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Le pape en Algérie sur les traces de saint Augustin

Le pape Léon XIV rencontre la communauté algérienne dans la basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger, lundi 13 avril 2026
Le pape Léon XIV rencontre la communauté algérienne dans la basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger, lundi 13 avril 2026 Tous droits réservés  AP Photo
Tous droits réservés AP Photo
Par Stefania De Michele
Publié le
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En plein affrontement avec Donald Trump, le pape Léon XIV se rend en Afrique : d'Alger à Annaba, aux périphéries du continent : un voyage entre dialogue interreligieux, communautés locales et appel à saint Augustin contre les logiques de guerre.

Tant pis pour la diplomatie placide : entre Donald Trump et Léon XIV, c'est un choc ouvert, frontal, sans filet. Le premier hausse le ton, attaque, ironise, s'autoreprésente même comme une figure salvatrice dans une image générée par l'intelligence artificielle. Le second ne se dérobe pas, mais change complètement de registre. Pas d'insultes, pas d'escalade : juste une phrase qui sonne presque hors du temps dans le brouhaha mondial, "plus de guerres".

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Et tandis que le débat politique s'enflamme et que les réactions se superposent, le pape fait un geste qui pèse plus lourd que toute réponse : il part. En direction de l'Afrique. Pas n'importe quel voyage, mais un itinéraire qui semble écrit pour répondre aux polémiques sans jamais vraiment les nommer.

Le choix symbolique du port d'Annaba

Le voyage apostolique de Léon XIV, qui débute le 13 avril par un départ matinal de Rome, est le plus articulé de son pontificat et touche l'Algérie, le Cameroun, l'Angola et la Guinée équatoriale. Mais c'est la toute première étape qui concentre toute la portée politique et symbolique de la mission.

Après les rencontres institutionnelles d'Alger et le dialogue interreligieux qui comprend également une visite à la Grande Mosquée, le Pape se rend le lendemain à Annaba, l' ancienne Hippone. Le programme est dense et très évocateur : Léon XIV visite le site archéologique de la ville, rencontre la communauté augustinienne vers midi et, l'après-midi, célèbre la messe dans la basilique dédiée à saint Augustin.

Dialogue interreligieux : le pape Léon XIV est accueilli par le recteur Mohamed Mamoun Al Qasimi à son arrivée à la Grande Mosquée d'Alger, lundi 13 avril 2026
Dialogue interreligieux : le Pape Léon XIV est accueilli par le Recteur Mohamed Mamoun Al Qasimi à son arrivée à la Grande Mosquée d'Alger, lundi 13 avril 2026. AP Photo

À Annaba, il ne s'agit pas seulement d'une halte pastorale. C'est un retour aux sources spirituelles et intellectuelles d'un pape qui se réclame ouvertement de la tradition augustinienne. Et il est difficile de ne pas lire ce choix à la lumière des polémiques qui explosent en ces heures.

Les accusations de Trump et la réponse du pape

En marge du voyage papal, l'animosité ne s'apaise pas. Les propos de Trump sont parmi les plus durs jamais adressés à un pontife dans l'histoire récente. Il le traite de faible, l'accuse d'être inefficace en matière de politique étrangère et va même jusqu'à revendiquer un rôle dans son élection. Il s'agit d'une attaque directe, personnelle, construite selon une logique de confrontation totale.

La réponse de Léon XIV est cependant différente. Le pape n'accepte pas le terrain de la confrontation personnelle et le dit clairement : il n'a pas peur, mais il n'a pas non plus l'intention de discuter avec Trump. Sa ligne reste une, obstinément répétée : arrêter les guerres, ramener le discours à la paix, rester fidèle à l'Évangile.

Cette posture est source de division. En Italie, des personnalités comme Giorgia Meloni et Sergio Mattarella défendent ouvertement le pontife, parlant de propos inacceptables et invitant à ne pas ignorer son appel.

Aux États-Unis, en revanche, des voix comme celle de JD Vance suggèrent que le Vatican devrait se cantonner à la sphère morale et laisser la politique aux gouvernements.

Saint Augustin, Hippone et le problème de la guerre

Dans le contexte du désaccord entre le Saint-Siège et Washington, la référence du pape Léon à saint Augustin est évidente.

Lorsqu'Augustin d'Hippone devient évêque d'Hippone à la fin du IVe et au début du Ve siècle, le monde romain est en train de changer de peau. L'empire est sous pression, les invasions barbares se multiplient et le thème de la guerre n'est pas théorique : il est quotidien. Augustin se retrouve à répondre à des croyants, des soldats et des fonctionnaires qui posent une question très concrète, à savoir s'il est juste de se battre.

Sa position n'est pas pacifiste dans l'absolu, mais il introduit un critère décisif : la guerre n'est jamais un bien en soi. Dans une de ses lettres, il écrit clairement : "On ne cherche pas la paix pour faire la guerre, mais on fait la guerre pour obtenir la paix". C'est une phrase qui sera utilisée pendant des siècles dans la théorie de la "guerre juste", mais qui contient aussi une limite précise : la violence ne peut être tolérée qu'en tant que ratio extrema, jamais exaltée.

En même temps, Augustin met en garde contre la rhétorique de la force. Dans un autre passage, il insiste sur le fait que le problème n'est pas seulement le conflit, mais aussi l'intention : la haine, la vengeance et le désir de domination rendent injuste même une guerre formellement légitime. C'est ici que sa pensée s'écarte de la logique purement politique.

Pourquoi Léon XIV y retourne-t-il ?

Le passage de Léon XIV à Annaba n'est donc pas une étape symbolique générique, mais une référence directe à cette tradition. Léon est un pape de formation augustinienne et, à plusieurs reprises, il a repris précisément l'idée que la paix n'est pas une faiblesse, mais un objectif politique et moral qui exige une responsabilité.

En pleine polémique avec Donald Trump, le message s'inscrit dans cette ligne. Lorsque le pape dit "plus de guerres", il ne propose pas une position naïve ou désenchantée, mais se situe dans une tradition qui se méfie de ceux qui présentent le conflit comme une solution.

Le fait que cet appel ait lieu à Hippone, avec une messe dans la basilique dédiée à Augustin et une rencontre avec des augustins, renforce le sens de l'opération : il ne s'agit pas d'une réponse directe à des accusations, mais d'une référence culturelle précise et reconnaissable.

Entre morale et politique : ce que fait réellement le pape en Afrique

Dès le premier jour à Alger, le pape a mis tous les atouts de son côté : rencontre avec les autorités et le corps diplomatique, visite de la Grande Mosquée - donc dialogue direct avec l'islam - puis arrêt à la basilique Notre-Dame d'Afrique, un lieu également fréquenté par des croyants musulmans, où il a parlé explicitement des "divisions et des guerres" qui vident les communautés.

Aujourd'hui, à Annaba, la journée est encore plus concrète :

À 11 heures, il visite le site archéologique de l'ancienne Hippone, immédiatement après il entre dans une maison de retraite gérée par les Petites Sœurs des Pauvres - donc en contact direct avec les personnes socialement fragiles - et à midi, il rencontre en privé les Augustins.

L'après-midi, à 15h30, il célèbre la messe dans la basilique Saint-Augustin, cœur symbolique de toute l'étape.

Le reste du voyage suit le même schéma. Au Cameroun, à partir de demain, outre les rencontres avec le président et les institutions, il y aura des rendez-vous avec les évêques locaux, une visite à un orphelinat et une rencontre explicite "pour la paix" dans la région de Bamenda, l'une des zones les plus marquées par les tensions internes. Les jours suivants, le Pape se déplacera entre Douala et Yaoundé, célébrant des messes publiques et rencontrant des étudiants universitaires et des professionnels de la santé.

En Angola , le programme insiste encore sur la communauté et le territoire : grandes célébrations, mais aussi visites de maisons de retraite, rencontres avec le clergé et moments de prière populaire comme celui du sanctuaire de Muxima. Enfin, en Guinée équatoriale, il y a des rencontres avec le monde de la culture, avec des évêques et avec des réalités sanitaires, dont un hôpital psychiatrique.

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