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"Le vent tourne" : dans les coulisses du voyage d'Ursula von der Leyen à Kyiv

Ursula von der Leyen et Volodymyr Zelensky
Ursula von der Leyen et Volodymyr Zelensky. Tous droits réservés  European Union, 2026.
Tous droits réservés European Union, 2026.
Par Jorge Liboreiro
Publié le Mis à jour
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Lors de sa visite à Kyiv, la présidente de la Commission européenne a salué un tournant : la guerre se joue désormais dans les airs. Et l'adhésion de l'Ukraine à l'UE avance.

La dernière fois qu'Ursula von der Leyen s'est rendue à Kyiv, fin février, elle était arrivée en plein cœur d'un hiver éprouvant. L'Ukraine subissait de vastes coupures de courant provoquées par des frappes russes. La population endurait des températures en dessous de zéro sans chauffage.

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Cette semaine, pour son deuxième déplacement de l'année, la présidente de la Commission européenne a lancé en arrivant à la gare : "Le vent est en train de tourner."

Une déclaration qui résume un changement de dynamique dans la guerre ces derniers mois.

Alors que les lignes de front sont figées dans une guerre d'usure, l'Ukraine a déplacé le combat dans les airs, en lançant des attaques de drones de longue portée contre les raffineries de pétrole russes, certaines situées à des milliers de kilomètres de la ligne de contact. Cette stratégie met sous pression le trésor de guerre de Moscou et force ce pays riche en ressources énergétiques à limiter ses exportations de carburant.

"La Russie a peut-être obscurci vos cieux avec de la fumée. Mais personne n'est dupe. Aucun nuage de fumée ne peut dissimuler la réalité sur le champ de bataille", a déclaré Ursula von der Leyen mercredi, aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

"L'élan de la Russie est faible. L'Ukraine, elle, continue de résister."

Il était donc logique que son déplacement d'une journée mette un accent particulier sur les drones.

Ursula von der Leyen et Volodymyr Zelensky ont signé un partenariat industriel de défense UE‑Ukraine pour la production de drones. Cet accord vise à conjuguer la puissance industrielle du bloc et l'expertise de pointe de Kyiv au sein de coentreprises. Il permettra notamment de stocker des drones sur le territoire de l'UE avant leur déploiement en Ukraine.

Le financement proviendra du volet militaire du prêt de soutien de 90 milliards d'euros et des quelque 10 milliards encore disponibles dans le cadre du programme de défense SAFE. À terme, le partenariat entend s'étendre aux technologies de missiles.

Von der Leyen à Kyiv, entourée d'autres dirigeants.
Von der Leyen à Kyiv, entourée d'autres dirigeants. European Union, 2026.

Mais le fait que "le vent tourne" ne signifie pas pour autant que l'Ukraine est en train de gagner.

La Russie profite de la grave pénurie d'intercepteurs Patriot fabriqués aux États‑Unis, essentiels pour contrer les missiles balistiques, pour pilonner les villes sans relâche. Immeubles d'habitation, supermarchés, entrepôts, gares, écoles et musées ont été frappés ces dernières semaines, faisant des centaines de morts parmi les civils.

Ursula von der Leyen a été rappelée à cette extrême vulnérabilité lorsqu'elle a été escortée en toute hâte vers un abri souterrain après le déclenchement d'une alerte aérienne. L'opération, à laquelle Euronews a assisté, s'est déroulée dans le calme et n'a duré que quelques minutes.

Peu après avoir quitté l'abri, elle a visité la Laure des Grottes de Kyiv, un monastère historique dont la cathédrale aux coupoles dorées a été incendiée en juin lors d'une attaque russe. Alors qu'elle admirait les fresques, elle a remarqué des zones encore noircies par les flammes.

Un rappel de plus que pour Moscou, rien, pas même le sacré, n'est épargné.

Parallèlement, les rumeurs de turbulences provoquées par le remaniement surprise du gouvernement décidé par Volodymyr Zelensky se sont faites plus insistantes au fil de la visite. Le lendemain, une fois Ursula von der Leyen repartie, des Ukrainiens sont descendus dans la rue pour protester contre la destitution de Mykhailo Fedorov, le ministre de la Défense, très populaire, à qui l'on attribue d'avoir hissé la guerre par drones à un niveau supérieur.

Une synchronisation retrouvée

Le vent qu'Ursula von der Leyen salue ne tourne pas seulement sur le champ de bataille. Le parcours tant convoité de l'Ukraine vers l'adhésion à l'UE a lui aussi évolué.

En février, la présidente de la Commission avait peu de résultats à mettre en avant. Le processus d'adhésion était bloqué par le veto de la Hongrie, qui empêchait toute décision formelle. L'espoir était pratiquement réduit à néant tant que Viktor Orbán restait au pouvoir.

À cette impasse s'est ajoutée une demande impossible formulée par Volodymyr Zelensky : une adhésion pleine et entière d'ici 2027. Cette échéance avait émergé lors des négociations de paix menées par les États‑Unis, l'adhésion étant envisagée comme l'un des éléments des futures garanties de sécurité.

"Il est vrai que nous voulons une procédure accélérée pour l'adhésion", déclarait alors le président ukrainien.

À ses côtés, une Ursula von der Leyen impassible avait mobilisé tout son sens de la diplomatie pour fermer la porte à cette demande.

"Je comprends très bien que pour vous, une date claire est également importante. La date que vous avez fixée est votre repère, celui que vous voulez atteindre".

"Vous savez que, de notre côté, fixer une date en tant que telle n'est pas possible, mais bien sûr, notre soutien pour que vous puissiez atteindre votre objectif est, lui, parfaitement clair."

Von der Leyen et Zelensky à Kyiv.
Von der Leyen et Zelensky à Kyiv. Dan Bashakov/Copyright 2026 The AP. All rights reserved.

Cette semaine, le récit de l'adhésion a pris une tout autre tournure.

Ursula von der Leyen est arrivée à Kyiv juste un jour après que l'Ukraine a ouvert un nouveau groupe de chapitres de négociations, le deuxième en un mois. Cette avancée, rendue possible par les élections hongroises d'avril, ouvre une voie raisonnable pour débloquer les quatre groupes restants après la pause estivale. Les progrès sont enfin palpables.

Pour le plus grand soulagement d'Ursula von der Leyen, Volodymyr Zelensky a complètement cessé d'évoquer 2027. Après les réactions négatives de plusieurs dirigeants, ses objectifs sont passés du fantasme à la réalité. Désormais, il se concentre sur l'exploitation maximale de la méthodologie éprouvée.

"Notre relation avec l'Europe est aujourd'hui plus forte, plus profonde et plus personnelle qu'à n'importe quel autre moment de notre histoire", a‑t‑il déclaré cette fois.

En privé, Ursula von der Leyen et son équipe se sont félicitées de ce qu'elles perçoivent comme une meilleure compréhension par le président ukrainien de l'élargissement : une trajectoire par étapes qui ne peut être politiquement durable que si ses règles fondamentales sont politiquement crédibles.

"Vous préparez votre avenir en tant qu'État membre de notre Union", lui a‑t‑elle lancé. "Mais la vérité, c'est que vos actions façonnent déjà l'avenir de l'ensemble de notre continent."

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