversations que le mineur cache, des propositions d'automutilation ou des exigences de participation à des défis dégradants.
Une communication rapide avec la famille, l'établissement scolaire ou les forces de l'ordre reste, selon les responsables de l'enquête, le moyen le plus efficace pour éviter qu'un adolescent ne se retrouve piégé dans ce type de réseaux.