Vingt ans jour pour jour après la disparition d'Ilan Halimi, torturé et assassiné parce que juif, Emmanuel Macron souhaite durcir les sanctions contre les élus coupables "d'actes et de propos antisémites". Le président entend également combattre "le poison de la haine numérique".
Séquestré et torturé en raison de sa religion. L'histoire tragique d’Ilan Halimi avait bouleversé la France. En janvier 2006, le jeune Français de confession juive avait été kidnappé par un gang d'une vingtaine de jeunes, avec à sa tête Youssouf Fofana, surnommé "le cerveau". Il a été torturé dans une cité HLM de Bagneux, en banlieue parisienne. Retrouvé trois semaines plus tard, le jeune homme de 23 ans est décédé lors de son transport à l'hôpital, le 13 février 2006.
Vingt ans plus tard, une cérémonie en hommage au jeune homme a été organisée à l'Élysée ce vendredi. L’occasion pour le président Emmanuel Macron de s’exprimer sur la menace de l’antisémitisme en France.
Le chef de l'État a dénoncé ce qu'il a qualifié d'”hydre antisémite” qui s'est insinuée dans “toutes les fissures” de la société.
Au cours de son discours, le président de la République a déclaré vouloir renforcer la lutte contre l'antisémitisme.
"Le gouvernement et le Parlement travailleront à un renforcement de la pénalisation des actes antisémites et racistes.”
Emmanuel Macron a mis l'accent sur le rôle des élus : “Nos élus sont les sentinelles de la République et doivent le rester. La justice est saisie concernant les déclarations de certains d'entre eux et l'autorité judiciaire fait son travail en toute indépendance."
Il souhaite qu’une peine sévère soit appliquée aux personnes condamnées : “Pour l'avenir, je souhaite qu'une peine d'inéligibilité obligatoire soit instaurée pour les actes, les propos antisémites, racistes et discriminatoires. L'école, la justice, la mobilisation doit être générale, celle de l'État, du gouvernement, de l'ensemble des services, celle de tous dans la République", a déclaré Emmanuel Macron.
Le président a planté un chêne dans la cour de l'Élysée pour rendre hommage à Ilan Halimi. Ces dernières années, plusieurs arbres commémoratifs plantés en sa mémoire ont été vandalisés.
Emmanuel Macron veut aussi s’attaquer au “poison de la haine numérique”. Ainsi, la France va “demander des comptes aux grandes plateformes et des résultats mesurables dans le retrait rapide des contenus haineux”, a-t-il précisé.
Lutte contre l’antisémitisme en France, où en est-on ?
“En 20 ans, et malgré les efforts résolus de nos policiers, gendarmes, juges, enseignants et élus, l'hydre antisémite a continué à progresser”, observe le président de la République.
“Prenant sans cesse de nouveaux visages, elle s'est insinuée au cœur de nos sociétés, dans chaque recoin, trop souvent accompagnée de ce même pacte de lâcheté : se taire, refuser de voir”, ajoute-t-il.
Emmanuel Macron a dénoncé ce qu'il a appelé “l'antisémitisme islamiste qui était derrière le pogrom du 7 octobre”, faisant référence à la pire attaque dans l'histoire de l'État d'Israël perpétré par le Hamas.
Enfin, le président s’est attaqué à ce qu'il a appelé “l'antisémitisme d'extrême gauche”, affirmant qu'il “rivalise avec celui de l'extrême droite”, et “l'antisémitisme qui utilise le masque de l'antisionisme pour progresser discrètement."
Par le passé, le président avait pointé du doigt les positions de La France insoumise (LFI), de gauche radicale (mais qualifiée d'extrême gauche par le ministère de l'Intérieur pour les prochaines élections municipales), et du Rassemblement National (RN), à l'extrême droite, sur la question de l'antisémitisme.
LFI, qui a rapidement affiché une position propalestinienne dès le début du conflit à Gaza, est souvent accusée d'antisémitisme par ses opposants et certaines organisations de la communauté juive. Plusieurs élus LFI se sont associés à cette journée d'hommage sur les réseaux sociaux.
La députée européenne Manon Aubry (LFI) a toutefois contesté sur X l'instauration d'une peine d'inéligibilité, proposée par Emmanuel Macron.
"Avec cette règle, Macron n'aurait pas pu se présenter ou se représenter", a affirmé l'élue, rappelant la polémique autour d'un hommage aux maréchaux de la Première guerre mondiale, dont Philippe Pétain, chef du régime collaborationniste de Vichy, que le président français avait qualifié de "grand soldat" du conflit de 1914‑1918,malgré ses "choix funestes" durant la Seconde Guerre mondiale.
Pour le RN, il s’agit d’un “héritage” que les dirigeants actuels s’efforcent tant bien que mal d'effacer. Aujourd’hui, la plupart des responsables du parti (comme Jordan Bardella) rejettent explicitement les accusations d'antisémitisme et disent ne pas s'identifier aux condamnations passées de Jean-Marie Le Pen.
Une cérémonie d'hommage à Ilan Halimi s'est également tenue vendredi à Hénin-Beaumont, dans le fief électoral de Marine Le Pen.
Les juifs de France se sentent-t-ils en sécurité ?
La France abrite la plus grande population juive d'Europe occidentale, avec environ un demi-million de personnes.
Les membres de la communauté juive française ont déclaré que le nombre d'actes antisémites avait augmenté à la suite de l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la riposte militaire israélienne dans la bande de Gaza.
Selon les données du ministère de l'Intérieur, plus de la moitié des 2 489 actes antireligieux recensés en 2025 étaient des actes antisémites. En un an, ces actes ont diminué de 16 %, à 1 320, ce qui reste "un niveau historiquement élevé", souligne le ministère.