Newsletter Newsletters Events Évènements Podcasts Vidéos Africanews
Loader
Suivez-nous
Publicité

Afrique : le boom solaire fondé sur des prix chinois artificiels touche à sa fin

DOCUMENT - Mark Munyua, technicien de CP Solar, inspecte des panneaux solaires sur le toit d'une entreprise à Nairobi, au Kenya, le 1er septembre 2023.
ARCHIVES - Mark Munyua, technicien de CP Solar, inspecte des panneaux solaires sur le toit d’une entreprise à Nairobi, au Kenya, le 1er septembre 2023. Tous droits réservés  AP Photo/Brian Inganga, File
Tous droits réservés AP Photo/Brian Inganga, File
Par Angela Symons avec AP
Publié le Mis à jour
Partager Discussion
Partager Close Button

Le solaire est l’énergie la moins chère en Afrique. Des changements des incitations de prix sur les importations chinoises pourraient faire grimper les prix.

Les installations solaires en Afrique devraient devenir plus coûteuses le mois prochain, la Chine mettant fin à ses dispositifs de rabais.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

La décision de la Chine de supprimer les remboursements de TVA sur les exportations de panneaux solaires doit entrer en vigueur le 1er avril. Au début de l’année prochaine, le pays supprimera également progressivement les incitations à la fabrication d’équipements de stockage par batteries.

Cela pourrait compliquer les efforts visant à développer les énergies renouvelables pour combler les énormes déficits d’électricité à travers l’Afrique, qui dépend fortement des technologies chinoises importées, même si les experts jugent que l’impact restera probablement gérable.

« Nous devrions voir les prix des panneaux solaires augmenter en Afrique, car la plupart des composants viennent de Chine », explique Wangari Muchiri, analyste spécialisée dans le secteur des énergies propres en Afrique. « La suppression du remboursement va s’ajouter aux coûts existants, surtout si l’on tient compte du transport maritime, de la logistique et des autres frais d’importation. »

L’Afrique paie déjà nettement plus cher ses équipements solaires que d’autres régions, en raison des coûts de transport, de volumes d’importation plus faibles et des droits de douane.

Pourquoi la Chine met-elle fin aux rabais fiscaux sur le solaire ?

Le changement de cap de la Chine reflète des évolutions plus larges après qu’une concurrence féroce entre fabricants chinois a fait chuter le prix des modules solaires jusqu’à 0,06 € par watt en 2025, contre 0,22 € en 2022. Cela a favorisé l’adoption mondiale de l’énergie solaire, mais a laissé de nombreuses entreprises avec de lourdes pertes.

Certaines entreprises chinoises intégraient les remboursements de TVA dans leurs prix à l’exportation, transférant de fait ces subventions à leurs acheteurs étrangers. Mais Pékin a réduit ces versements, puisqu’il s’efforce de résorber les surcapacités et de se tourner vers des technologies plus avancées.

Plutôt qu’un choc brutal, la disparition de ces rabais devrait entraîner une hausse progressive des prix et fixer un plancher mondial plus ferme.

« Ces changements sont importants, mais pas catastrophiques », estime John van Zuylen, directeur général de l’Africa Solar Industry Association.

Tout le récent boom solaire s’est appuyé sur des prix chinois artificiellement bas. Cette ère touche désormais à sa fin.
John van Zuylen
Directeur général, Africa Solar Industry Association.

« Tout le récent boom solaire s’est appuyé sur des prix chinois artificiellement bas », rappelle van Zuylen. « Cette ère touche désormais à sa fin. »

« Lorsqu’un rabais structurel est supprimé, les exportateurs absorbent généralement le coût, augmentent leurs prix ou réduisent les remises », explique encore van Zuylen. « Les pays africains ressentiront probablement cela comme une hausse graduelle des prix plutôt que comme un pic brutal. »

Le solaire reste la source d’énergie la moins chère en Afrique

Même avec de modestes hausses de prix, le solaire devrait rester compétitif sur une grande partie du continent, puisqu’il est la source d’énergie la moins chère en Afrique, souligne Muchiri.

« Même avec des panneaux plus chers, cela restera nettement moins coûteux que des alternatives comme le diesel », ajoute-t-elle.

« Cela augmentera légèrement le coût des projets et pourrait retarder le calendrier de construction, en raison de pénuries dans la chaîne d’approvisionnement, de modifications contractuelles et de ruées aux achats qui congestionneront le transport maritime dans les pays très dépendants des importations chinoises », estime Sonia Dunlop, directrice générale du Global Solar Council, une association professionnelle.

Le stockage par batteries, indispensable pour fournir de l’électricité après le coucher du soleil, pourrait être davantage pénalisé à mesure que les incitations seront supprimées d’ici 2027. La hausse des coûts risque d’affecter surtout les plus petits utilisateurs, prévient van Zuylen.

« Les batteries comptent plus que les panneaux pour l’Afrique »

« Les batteries comptent davantage que les panneaux pour l’Afrique, car c’est le stockage qui rend le solaire fiable pour les usagers hors réseau et en secours », explique-t-il.

Basil Abia, cofondateur du cabinet nigérian de recherche énergétique Truva Intelligence, rappelle que « les batteries ont historiquement été coûteuses et que de nombreuses installations solaires en Afrique ont été construites sans elles ».

« Ce n’est que récemment que nous avons commencé à voir davantage de systèmes combinant solaire et stockage par batteries », poursuit Abia.

Il souligne que, même sans rabais, les modules solaires restent relativement abordables. Entre 2024 et le début de 2025, leurs prix ont fortement chuté, passant d’environ 0,22 € par watt les années précédentes à seulement 0,06 €.

La demande de solaire, qui assure désormais 3 % de la production électrique en Afrique, devrait continuer de croître à mesure que le stockage renforcera la fiabilité. Parallèlement, la forte dépendance vis-à-vis des équipements chinois met en lumière la faiblesse des capacités de production locales.

« La suppression de la TVA ralentira, mais ne fera pas revenir en arrière la transition énergétique de l’Afrique », estime Abia. « Les pays qui saisiront cette occasion pour accélérer la production locale en sortiront renforcés. Ceux qui ne le feront pas resteront exposés au prochain ajustement de la politique industrielle de Pékin. »

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion

À découvrir également

Silencieux, confortable et peu polluant : ce ferry « volant » transforme Stockholm

Un 'Uber sur rails' : une entreprise française adapte des vans pour relancer des lignes

Aux États-Unis, les énergies propres résistent malgré le virage pro-fossiles de Trump