Russie : un tribunal près de Moscou a condamné l’ex-candidat Boris Nadejdine pour symboles « extrémistes », il perd donc le droit de se présenter aux prochaines élections à la Douma.
Une amende de 1 000 roubles (environ 11 euros) : c’est ainsi que s’est terminée pour l’ancien député de la Douma d’État Boris Nadejdine l’audience au tribunal de Dolgoproudny, où il a été reconnu coupable au titre d’un article administratif pour démonstration de symboles extrémistes.
À l’origine de cette amende, un lien vers le stream d’une autre personne, où était montrée une photo d’Alexeï Navalny, inscrit par les autorités russes au registre des extrémistes et des terroristes. Une fois la décision du tribunal entrée en vigueur, Nadejdine, qui envisageait de se présenter à la Douma cet automne, se verra interdire de participer aux élections, y compris de collecter des signatures.
« Je suis heureux d’être en vie et en liberté »
Boris Nadejdine a déclaré que son affaire était « une histoire ahurissante », car jusqu’ici les gens étaient sanctionnés pour des photos de Navalny publiées sur leurs propres plateformes, et non pour des liens vers des vidéos où son image apparaît.
La photo de Navalny avait été diffusée sur son stream YouTube par l’opposante Elvira Vikhareva, chez qui le politicien était venu participer à une émission, sans avoir aucun rapport avec la mise en page de sa chaîne.
« L’objectif réel de ce qui se passe ici, c’est de me faire taire et de m’empêcher de me présenter à la Douma, a déclaré Nadejdine dans la salle d’audience. Dans quatre villes de la région de Moscou, on recueille des signatures pour moi… Selon les sondages, je gagne les élections. »
Le politicien a été arrêté (source en russe) pour propagande d’« extrémisme » le 13 juillet, trois jours après avoir été déclaré « agent étranger ». Il a lui-même lié ces poursuites à son refus d’interrompre le collecte de signatures pour sa candidature à la Douma. Nadejdine estime que le Kremlin est irrité par le fait qu’il a poursuivi sa campagne, alors que le statut d’« agent étranger » interdit d’occuper des fonctions électives.
En quittant la salle du tribunal, ce politicien de 63 ans a déclaré : « Je suis heureux d’être en vie et en liberté ». Pendant l’audience, sa tension a brusquement grimpé et des médecins ont été appelés. Dans ce contexte, Boris Nadejdine a affirmé qu’au vu de son état de santé, il ne survivrait pas à une incarcération et « crèverait » en cellule.
Son avocat Dmitri Trounine a qualifié ce procès de honte pour le système, en relevant que le prononcé du verdict en présence de médecins était un cas sans précédent. La défense prévoit de contester la décision du tribunal : une fois qu’elle sera entrée en vigueur, Nadejdine se verra interdire de participer à n’importe quel scrutin pendant un an.
Interdiction de quitter la Russie
Après son interpellation au début de cette semaine, Boris Nadejdine n’excluait pas de quitter la Russie, précisant que ses proches y insistaient. Mais il a ensuite annoncé que tout départ lui était désormais interdit.
Peu avant son arrestation, il avait déclaré publiquement sur le réseau telegramque « la Russie est en détresse », en soulignant que les 27 années de pouvoir de Poutine avaient conduit à la guerre, aux attaques de drones quasi quotidiennes, aux blocages d’Internet, à la pénurie d’essence, à la hausse des prix, à l’isolement et à l’autoritarisme.
Le politicien faisait remarquer que le Kremlin tentait de l’empêcher de mener campagne : « _Ils voulaient faire en sorte que, surtout, Nadejdine ne se retrouve pas à la Douma d’État et ne continue pas à faire ce qu’il a toujours fait : dire qu’il faut arrêter la guerre, que la Russie a besoin d’un développement normal et de revenir à une vie humaine normale, plutôt que ce qui se passe actuellemen_t. »
En juin, Boris Nadejdine avait annoncé son intention de se présenter aux élections législatives de septembre. Il prévoyait de se lancer en candidat indépendant dans la circonscription uninominale de Mytichtchi, dans la région de Moscou, qui englobe Mytichtchi, Korolev et Dolgoproudny pour une population de plus de 400 000 électeurs. Pour être enregistré comme candidat député, il devait recueillir plus de 15 000 signatures.
C’est déjà la deuxième tentative de Boris Nadejdine de défier le régime de Poutine par les urnes. En 2024, il a tenté de se présenter à la présidence de la Russie en tant que candidat anti-guerre.
Il avait été autorisé à collecter des signatures, ce qui avait suscité un engouement et de longues files de personnes souhaitant signer, mais sa candidature n’avait finalement pas été enregistrée.
Cette fois, estime Boris Nadejdine, la pression exercée sur lui a été initiée par les services de sécurité afin de rendre les élections à la Douma absolument stériles.
Les élections à la Douma d’État de la Fédération de Russie de la IXe législature auront lieu lors des journées de vote unifiées, du 18 au 20 septembre 2026.