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Après des frappes meurtrières sur des civils, Bagdad exige le retrait des forces turques

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Par Stephane Hamalian  & Euronews  avec AFP
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Des manifestants contre le président turc Erdogan à Nadjaf, après les tirs d'artillerie dans le kurdistan d'Irak, le 20 juillet 2022
Des manifestants contre le président turc Erdogan à Nadjaf, après les tirs d'artillerie dans le kurdistan d'Irak, le 20 juillet 2022   -   Tous droits réservés  أ ف ب

Endeuillé et en colère, l'Irak enterre jeudi les victimes des tirs d'artillerie imputés à la Turquie ayant tué la veille neuf civils dans des jardins récréatifs du Kurdistan, un drame qui vient aggraver les tensions entre les deux pays voisins.

Sur le tarmac de l'aéroport d'Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan dans le nord irakien, un avion militaire a été dépêché pour transporter les corps vers Bagdad, selon un photographe de l'AFP.

Amenés par ambulance, neuf cercueils étaient recouverts du drapeau de l'Irak et de gerbes de fleurs. Le plus petit, de la taille d'un enfant, a été monté à bord de l'appareil par le chef de la diplomatie irakienne Fouad Hussein et le Président du Kurdistan Nechirvan Barzani, avant que l'avion ne s'envole pour la capitale.

Jeudi a été décrété journée de deuil national et l'opinion publique irakienne ne décolère pas au lendemain de la tragédie ayant fait neuf morts et 23 blessés.

La plupart des victimes sont des touristes Irakiens du sud ou du centre du pays, ayant l'habitude de fuir les chaleurs caniculaires estivales pour trouver un peu de fraîcheur dans la région montagneuse du nord, à la frontière avec la Turquie.

Bagdad hausse le ton

L'Irak a accusé les forces turques d'avoir mené les frappes d'artillerie qui se sont abattues mercredi sur des jardins récréatifs dans le district de Zakho.

Ankara a nié toute responsabilité, pointant du doigt les insurgés kurdes turcs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé groupe "terroriste" par la Turquie et ses alliés occidentaux.

Sur son compte Twitter, l'ambassade de Turquie a présenté jeudi ses condoléances "pour les frères Irakiens tués par l'organisation terroriste PKK".

La veille, le ministère des Affaires étrangères turc avait estimé que "ces types d'attaques" étaient perpétrées par "des organisations terroristes", appelant l'Irak à ne pas "faire des déclarations sous l'influence de la propagande terroriste".

La Turquie, qui dispose de dizaines de bases militaires depuis 25 ans au Kurdistan irakien, lance régulièrement dans le nord de l'Irak des opérations militaires contre le PKK, qui y dispose de camps d'entraînement et de bases arrières.

Ces opérations sur le sol irakien compliquent les relations entre le gouvernement central irakien et Ankara, un des premiers partenaires commerciaux de l'Irak.

Par le passé, l'ambassadeur turc en poste à Bagdad a été régulièrement convoqué au ministère irakien des Affaires étrangères. Mais les remontrances irakiennes sont généralement sans lendemain.

Cette fois-ci Bagdad a durci le ton en exigeant le retrait des forces armées turques de l'ensemble du territoire irakien. L'Irak a en outre annoncé "le rappel du chargé d'affaires irakien à Ankara pour consultations, et l'arrêt des procédures d'envoi d'un nouvel ambassadeur en Turquie", selon un communiqué officiel.

Drapeaux turcs brûlés

Jeudi matin, près d'un centre de délivrance de visas turcs à Bagdad, placé sous haute protection policière, quelques dizaines de manifestants réclamaient l'expulsion de l'ambassadeur turc, selon un photographe de l'AFP.

Des hauts-parleurs diffusaient des chants patriotiques. Certains manifestants tenaient à la main une feuille sur laquelle était écrit: "Je suis Irakien, je demande l'expulsion d'Irak de l'ambassadeur turc."

"À la Turquie et à l'ambassade, on leur dit ça suffit", assène Ali Yassine.

"Ca sert à rien le pacifisme, nous voulons brûler l'ambassade, l'ambassadeur turc doit être expulsé. Notre gouvernement ne fait rien", fustige cet homme de 53 ans.

Mercredi soir et jeudi, des rassemblements similaires ont eu lieu à travers le pays devant des centres de délivrance de visas turcs, à Kirkouk au nord de Bagdad, ou encore à Kerbala ou Najaf, grandes villes chiites au sud de la capitale.

Des drapeaux turcs ont été brûlés et piétinés, tandis que sur des portraits imprimés par les manifestants le président Recep Tayyip Erdogan était traité de "terroriste".